"Un Jour En France"

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Ex Catho-logique ( épisode 2 )

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Or le soir, lumineux, tombait sur le paradis en dessinant sur la blancheur immaculée du lieu de magnifiques dégradés de blanc ; les pommiers éternellement fleuris projetaient leur ombre blanche sur le sol blanc-vert de la pureté absolue ; et le ciel bleu-blanc clair de la nuit céleste n’arrangeait guère les insomniaques, mais de quel droit la créature critiquerait-elle le blanc dessein de Dieu, hein, je vous le demande ? Et donc le paradis ne connaissait ni la nuit-noire, ni les trente-cinq heures, ni les revendications intempestives. Il n’y avait subséquemment aucune raison pour que le Bon Dieu se privât de mander sur l’heure tardive, de la blanche-nuit, Saint-Pierre afin que ce dernier l’éclaire sur l’identité de ce foutu Saint Malachie.

Une convocation chez le grand patron, quel qu’il soit, n’augure usuellement rien de bon et c’est bien dans cet état d’esprit que Saint Pierre accourait à barbe abattue vers la grande demeure, blanche évidemment, du Bon Dieu. Il trainait derrière lui un chapelet de carrioles emplies de paperasses diverses qui volaient en tous sens en se répandant sur la chaussée. Mais Saint Pierre continuait de courir car il avait de bons mollets et une flopée d’assistants angelots en guise de ramasseurs de fourbi éparpillé. Et dans leur tête, les angelots se demandaient pourquoi ce vieux sagouin ne passait-il pas à l’informatique. Dans sa tête, Saint Pierre ne se demandait rien, car il avait du mal à courir et à réfléchir en même temps.

Sur le bord de la route, les badauds s’attroupaient, lançaient des encouragements et des bidons d’eau. Des «  Vas-y Pierrot ! » des «  Ouais, alleeeeez ! » et même deux ou trois «  Cours ! Forest, cours ! » lâchés par quelque plaisantin cinéphile. On en vit qui se joignait à l’effort par solidarité, ou manque de distractions, mais dans sa course éperdue Saint Pierre s’en moquait. Au loin scintillaient les grilles du palais Divin et les supporters se voyaient peu à peu remplacés par les anges du service d’ordre. Sonnèrent les buccins, résonnèrent les trompettes et, enfin, le vénérable premier pape franchit les grilles dorées du divin palais qu’ici, par une amusante coïncidence, on nommait Maison Blanche. Et certes ce n’était pas très original vu que toutes les baraques des cieux étaient blanches. Et immaculées. C’est pourquoi, afin de la différencier, on accolait à celle-ci de belles majuscules à l’écrit et un soupçon de crainte respectueuse à l’oral.

Hubert accueillit Saint Pierre et le conduisit séance tenante au Fils de l’Homme, car le Bon Dieu répugnait à s’entretenir avec la bande de potes dégénérés du fiston. Quand bien même Lui et l’Autre était Uns. Il aurait tout aussi bien pu l’envoyer causer au Pigeon Céleste, rien que pour se foutre de sa gueule, mais bon, par commodité il n’avait pas poussé l’outrage jusque là.

«  Alors Pierrot, comment vas-tu ma vieille branche ? » dit Jésus en jetant sur son lit la manette de sa PSP.
«  Parait qu’on est dans la merde ? » ajouta t-il en se jetant à la suite de la manette dans un bel envol, au ralenti pour l’effet.

Saint Pierre haletait les mains sur les genoux, les angelots déposaient ça et là les tonnes de dossiers, et heureusement que c’était une chambre divine sans quoi il n’y aurait pas eu assez de place.

«  T’étais obligé de ramener tout ce bordel avec toi ? » demanda Jésus, les doigts de pieds en éventail. Saint Pierre se redressa, mit son index à la commissure des lèvres, prit une minute d’intense effort intellectuel, puis, toujours en manque d’oxygène, répondit :
«  Han han han… maintenant que j’y pense…han han han… pas vraiment, Seigneur »

Et que voulez-vous ajouter à ça ? Jésus non plus n’ajouta rien. Il éprouvait soudain un début de migraine. Comme chaque fois qu’Il était confronté à la crétinerie des hommes. Ensuite, Il se souvenait les avoir crées à son image.

