"Un Jour En France"

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Archive for the ‘Textes, mystères et bananes flambées!’ Category

Ex Catho-logique ( 6 )

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« Bienvenue sur la hot-line. Si vous désirez modifier votre abonnement ; tapez 1 ; si vous avez un problème technique composez le 2 ; si vous désirez être mis en relation avec un conseiller clientèle, tapez 3… » fit une voix engageante et chaleureuse sous laquelle perçait l’absence de toute humanité.

Dieu tapota la touche «  3 » de son téléphone rouge.

«  Vous désirez être mis en relation avec un conseiller… confirmez ce choix en prononçant « oui » … »

Dieu prononça « oui », un tantinet agacé.

«  Bien ! » fit la voix douce et factice «  vous désirez être mis en relation avec un conseiller clientèle. votre délai d’attente est estimé à moins de 15 jours… »

«  Quoi ! ? Bordel de Moi-même ! Arrête tes conneries Satan ! » éclata le Bon Dieu en sautant sur sa chaise.

«  Qui êtes-vous ? » fit la voix sensuelle comme un coup de fouet sur un cul dodu.

«  Je suis Celui qui ne doit pas être nommé en vain ! Je suis l’Éternel ! Je suis ton Dieu, créature ! »

Il y eut un silence, puis une musique d’ascenseur patienta le silence durant une bonne minute, puis un clic et enfin Dieu entendit :

«  Sauf ton respect, mon pote, ici t’es que dalle ! » C’était une voix de contrebasse en rut majeur, soufflée plus que parlée, inquiétante, menaçante, la voix du stupre et de la malveillance absolue. Elle contrastait fortement avec la précédente qui n’appelait qu’au viol et à la sodomie sans vaseline finalement.

«  Je me doutais bien que c’était toi, Satan ! C’est quoi ce délire avec le téléphone ? »

«  On a beaucoup trop d’appels, t’imagines même pas, fichu branleur de mes deux cornes !  Et d’abord je ne suis pas Satan, je suis Lucifer ! »

«  Arrête tes conneries ! Satan, Lucifer, Belzébuth, qu’importe ! Ton nom est Légion ! »

«  est « étrangère » est mon prénom, pauvre con !  Bon, qu’est-ce que tu veux, ô Grand Connard Céleste ? »

«  Que t’arrêtes de m’insulter, pour commencer, parce que sinon on va pas s’en sortir . » Fit Dieu, conciliant.

«  Ok, ma poule, qu’est-ce qu’il t’arrive ? »

Alors Dieu raconta l’histoire de la prophétie, la chasse au Malachie, Gabriel, Battesti, le combat final et tout le tremblement. Satan, bon public, ponctuait le récit de Dieu avec forces «  putain ! Tu déconnes ? », «  mon pauvre Vieux… », «  Oh ben ça alors, bordel de merde de pute à cul ! », comme font les enfants bien élevés quand on leur raconte une histoire captivante. Et Dieu termina :
«  Tout ça pour te demander si, par le plus grand des hasards, tu n’aurais pas décidé de prendre de l’avance sur le calendrier en envoyant sur Terre l’antéchrist et ainsi me forcer à l’Armageddon ? »

«  C’est tout ? » fit Satan, narquois, bien qu’en son for intérieur il ressentit les prémisses foireuses de l’angoisse. Un antéchrist ? Que ce bon Dieu était naïf ! Mais comment lui avouer que sa chère humanité regorgeait d’antéchrists, jetés là, génération après génération, par son génie maléfique. Ils pullulaient sur les places financières. Il en débordait des conseils de ministres. Il n’était pas jusqu’à la moindre épicerie Carrefour qui n’en fut farcie ! D’un autre coté n’était-il pas le Malin ? N’était-il pas destiné à éprouver les nerfs de Dieu, à lui prouver que l’humanité ne valait pas tripette ? Bref, il avait effectivement envoyé l’antéchrist. Par paquet de douze. Et pas qu’une fois !

