"Un Jour En France"

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Ex Catho-logique ( épisode 3 )

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Maison Blanche, 4 heures du matin heure paradisiaque. La cellule de crise divine se réunit dans le bureau ovale de Dieu. Qu’on ne se méprenne cependant pas : il n’y a cette fois aucune amusante coïncidence dans ce fait troublant. L’ovale rappelle à Dieu la forme de l’Univers que, dans son infinie sagesse, il a bien voulu créer. Bien qu’en réalité l’Univers arborât plutôt la forme d’une goutte d’eau depuis le point d’origine, à savoir le big-bang – que Dieu appelle plus volontiers «  le jour où J’aurais mieux fait de me casser une jambe » – allant croisant jusqu’à adopter une forme ovoïde assez peu pratique pour y caser des meubles, mais parfaite pour y déposer planètes et constellations.

La cellule de crise de la Maison Blanche se compose de Dieu, du Fils, et du Saint-Esprit. En résumé, elle réunit Dieux tous seuls. Cela dit, afin que nos aimables ouailles ne perdent pas trop le fil des débats, nous avons choisi de dissocier clairement la triple – et unique – personnalité de Dieux. Jésus prit la parole :

«  Papa, Titi, notre dévoué Saint Pierre m’ a appris que ce fameux Saint Malachie était, dans sa vie terrestre, un évêque d’Irlande du XI siècle après Moi. Il se serait piqué de quelques prophéties au sujet de la fin des temps, évoquant en vrac le dernier des papes, la venue de l’Antéchrist, la Jérusalem Céleste, le combat final… tout ça quoi. »

«  Et en quoi sommes-nous concernés mon Fils ? » fit Dieu, dédaigneux.

«  Ben, il paraitrait que sur Terre on soit justement sur le point d’élire le dernier des papes. Ça a dû faire flipper Saint Machin-Chose, je suppose. »

« Hum… Bon, je me souviens bien avoir proféré deux-trois bafouilles au sujet de la fin des temps, par ton entremise d’ailleurs, mon Fils. Mais je ne me souviens pas avoir fait de ce type un prophète agrée… d’un autre coté je ne me souviens pas non plus avoir crée l’Irlande, donc, l’un dans l’autre, il est possible que ce type ait reçu de Moi l’autorisation de semer la panique. Faudrait mettre la main dessus, ce serait le plus simple, Je pense »

«  Je pense aussi Papa »

«  Cui-cui » approuva le Saint-Esprit.

«  Bien. Qu’on mette immédiatement sur le coup Gabriel et sa Section Angélique Spéciale ! » ordonna Dieu.

L’Archange Gabriel, accoudé sur le zinc de son bureau, s’absorbait dans la contemplation métaphysique de l’olive qui barbotait dans le martini servi, un instant plus tôt, par une assistante ailée au petit cul adorable. Toujours sur la brèche ! Telle était la devise de Gabriel et de ses SAS. Mais ça n’interdisait pas un moment de détente entre deux interventions. Cela dit, ça restait assez tranquille ces derniers temps. Depuis l’Annonce faite à Marie, ça faisait un milliard trois-cent vingt et un mille putains de martinis détendus. Et le téléphone sonna.

«  Gabi ? C’est Jésus. Prends tes gars et trouve-moi un type nommé Saint-Malachie »

« Quoi, qui ? Hein ? Seigneur !…c’est Toi ? Oh merde, Ô Seigneur ! »

«  Ouais, c’est Moi ! Ferme-là un peu et écoute! On dirait vraiment que t’as vu la Vierge ! Bon je répète : Saint-Malachie, un Irlandais… il est probablement alcoolique, commence par les tripots »

«  Oh merci mon Dieu ! Oh Seigneur ! Ce sera fait Seigneur ! À vos ordres ! Hosanna, Hosanna ! »

«  Ouais, pareil. Allez, grouille ! »

Gabriel vissa sur son crane un feutre bien élimé et à ses lèvres une clope bien allumée. Il éclusa d’un trait son martini puis, avant de sortir, colla une main au petit cul adorable de l’assistante qui gloussa, mi-surprise mi-offusquée mais à plein satisfaite. Une fille bien élevée en somme. Maintenant vous savez quoi faire pour gagner le paradis, mesdames.

Comme saisi par le froid et l’humidité d’une ruelle sombre, Gabriel renfrogna les épaules dans son trench-coat, ce qui n’était pas facile rapport à ses ailes d’archange. Il faisait 19°, le ciel était au blanc-bleu-léger des six heures du matin paradisiaque, et jamais il ne pleuvait. Il faut dire que Gabriel, entre deux martinis, avait cultivé une certaine attirance pour les romans noirs des années cinquante et les attitudes à la Bogard – sans aucun risque de choper le cancer, ce qui est toujours appréciable-, mais il avait un peu tendance à surjouer.

Toujours sur la brèche !

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Written by saiphilippe

27 février 2013 at 17 h 54 min