«  Pourquoi vous tapez-vous la tête contre ce montant de lit Seigneur ? » demanda Saint Pierre.

Written by saiphilippe

26 février 2013 at 16 h 43 min

Ex Catho-Logique ( épisode 1 )

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Cette histoire débute un beau soir entre fromage et dessert à la manière d’un cheveu dans la soupe ; Hubert, majordome portant beau la livrée de son état subalterne, débarrassait nonchalamment les assiettes creuses en affichant, d’un sourcil ombrageux, un air affairé quelque peu surjoué mais seyant bien dans le cadre prestigieux de cette maison de maitre. Il faut dire qu’on était chez le Bon Dieu.

Le Bon Dieu égouttait sa belle barbe blanche des restes du potage aux légumes qui s’y trouvaient, attirés sans doute par la lumière divine ; le petit Jésus, tête penchée mains jointes, semblait prier Dieu sait qui. Joseph tapait allégrement dans le clafoutis aux griottes qu’Hubert venait à peine de déposer sur la table. Marie fermait sa gueule et était au régime. Une soirée ordinaire chez la Sainte Famille et pièces jointes.

«  Jésus ! Bordel de Moi-même ! ne t’ai-je point déjà demandé de lâcher ce téléphone lorsqu’on est à table ? » s’écria le Bon Dieu dans un geyser de gouttes de potage aux légumes.

Jésus déposa le tout dernier Nokia Lumia 920, 529 euros sans abonnement, 4G disponible partout -même au paradis-, en soupirant. Son visage juvénile, quoique auréolé d’un halo contrarié, trahissait à la perfection son ascendance Divine, au grand dam de Joseph qui se sentait vraiment con dans ces moments-là. Rappelons pour mémoire aux bienheureux simples d’esprit que Jésus, fils de Dieu, est Dieu lui même, bien qu’engendré par Marie, qui est femme et donc compte pour du beurre, et par le Saint Esprit qui est Dieu et, par voie impénétrable de conséquence, Fils de Dieu. Cela s’appelle la consubstantialité. C’est un concept très beau mais très compliqué à comprendre, c’est pourquoi Joseph s’en tenait généralement à la première syllabe de ces jolis mots, surtout dans ces moments-là.

Quant au Saint-Esprit, il picorait seul dans la la Sainte Volière qu’on avait aménagé dans un recoin de la pièce. le Bon Dieu, consubstantialité ou pas, ayant estimé indigne de sa part de diner avec un pigeon. Déjà que son Fils lui tapait sur le système, alors un piaf ! Et donc étant Dieu, Fils, Divin Volatile à la fois, tous partageaient la même morosité, s’énervaient tous seuls à l’égard des uns et des autres et finalement s’encadraient avec un mal grandissant au fil que déroulaient, invariable, les siècles et les siècles. Amen. Alors, dans ces moments-là, Joseph retrouvait un regain de jovialité :

«  Qui c’est qui re-veut du clafoutis ? » tonna ,allègre, le rude charpentier de Bethléem à la rustre syntaxe.

Personne n’en manifesta la moindre velléité. Bon Dieu et Cie boudaient. Marie… mais qui s’en soucie ? Et le souper s’acheva dans un concerto pour soliste de claquements de mâchoires donné par le père Joseph, tandis que le reste de l’assemblée attendait le retour aux pénates comme le Messie. Soudain, à l’heure du café mais sans lui, Hubert déboula dans la pièce, porteur d’un plateau d’argent sur lequel sommeillait, replié et menaçant, un papier ordinaire.

«  Ça vient tout droit du standard. Un pli urgent que vous envoie Saint Pierre, Ô Mon Dieu. » S’essouffla Hubert.

Les quelques mots banals du télégramme s’agrégeaient en une lourde menace, même pas sous-jacente : «  Fin des temps est proche. Stop. Demande permission déclencher Plan Bleu. Stop. Signé : Saint Malachie. Stop et Fin.»

«  C’est qui ce con ? » demanda le Bon Dieu.