Le problème avec les antéchrists, c’est qu’ils sont imbus d’eux-mêmes, fats, cupides, obstinément préoccupés de leur bien-être personnel, de leur enrichissement aux dépends des autres, de leur jouissance. Oh il font le Mal, certes, mais uniquement pour leur confort. Au point qu’aucun ne fut jamais en mesure de mettre son intégrité, morale aussi bien que physique, au service d’un intérêt supérieur, fût-il la victoire du Mal sur le Bien. Satan se l’avouait parfois les soirs de déprime : c’est d’un Saint dont il aurait eu besoin. Mais il n’avait pas ça en magasin.

Alors il répondit :

«  Non »

Après avoir raccroché le combiné, Satan gambergea un peu. Cette histoire le turlupinait et ce n’était pas agréable. Qu’un mec roule Dieu dans sa pure farine de Père-La-Pudeur suprême ne lui déplaisait pas, fondamentalement parlant. Mais que lui, le Prince des Ténèbres, n’en sut pas plus ni n’en fut à l’origine lui était insupportable ! Se pouvait-il qu’un petit malin veuille lui ravir la vedette ? Une espèce de petit enfoiré essayait-il de le doubler, pour quelque motif inavouable ? Peut-être pour prendre sa place !?

«  Ah non ! » bondit-il comme un Diable hors de sa boite.

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Written by saiphilippe

10 mars 2013 at 18 h 46 min

Ex Catho-logique ( 5 )

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Les moutons paisibles paissaient et croissaient sans crainte sur le plancher de la piaule de cette peau de vache de Battesti. Son visage, griffé de rides et ignoré du rasoir comme son parquet du balai, restait digne, alors que se poursuivait la perquisition policière. Imperturbable, son regard vit la planque de Saint Malachie débusquée, sous les moutons, sous le plancher réduit en copeaux. Puis on conduisit cette lie de paradis dans les locaux du SAS, au grand renfort d’un tapage de sirènes célestes accompagné d’auréoles clignotant blanc-bleu. Superflu mais très joli. Il fallait bien que l’on marquât le coup ! rendez-vous compte : une arrestation au paradis ! Ça ne s’était pas vu depuis des temps immémoriaux, depuis le grand clash, depuis le grand schisme, la grande révolte… depuis l’expulsion de l’ange déchu, Lucifer.

S’il exhalait de Battesti une forte odeur de gibier de purgatoire, en revanche on aurait donné à Saint Malachie un blanc-seing pour la Maison Blanche, tant était patente sa licence de sainteté. Il était effectivement en possession d’un petit papier de Dieu tout à fait conforme : Date et motif du décès, résumé succinct des actes de sa vie terrestre et de sa canonisation dans les règles de l’art. Plus un certificat de non-pécheur toutes saisons, tamponné en bonne et due forme. Et une carte de membre du club des « Saints à Bicyclette ». Incongrue, certes, mais chacun est libre de combler son éternité comme il l’entend. Battesti, lui, n’avait pas ses papiers. Arguant les avoir égarés lors d’un déménagement, il appuya ses dires d’une version slam d’«  Hécatombe » de Georges Brassens. Puis il enchaina sur «  l’Internationale », après quoi il réclama, à grands cris, une guitare électrique. Ce qui lui fut refusé. Alors il se se vengea en massacrant, à capela, «  Highway to Hell » et les oreilles de l’assemblée ! Finalement, jetant tout azimut une bordée de malédictions corses, il se mura dans un silence de cathédrale et nul ne put lui arracher une once de parole censée.

Malachie n’avait pas grand chose à cacher et ne nia d’ailleurs pas être l’auteur de la prophétie dite «  des Papes », en revanche il affirma avec véhémence son innocence quant à l’envoi du télégramme fatidique, celui par qui toute cette histoire avait commencé ( vous feriez bien de la relire soit dit en passant. Nda). Il certifia avoir écrit la prophétie sous l’emprise d’un alcool de trèfle assez redoutable et s’en être repenti à maintes reprises depuis, que la sainte aspirine en soit louée ! Il avoua une certaine addiction au jus de pomme. Il déclara avoir rencontré Battesti à un festival polyphonique, sa passion secrète avec la bicyclette et la taxidermie, bien qu’il eut dû renoncer à cette dernière en raison d’une carence quasi totale de cadavres au paradis.

Gabriel rapporta aussitôt ce témoignage à Dieu qui prit un dix-millionième de microseconde pour vérifier dans son infinie mémoire des actes des hommes si tout ceci était exact. Et cela l’était. Dieu se dit ensuite qu’Il aurait mieux fait de commencer par là plutôt que de laisser monter la mayonnaise puis se ravisa en se souvenant qu’Il était par essence infaillible. Par contre, malgré deux bonnes secondes de plus sur le sujet, Il ne parvint pas à identifier la source du problème, à savoir  l’expéditeur du télégramme. Merde alors ! Qu’est-ce qui pouvait bien échapper à son divin contrôle ?

Tendu comme un Kennedy sous la menace de missiles cubains, Dieu souffla à Hubert :

«  Passez-moi le téléphone Rouge ».

Written by saiphilippe

7 mars 2013 at 11 h 04 min

Ex Catho-logique ( épisode 4 )

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Huit heures du matin, non loin du purgatoire, un des recoins les moins clairs du paradis, à la frange septentrionale, si tant est qu’on puisse ordonner des points cardinaux hors de tout conclave, se trouvent les bas-fonds baptismaux. S’encanaillent en ces lieux de perdition relative, les anges en rupture de ban, les saints pas très catholiques, les arrivés-là-par-hasard, les déçus de l’illumination divine. On y trouve aussi, pêle-mêle, des vendeurs d’estampes gentiment érotiques, des mahométans amateurs de saucisson et des juifs intégrés. Et aussi des marchands de fruits de la connaissance du Bien et du Mal de contrebande. Et Puis une distillerie de jus de pomme clandestine.

Les anges du SAS ont pris position aux pourtours, planqués derrière leur lunettes noires, elles-mêmes dissimulées par des journaux comme le sérieux « New-Jérusalem-Tribune », « Le Matin du Paradis », ou encore le très controversé « Plus-Près-de-Toi-Mon-Dieu », apprécié des férus de potins sur la Sainte Famille et de photos chocs . Affutés par des siècles de glandouille, ils promènent, malhabiles, leur volonté de bien faire. Les uns patrouillent benoitement d’une échoppe à l’autre sans jamais faire mine de s’intéresser à la marchandise, les autres s’attablent aux terrasses des cafés mais ne commandent rien. Gabriel, téléphone à l’oreille, tente de mimer une conversation pénible avec sa mère. Et tous guettent ostensiblement les abords immédiats de la distillerie de jus de pomme. Par chance pour eux, peu au fait des manières policières, les usagers du coin menaient leur petit manège quotidien, sans se montrer plus soupçonneux que ça envers cette bande d’anges bizarroïdes, aussi inaperçue qu’un concert de David Guetta dans un cloitre voué au silence.

«  Go go go, action ! » s’écria brutalement Gabriel en apercevant la cible pénétrer dans la distillerie.

Aussitôt, les journaux volèrent, les ailes s’activèrent et tout ce beau monde se rua vers l’entrée comme un seul ange. Mais la porte était trop étroite pour qu’ils puissent la franchir ensemble, même en se tassant bien, aussi il y eut quelques contusions, une cheville foulée et un air con général. Parvenus, par miracle, dans le vaste hangar encombré d’alambics, nos flics sacerdotaux lâchèrent des bordés d’injures, chastes toutefois, et firent un tel barouf que l’assistance en fut pétrifiée. Et c’est heureux parce qu’aucun de ces couillons n’ayant pensé à surveiller la porte de derrière, tous les délinquants auraient pu s’enfuir, s’ils n’avaient pas également été des couillons confirmés.

On ceintura les gentils brigands et Gabriel, soufflant sa fumée de clope dans les naseaux de celui qui semblait être le chef, tint ce discours :

«  Écoutez, tas de fumiers bio, je sais de source sûre que le dénommé Saint Malachie est un habitué des lieux et je sais qu’il crèche chez l’un d’entre vous ! »

Un silence. Long silence.

Puis un ange passa.

«  je peux aller au toilettes patron ? » demanda t-il.

Enfin une voix se fit entendre, pleine de défi :

«  Et comment tu sais ça, toi ? » firent les naseaux fulminants de celui qui semblait être le chef.