Written by saiphilippe

25 février 2013 at 19 h 00 min

La Gauche à travers les âges ( III )

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Il y parvint enfin tout de bosses refait et de plaies couvert car il était maladroit et le sentier traitre. Il faisait nuit noire à ne pas différencier un chat gris d’un blanc si bien que personne ne vit ses multiples chutes et si son orgueil considérable en était blessé du moins était-il le seul à le savoir. Agiteur se rafistola en silence, mit un peu de terre sèche dans son nez pour en éponger le sang en se promettant d’inventer le pansement hémostatique un de ces jours. Après la révolution en tous cas. La Révolution ! Ce mot terrible qui chevauchait ses synapses de neurone en neurone à la vitesse d’une mobylette au galop, ce mot effroyablement excitant qui papillonnait dans ses entrailles comme l’amour au printemps et fouaillait ses bourses d’une ardeur de jouvenceau. Quoi que puisse être la révolution, c’est surement un truc sexuel, se dit-il une fois ses soins terminés.

Mais les idées, souvent, n’en font qu’à leurs têtes et il n’est pas rare que leurs maux dépassent la pensée.

Pour l’heure, Agiteur triquait comme un cerf sur le chemin boueux qui menait aux masures de mauvais torchis du bourg infect perclus de misère dans tous les coins et de mouches à merde partout ailleurs. Il avait une folle envie de révolutionner un fion ou deux mais la place du village, vide de présence, n’accueillait qu’un souffle mort de nuit sans lune. Et un chien galeux qui puait à cent mètres. Et aussi un phacochère qui s’était gouré de chapitre. Un peu dépité et fort meurtri par le froid humide il alla se rencogner entre deux mauvaises bâtisses où un tonneau esseulé trainait son désarroi d’être à moitié plein. Il se cala dedans comme il put se disant que ce serait toujours mieux qu’une flaque de boue au pied d’un mur bouffé de chiendent.

Au petit matin un coq chanta et des portes jaillirent des flopées de bras noueux armés de pioches, de bines et de faux. Agiteur pointa sa tête hors de l’abri et devant ces foules prêtes au turbin, qui ne se souciait pas de sa présence, se dit qu’il n’aurait pas deux fois la chance d’ouvrir sa grande gueule devant si large assemblée.

«  Camarades ! » hurla t-il tout en s’interrogeant sur la nature de ce mot nouveau à ses lèvres venu sans qu’il sut ni pourquoi ni comment. Et cette concomitance d’événements donnait à ses traits l’air inspiré et vaguement soucieux d’un tribun sage et pénétré de sa mission. Ça tombait bien car des centaines de paires d’yeux viraient au même instant vers lui et au lieu de se dire : « quel est donc cet infâme clodo bleui de bosses, puant la vinasse à cent mètres, qui nous assomme les oreilles de bon matin dans le but racoleur de nous arracher un sou ? » ils pensèrent :  «  quoi que puisse avoir à nous dire cet être étrange – à l’air pénétré- cela ne peut être qu’intéressant vu qu’il sort d’un tonneau ».

Intermède philosophique: de cet instant date la manie des philosophes antiques d’émerger des tonneaux afin de renforcer leur crédibilité, ce qui peut paraître con au premier abord, et l’est définitivement au second. Les philosophes en toc déblatèrent plutôt cheveux et chemise au vent au sortir d’une suite au Ritz, sur les parvis élyséens ou sur les plateaux télés. Ils perdent en crédibilité ce qu’ils gagnent en pognon, mais puisqu’il y a des cons prêts à payer ils auraient tort de se priver.