Il s’exprimait curieusement, avec un débit de parole haché, une pointe de fierté hors de propos et une posture générale bouffie d’outrance. Bref, il se la pétait grave.

«  Ah ah ! Quand on parle du loup ! Tu t’es trahi, Philippe Battesti, car c’est bien toi que nous cherchions ! » S’exclama Gabriel.

«  Et comment tu sais que c’est moi, toi ? » fit le suspect à l’accent indéfinissable et irritant. Le genre d’accent qui pousse à la violence. Ou à poser des questions idiotes.

«  Non mais t’es con ou quoi ? Dieu, notre boss à tous, qui voit tout qui sait tout, ça t’évoque quelque chose ou bien ? »

Philippe Battesti était fait comme un rat désormais ! inutile de nier qu’il abritait Saint Malachie. Et pourtant il persista dans la menterie, car son orgueil était plus fort que la vérité. Il faut dire que, dans sa vie terrestre, Philippe était Corse. Un île où les gens, rompus au mensonge et au banditisme de grand chemin, occupaient leur emploi du temps honnête à jouer aux douaniers ou au postiers, métiers éreintants s’il en est, surtout à l’époque d’internet et des frontières ouvertes à tous vents.

L’instant est venu de renseigner l’aimable lecteur de ces saintes écritures à propos des mœurs étranges du paradis. Notamment concernant les interdits. En réalité rien ne l’est formellement, simplement les conduites à risques, ou inconvenantes au yeux de Dieu, ne procurent plus aucun plaisir. C’est ainsi que l’alcoolique invétéré peut boire sans soif mais ne trouve jamais l’ivresse. Que John Fitzgerald Kennedy, après avoir sauté l’intégralité des saintes du paradis sans jouir une fois, trouva en revanche l’extase dans la philatélie. Hé oui, courbez-vous fiers Sicambres, brûlez ce que vous avez adoré, adorez ce que vous avez brûlé. Les premiers seront les derniers et toutes ces sortes de choses. En définitive, la seule transgression un peu jouissive possible est d’accomplir tout et n’importe quoi en s’imaginant que Dieu n’est pas au courant. C’est faux bien sûr car Dieu sait tout, cependant, parfois, Dieu s’en fout. Nuance. Ceci explique donc les distilleries clandestines de jus de pomme, la vente de roudoudous sous le manteau, les corses inutilement arrogants.

Written by saiphilippe

1 mars 2013 at 10 h 26 min

Ex Catho-logique ( épisode 3 )

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Maison Blanche, 4 heures du matin heure paradisiaque. La cellule de crise divine se réunit dans le bureau ovale de Dieu. Qu’on ne se méprenne cependant pas : il n’y a cette fois aucune amusante coïncidence dans ce fait troublant. L’ovale rappelle à Dieu la forme de l’Univers que, dans son infinie sagesse, il a bien voulu créer. Bien qu’en réalité l’Univers arborât plutôt la forme d’une goutte d’eau depuis le point d’origine, à savoir le big-bang – que Dieu appelle plus volontiers «  le jour où J’aurais mieux fait de me casser une jambe » – allant croisant jusqu’à adopter une forme ovoïde assez peu pratique pour y caser des meubles, mais parfaite pour y déposer planètes et constellations.

La cellule de crise de la Maison Blanche se compose de Dieu, du Fils, et du Saint-Esprit. En résumé, elle réunit Dieux tous seuls. Cela dit, afin que nos aimables ouailles ne perdent pas trop le fil des débats, nous avons choisi de dissocier clairement la triple – et unique – personnalité de Dieux. Jésus prit la parole :

«  Papa, Titi, notre dévoué Saint Pierre m’ a appris que ce fameux Saint Malachie était, dans sa vie terrestre, un évêque d’Irlande du XI siècle après Moi. Il se serait piqué de quelques prophéties au sujet de la fin des temps, évoquant en vrac le dernier des papes, la venue de l’Antéchrist, la Jérusalem Céleste, le combat final… tout ça quoi. »

«  Et en quoi sommes-nous concernés mon Fils ? » fit Dieu, dédaigneux.

«  Ben, il paraitrait que sur Terre on soit justement sur le point d’élire le dernier des papes. Ça a dû faire flipper Saint Machin-Chose, je suppose. »

« Hum… Bon, je me souviens bien avoir proféré deux-trois bafouilles au sujet de la fin des temps, par ton entremise d’ailleurs, mon Fils. Mais je ne me souviens pas avoir fait de ce type un prophète agrée… d’un autre coté je ne me souviens pas non plus avoir crée l’Irlande, donc, l’un dans l’autre, il est possible que ce type ait reçu de Moi l’autorisation de semer la panique. Faudrait mettre la main dessus, ce serait le plus simple, Je pense »

«  Je pense aussi Papa »

«  Cui-cui » approuva le Saint-Esprit.

«  Bien. Qu’on mette immédiatement sur le coup Gabriel et sa Section Angélique Spéciale ! » ordonna Dieu.

L’Archange Gabriel, accoudé sur le zinc de son bureau, s’absorbait dans la contemplation métaphysique de l’olive qui barbotait dans le martini servi, un instant plus tôt, par une assistante ailée au petit cul adorable. Toujours sur la brèche ! Telle était la devise de Gabriel et de ses SAS. Mais ça n’interdisait pas un moment de détente entre deux interventions. Cela dit, ça restait assez tranquille ces derniers temps. Depuis l’Annonce faite à Marie, ça faisait un milliard trois-cent vingt et un mille putains de martinis détendus. Et le téléphone sonna.

«  Gabi ? C’est Jésus. Prends tes gars et trouve-moi un type nommé Saint-Malachie »

« Quoi, qui ? Hein ? Seigneur !…c’est Toi ? Oh merde, Ô Seigneur ! »

«  Ouais, c’est Moi ! Ferme-là un peu et écoute! On dirait vraiment que t’as vu la Vierge ! Bon je répète : Saint-Malachie, un Irlandais… il est probablement alcoolique, commence par les tripots »

«  Oh merci mon Dieu ! Oh Seigneur ! Ce sera fait Seigneur ! À vos ordres ! Hosanna, Hosanna ! »

«  Ouais, pareil. Allez, grouille ! »

Gabriel vissa sur son crane un feutre bien élimé et à ses lèvres une clope bien allumée. Il éclusa d’un trait son martini puis, avant de sortir, colla une main au petit cul adorable de l’assistante qui gloussa, mi-surprise mi-offusquée mais à plein satisfaite. Une fille bien élevée en somme. Maintenant vous savez quoi faire pour gagner le paradis, mesdames.

Comme saisi par le froid et l’humidité d’une ruelle sombre, Gabriel renfrogna les épaules dans son trench-coat, ce qui n’était pas facile rapport à ses ailes d’archange. Il faisait 19°, le ciel était au blanc-bleu-léger des six heures du matin paradisiaque, et jamais il ne pleuvait. Il faut dire que Gabriel, entre deux martinis, avait cultivé une certaine attirance pour les romans noirs des années cinquante et les attitudes à la Bogard – sans aucun risque de choper le cancer, ce qui est toujours appréciable-, mais il avait un peu tendance à surjouer.

Toujours sur la brèche !

Written by saiphilippe

27 février 2013 at 17 h 54 min

Ex Catho-logique ( épisode 2 )

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Or le soir, lumineux, tombait sur le paradis en dessinant sur la blancheur immaculée du lieu de magnifiques dégradés de blanc ; les pommiers éternellement fleuris projetaient leur ombre blanche sur le sol blanc-vert de la pureté absolue ; et le ciel bleu-blanc clair de la nuit céleste n’arrangeait guère les insomniaques, mais de quel droit la créature critiquerait-elle le blanc dessein de Dieu, hein, je vous le demande ? Et donc le paradis ne connaissait ni la nuit-noire, ni les trente-cinq heures, ni les revendications intempestives. Il n’y avait subséquemment aucune raison pour que le Bon Dieu se privât de mander sur l’heure tardive, de la blanche-nuit, Saint-Pierre afin que ce dernier l’éclaire sur l’identité de ce foutu Saint Malachie.