«  Camarades ! » Enchaina t-il, «  on vous ment, on vous spolie ! Le patronat se moque de toi, il pète dans la soie et toi tu trimes, camarade. Ton salaire c’est le salaire de la peur ! Alors, rame, rameur ramé, on avance à rien dans ce canoé, là-haut on te mène en bateau ! Tous ensemble, tous ensemble Yeah Yeah ! »

Et certes tout cela était fort et beau mais un peu décousu. Les mots tombaient de sa bouche comme l’eau d’une gargouille après l’orage et noyaient les centaines de paires d’oreilles de la populace assemblée qui n’y entendait rien, mais alors rien du tout, sinon que la colère croissait en son sein à mesure que les mots lui grillait la cervelle. Et soudain il y eut des cris, des « hourras », des « vive la révolution ! », des « Allez les Bleus ! », des « Patriiiiiiiiiiiiick ! ». Des hystériques attrapaient des orgasmes rien qu’en se roulant par terre, clamaient à qui voulait les entendre qu’elles arracheraient les couilles de J.R avec les dents, tandis que d’autres prétendaient que ça lui ferait trop plaisir et qu’il vaudrait mieux le jeter dans une fosse à purin pour lui donner à goûter la condition populaire. Des hommes se mettaient des couteaux entre les dents, levaient le poing en signe de défi et de vengeance. Et Agiteur, troublé et toujours soucieux, contemplait le spectacle de cette foule devenue clameur. Qu’allait-il pouvoir en faire ? Pouvait-il seulement en faire quelque chose ?

Là-haut sur la colline, J.R Ewing s’étonnait de sa feuille de palmier immobile et du vent soufflé de la plaine qui charriait ce matin des odeurs suspectes : un relent de mauvaise haleine, genre fromage coincé de la veille entre deux dents creuses, alors qu’à cette heure, d’habitude, c’était des odeurs de pieds dans la bouse et d’aisselles fraiches.

«  Agiteur ? Mon bon Agiteur ? Où es-tu fieffé butor ? Mon petit peigne-cul adoré ? Youhou youhou ? Viens remuer tes palmes pour ton patronnounet chéri ! »

On le voit, J.R était un sentimental…

« Ou je te lâche mes dogues et mes gardes aux fesses, enfoiré de petite feignasse ! »

mais il y avait des limites.

Written by saiphilippe

27 décembre 2011 at 13 h 02 min

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La gauche à travers les âges ( II )

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La Terre se couvrait de champs de blé blond, d’exploitations agricoles prospères. De vastes troupeaux paissaient en paix dans les plaines fertiles tandis que les hommes binaient, labouraient, piquaient ,replantaient, récoltaient, les pieds dans la bouse la tête sous la pluie, harassés sous le joug du labeur quotidien. Il ne se passait pas une heure sans que fut maudit le sort qui les frappait et nul ne se doutait que cet enfer était né de la bonne intention de Ledru-Rollin. Sans quoi, naturellement, ils auraient maudit Ledru-Rollin plutôt que le sort.

Là-haut, sur une colline où il faisait toujours beau, vingt degrés brise légère, contemplant serein le panorama de sa ribambelle d’ouvriers voutés sous l’effort, un homme se dressait. Un air satisfait barbouillait sa gueule de bellâtre doucement ombragée par les feuilles de palmier oscillant au rythme du mol mouvement qu’un bras laborieux imprimait. L’homme dressé s’appelait J.R Ewing, dit aussi : Le Patron. Au bout du bras laborieux un bonhomme qui répondait au nom d’Agiteur. D’aucuns objecteront que ce n’est pas un vrai nom et certes ils auront raison, mais est-ce ma faute à moi si personne n’avait jugé bon de lui en donner un ? Alors voilà, il avait reçu le nom de sa fonction : Agiteur. Et son nom de famille était Defeuilledepalmier, si vous voulez tout savoir.

Le sort d’Agiteur était nettement plus enviable que celui de ses petits camarades collés à la merde de cette putain de plaine fertile pas loin de 16 heures par jour alors que lui n’agitait ses palmes pour le Patron que lorsque celui-ci daignait montrer le bout de son groin en haut de sa colline. Et c’était vraiment pas souvent car il passait le plus clair de son temps entre les cuisses somptueuses de ses maitresses aux fragrances suaves pour ne pas dire carrément perverses. Alors Agiteur pour tuer l’ennui se branlait copieusement à ne plus éjaculer que de la sciure. Et tandis que la peau de son sexe effritée en copeaux ardents refroidissait il lui arrivait de réfléchir.

Intermède sociologique : l’homme réfléchit mieux les couilles vides. Regrettons que nombre de ces réflexions portassent sur la manière d’arriver au plus vite à la prochaine vidange de couilles.

Ainsi Agiteur inventa le melon chaud masturbatoire, la trogondule bigarrée (une position malheureusement tombée dans l’oubli) puis, à la recherche de sensations nouvelles, la cactussade, un genre de branlette entre deux cactus. C’est ce jour-là d’ailleurs qu’il décida d’étendre son champ d’études au delà de son gland et qu’il en vint à s’interroger sur sa condition sociale.

Or voici : Finalement , il n’était qu’un esclave comme les autres bouseux de la plaine. Certes il sentait la rose et ses mains étaient propres et vierges de durillons, ses pieds délicats et son dos bien droit. Sa face respirait la santé et son caca s’enroulait harmonieusement à la sortie du rectum. Mais il n’était qu’un esclave. Certes J.R Ewing le nourrissait des mets les plus savoureux, ceux qui tombaient de la table, et le laissait baiser ses femmes, les plus tout à fait aussi vierges, les plus tout à fait aussi belles, celles dont il ne voulait plus. Mais il n’était qu’un esclave et ces honneurs des restes !

Il resta prostré longtemps en regrettant les branlettes insouciantes d’antan. Puis il s’endormit. Il fit un rêve ou la terre serait ronde la lune féconde, ou le contraire, puis il s’envola, évolua dans le ciel radieux d’un futur luminescent… le rêve, l’évolution…?…!!!!

– REVOLUTION ! Hurla t-il en s’arrachant aux bras de Morphée, la dernière petite salope que J.R avait jeté sur sa couche après usage, et, se levant d’un pas résolu, armé de ce simple mot, il s’engagea sur le sentier tortueux qui menait à la plaine.

Written by saiphilippe

18 décembre 2011 at 13 h 22 min

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La Gauche à travers les âges ( Ier chapitre)

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Le fabuleux voyage que nous vous proposons d’effectuer en moult étapes pittoresques et édifiantes ne se prétend nullement exhaustif mais il m’a paru important de retracer succinctement l’itinéraire cahoteux de la Gauche à travers les âges. Je dis « gauche » par convention histoire de ne pas vous embrouiller, parce qu’évidemment « la gauche » ne s’est pas toujours appelée « la gauche » et d’ailleurs en italien ça se dit « la sinistra » ce qui est morbide ou alors il faut rajouter « Franck » devant pour que ça devienne glamour.

Le sujet ainsi si brillamment exposé plongeons à présent et à cœur joie dans le premier âge de « la gauche ». Le premier innovateur du progrès social en marche reste à ce jour complètement inconnu et c’est d’autant plus injuste qu’il était unijambiste suite à un accident de chasse. Traquant le phacochère à couilles caduques il avait malencontreusement glissé sur une peau de banane laineuse. Une espèce très répandue au néolithique.

Petit intermède culturel : le néolithique est la période qui suit immédiatement le lithique et se caractérise surtout par le fait qu’elle est en tous point semblable sauf qu’elle est nouvelle. C’est en tous cas ce qu’arguèrent les commerciaux de l’époque pour la fourguer aux crétins lithiques.

Notre héros s’appelait Ledru-Rollin mais après son accident on se contenta de l’appeler « Patte Brisée », «  N’a Qu’une Jambe » ou, plus rarement faute de temps, «  Putain d’Enfoiré de Bouche Inutile à Nourrir ». Et certes c’est bien triste mais personne n’avait vu « Intouchables » aussi.

Condamné à la fois par ses collègues et par la science balbutiante, qui avaient en commun l’utilisation fanatique du gourdin pour seule médication connue, Patte-Brisée voyait son avenir un tantinet compromis. Fort heureusement la perspective de sa transmutation prochaine sous forme d’esquilles d’os concassées que l’on donnerait à mâcher aux enfants en attendant l’invention du chewing-gum provoqua en lui un choc intellectuel salutaire. En un mot comme en cent : il eut une idée.