Une convocation chez le grand patron, quel qu’il soit, n’augure usuellement rien de bon et c’est bien dans cet état d’esprit que Saint Pierre accourait à barbe abattue vers la grande demeure, blanche évidemment, du Bon Dieu. Il trainait derrière lui un chapelet de carrioles emplies de paperasses diverses qui volaient en tous sens en se répandant sur la chaussée. Mais Saint Pierre continuait de courir car il avait de bons mollets et une flopée d’assistants angelots en guise de ramasseurs de fourbi éparpillé. Et dans leur tête, les angelots se demandaient pourquoi ce vieux sagouin ne passait-il pas à l’informatique. Dans sa tête, Saint Pierre ne se demandait rien, car il avait du mal à courir et à réfléchir en même temps.

Sur le bord de la route, les badauds s’attroupaient, lançaient des encouragements et des bidons d’eau. Des «  Vas-y Pierrot ! » des «  Ouais, alleeeeez ! » et même deux ou trois «  Cours ! Forest, cours ! » lâchés par quelque plaisantin cinéphile. On en vit qui se joignait à l’effort par solidarité, ou manque de distractions, mais dans sa course éperdue Saint Pierre s’en moquait. Au loin scintillaient les grilles du palais Divin et les supporters se voyaient peu à peu remplacés par les anges du service d’ordre. Sonnèrent les buccins, résonnèrent les trompettes et, enfin, le vénérable premier pape franchit les grilles dorées du divin palais qu’ici, par une amusante coïncidence, on nommait Maison Blanche. Et certes ce n’était pas très original vu que toutes les baraques des cieux étaient blanches. Et immaculées. C’est pourquoi, afin de la différencier, on accolait à celle-ci de belles majuscules à l’écrit et un soupçon de crainte respectueuse à l’oral.

Hubert accueillit Saint Pierre et le conduisit séance tenante au Fils de l’Homme, car le Bon Dieu répugnait à s’entretenir avec la bande de potes dégénérés du fiston. Quand bien même Lui et l’Autre était Uns. Il aurait tout aussi bien pu l’envoyer causer au Pigeon Céleste, rien que pour se foutre de sa gueule, mais bon, par commodité il n’avait pas poussé l’outrage jusque là.

«  Alors Pierrot, comment vas-tu ma vieille branche ? » dit Jésus en jetant sur son lit la manette de sa PSP.
«  Parait qu’on est dans la merde ? » ajouta t-il en se jetant à la suite de la manette dans un bel envol, au ralenti pour l’effet.

Saint Pierre haletait les mains sur les genoux, les angelots déposaient ça et là les tonnes de dossiers, et heureusement que c’était une chambre divine sans quoi il n’y aurait pas eu assez de place.

«  T’étais obligé de ramener tout ce bordel avec toi ? » demanda Jésus, les doigts de pieds en éventail. Saint Pierre se redressa, mit son index à la commissure des lèvres, prit une minute d’intense effort intellectuel, puis, toujours en manque d’oxygène, répondit :
«  Han han han… maintenant que j’y pense…han han han… pas vraiment, Seigneur »

Et que voulez-vous ajouter à ça ? Jésus non plus n’ajouta rien. Il éprouvait soudain un début de migraine. Comme chaque fois qu’Il était confronté à la crétinerie des hommes. Ensuite, Il se souvenait les avoir crées à son image.

«  Pourquoi vous tapez-vous la tête contre ce montant de lit Seigneur ? » demanda Saint Pierre.

Written by saiphilippe

26 février 2013 at 16 h 43 min

Ex Catho-Logique ( épisode 1 )

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Cette histoire débute un beau soir entre fromage et dessert à la manière d’un cheveu dans la soupe ; Hubert, majordome portant beau la livrée de son état subalterne, débarrassait nonchalamment les assiettes creuses en affichant, d’un sourcil ombrageux, un air affairé quelque peu surjoué mais seyant bien dans le cadre prestigieux de cette maison de maitre. Il faut dire qu’on était chez le Bon Dieu.