  • Et si, proposa t-il, au lieu de courir après le phacochère au risque de choper des points de côté et des ampoules au pieds nous en capturions un couple afin qu’il copulât et dont nous tirerions de l’engeance pitance jour après jour sans nous soucier de rien sinon de notre bien-être ? Outre une parfaite maitrise de la concordance des temps et du vocabulaire, on le voit, notre héros avait oublié d’être con.
  • Ah ouais… tiens c’est pas con, renchérit à l’unisson la meute de ses collègues de travail percluse des plaies et bosses inhérente à son activité professionnelle abêtissante.

Ainsi fut-il fait et plus jamais n’eut à courir au cul du phacochère aucun homme. Ce n’est qu’ensuite que l’on se rendit compte que l’animal bouffait littéralement comme un porc et qu’il fallait, pour subvenir à ses besoins, courir la brousse sous le soleil ardu des heures durant en quête de baies. On en vint, plus tard, avec la même logique, à planter des baies à l’orée du village et c’est presque sans s’en rendre compte que ces cons-là inventèrent l’agriculture et son lot d’échardes aux mains. Le progrès était en marche et d’ailleurs, comme par solidarité darwinienne, le phacochère cessa de perdre ses couilles à la morte saison. Ledru-Rollin devait succomber peu après d’hyperglycémie suite à l’ingestion de quantités de rôtis de phacochère farci aux baies dans l’espoir d’une repousse de jambe. On ne peut pas avoir raison à tous les coups.

De cet opus on apprendra qu’un des objectifs de la gauche est de faciliter la vie des gens. C’est bien. Et aussi que faciliter la vie des gens se révèle souvent un travail ingrat et que, tout pesé, les ampoules aux pieds valent bien les échardes aux mains. Ce qui constitue une pensée réactionnaire de la pire espèce à moins d’avoir lu Marx.

Written by saiphilippe

10 décembre 2011 at 15 h 08 min

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O Toi, Allemagne

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A l’heure de la haine du boche retrouvée il me semble important de réaffirmer ici que je n’ai pas attendu les déclarations d’Arnaud Montebourg pour détester l’allemagne au point de ne pas lui adjoindre de majuscule. Je suis né germanophobe. Tout petit déjà la Divine Providence me soufflait à l’oreille : «  va trouver De Gaulle et chasse les frisés hors de France ». Preuve, s’il en fallait une, que la Divine Providence est Française, au point d’adjoindre une majuscule à son adjectif. Et accessoirement qu’elle ne regarde pas souvent sa montre.

C’est en retard d’une guerre donc que je passai ma prime enfance à clamer dans un désert europophile béat ma ferme intention d’annexer la Rhur, la Sarre et de démanteler le reste. Éventuellement de le donner en pâture aux cochons, aux pingouins ou aux perroquets, ou à toute autre espèce se terrant dans les noires forêts de germanie. Sans majuscule également. Quant aux habitants honnis de ces contrées je n’envisageais pour eux, dans un souci humaniste, que de les convertir à la France ou, le cas échouant, à les renvoyer à la préhistoire dénicher leur pitance à même la fange avec leurs gros groins rougeauds de fridolins bouffeurs de patates pas frites.

Las, mon amour de la Patrie sonnait comme le glas et nul ne me suivait sur cette Voie pourtant Sacrée. Que n’avaient-ils pas, mes obtus coreligionnaires, lus et intégrés les insultes séculaires des perfides saxons ! Comment pouvaient-ils, mes bienheureux crétins générationnels, croire en l’amitié d’un pays qui ne trouvait source que dans l’asservissement de la France ? C’était eux ou nous bordel !

Quoi ? Comment ça ? Tout ça c’était à cause du nazisme ? Mais, gamin de peu de foi, le nazisme c’est la quintessence du schleu ! C’est le boche ultime ! Toute sa foutue histoire tendait vers ce pinacle de sa malfaisance intrinsèque ! Las encore, mon frère Français avait oublié sa langue et ne comprenait plus ni le mot « pinacle » ni « intrinsèque ». Mais ça ne l’empêchait pas de me traiter de sale con.

La première fois que je mis mes pieds circonspects en Allemagne l’horloge sonnait 1991. Sur le mur du salon de mes hôtes il y avait le portrait d’un aviateur de la Luftwaffe, tout de gris vêtu avec des barrettes de leutnant rutilantes et un sourire de jeune premier pendu aux lèvres. Un Clark Gable boche mort dans un ciel russe. Le père de mon hôte.

Je me souviens de son fils, assis sur son canapé en cuir premier choix, dans cette grande maison bourgeoise qui hurlait le fric à mes oreilles de petit français pauvre. La télé ronronnait un programme en noir et blanc, un vieux truc à propos de Juifs gazés dont on voyait les corps poussés à la fosse par des bulldozers U.S quand l’horloge affichait 1945. L’orphelin sur son canapé trop riche pleurait en silence, les mains crispées sur ses genoux pour contenir ses tressaillements. Il pleurait, honte offerte en holocauste du simple fait d’être Allemand, sous le regard figé et un peu factice d’un père mort sans l’avoir connu.

Si un jour, mon frère boche, on te met dans un camp, je veux bien, maintenant, y crever avec toi.

Written by saiphilippe

4 décembre 2011 at 16 h 18 min

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Rats des villes, rapt des ombres.

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Une ruelle sombre, sertie d’humidité, où le brouillard le dispute à la bruine, résonne en silence des pas ouatés des ombres de la nuit. Ombres furtives forgées en enfer tandis que sur Terre on signe les accords vert-ps. Une hérésie inutile. Comme si après s’être arsouillé la gueule au whisky 18 degrés on éprouvait le besoin d’assurer sa biture avec du cidre à trois volumes. Mais y-a t-il seulement des pommiers en Norvège ?

 

La ruelle, elle, se contente de ces quelques pas sourds sur son goudron putride. Le pas des ombres de la nuit, souvenez-vous. Soudain, tout continue pareillement pendant un laps de temps indéterminé, déniant tout à-propos quant à l’emploi du mot « soudain » devenu soudainement aussi indispensable à cette phrase que Mélenchon à la présidentielle.

 

J’ai oublié de préciser que les ombres – de la nuit donc- possédaient des pieds de biche. Fait étrange pour des créatures de l’enfer que l’on s’attendrait plutôt à être pourvues de pieds de bouc. Que cherchent-elles à cette heure indue, quoique non spécifiée dans le rapport de police, sinon à accomplir le pire méfait qui soit : S’en prendre à Moi ! A ma voiture en fait, ce qui revient au même puisque tout ce qui m’appartient est une projection dans le monde physique d’un Moi Éthéré Inaltérable, garanti pour l’éternité pièces et main-d’œuvre. En outre je suis équipé d’un sens de la propriété à l’épreuve de la Raison et si j’ai un conseil à vous donner c’est de ne jamais, ô grand jamais, toucher à mes affaires.

 

Le rutilant carrosse du prince était une ford escort de 1994, année fameuse, ne me demandez pas pourquoi, d’un beau rouge vif tirant sur le pas-clair d’autant qu’elle avait besoin d’un lavage. Elle dormait là, sereine comme Anne et ne voyait rien venir parce qu’à l’instar de nombreuses choses elle n’était pas vraiment vivante. Un truc que j’ai appris assez récemment, il y a trente-cinq ans environ. N’ergotez-pas ! Trente-cinq ans à l’échelle de l’univers c’est la seconde d’avant.

 

Bref. Les ombres s’en prirent d’abord à la portière de la belle pour en forcer l’ouverture. Violeurs infâmes, lâches pervers aux godes pieds-de-biche ! Puis, transis de joie mauvaise, ils posèrent leurs culs sales sur Mes sièges en polyester véritable et pétèrent Mon neiman. Ainsi contrainte au démarrage Ma belle caisse s’envola pour une virée dont je ne sais rien hormis qu’elle se termina sur le parking du cimetière, non loin de là, comme un symbole.

 

Où que vous-soyez, petits merdeux, sachez que je vous maudis pour trente générations ! Que vos cervelles vides s’emplissent de céphalées ! Que vos peaux grasses se couvrent de mélanomes ! Puissiez-vous crevez le plus tard possible en ne perdant rien du spectacle de votre décrépitude !

 

C’est excessif ? Je vous ai prévenu qu’il ne fallait jamais toucher à mes affaires.

Written by saiphilippe

4 décembre 2011 at 11 h 09 min

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