Le Bon Dieu égouttait sa belle barbe blanche des restes du potage aux légumes qui s’y trouvaient, attirés sans doute par la lumière divine ; le petit Jésus, tête penchée mains jointes, semblait prier Dieu sait qui. Joseph tapait allégrement dans le clafoutis aux griottes qu’Hubert venait à peine de déposer sur la table. Marie fermait sa gueule et était au régime. Une soirée ordinaire chez la Sainte Famille et pièces jointes.

«  Jésus ! Bordel de Moi-même ! ne t’ai-je point déjà demandé de lâcher ce téléphone lorsqu’on est à table ? » s’écria le Bon Dieu dans un geyser de gouttes de potage aux légumes.

Jésus déposa le tout dernier Nokia Lumia 920, 529 euros sans abonnement, 4G disponible partout -même au paradis-, en soupirant. Son visage juvénile, quoique auréolé d’un halo contrarié, trahissait à la perfection son ascendance Divine, au grand dam de Joseph qui se sentait vraiment con dans ces moments-là. Rappelons pour mémoire aux bienheureux simples d’esprit que Jésus, fils de Dieu, est Dieu lui même, bien qu’engendré par Marie, qui est femme et donc compte pour du beurre, et par le Saint Esprit qui est Dieu et, par voie impénétrable de conséquence, Fils de Dieu. Cela s’appelle la consubstantialité. C’est un concept très beau mais très compliqué à comprendre, c’est pourquoi Joseph s’en tenait généralement à la première syllabe de ces jolis mots, surtout dans ces moments-là.

Quant au Saint-Esprit, il picorait seul dans la la Sainte Volière qu’on avait aménagé dans un recoin de la pièce. le Bon Dieu, consubstantialité ou pas, ayant estimé indigne de sa part de diner avec un pigeon. Déjà que son Fils lui tapait sur le système, alors un piaf ! Et donc étant Dieu, Fils, Divin Volatile à la fois, tous partageaient la même morosité, s’énervaient tous seuls à l’égard des uns et des autres et finalement s’encadraient avec un mal grandissant au fil que déroulaient, invariable, les siècles et les siècles. Amen. Alors, dans ces moments-là, Joseph retrouvait un regain de jovialité :

«  Qui c’est qui re-veut du clafoutis ? » tonna ,allègre, le rude charpentier de Bethléem à la rustre syntaxe.

Personne n’en manifesta la moindre velléité. Bon Dieu et Cie boudaient. Marie… mais qui s’en soucie ? Et le souper s’acheva dans un concerto pour soliste de claquements de mâchoires donné par le père Joseph, tandis que le reste de l’assemblée attendait le retour aux pénates comme le Messie. Soudain, à l’heure du café mais sans lui, Hubert déboula dans la pièce, porteur d’un plateau d’argent sur lequel sommeillait, replié et menaçant, un papier ordinaire.

«  Ça vient tout droit du standard. Un pli urgent que vous envoie Saint Pierre, Ô Mon Dieu. » S’essouffla Hubert.

Les quelques mots banals du télégramme s’agrégeaient en une lourde menace, même pas sous-jacente : «  Fin des temps est proche. Stop. Demande permission déclencher Plan Bleu. Stop. Signé : Saint Malachie. Stop et Fin.»

«  C’est qui ce con ? » demanda le Bon Dieu.

Written by saiphilippe

25 février 2013 at 19 h 00 min

Au théâtre ce soir

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La scène se passe alors qu’Antigone rentre du ski avec une fracture de la jambe consécutive à une triste histoire de fondue savoyarde déguisée en bourguignonne. Allongée sur son lit de souffrances elle reçoit la visite fort inopportune d’Alceste, son mari hémiplégique des chevilles qui n’a pu, pour cette raison, se rendre à Courchevel avec elle. Ce que ne sait pas le pauvre con c’est que pendant qu’il larmoie, compatit et se lamente sur le tibia fracassé de son épouse celle-ci, tant bien que mal, maquille son embarras : Armand, son amant, est dissimulé sous le plâtre, et ça gratte un peu.

Alceste : O ma douce aimée, je tremble d’émotion d’avoir failli te perdre! Ne t’ai-je pas cent fois répété de te méfier des fondues et des savoyards, ces êtres dévoyés et voués au Diable?

Antigone : O mon doux époux, tant de sollicitude me touche, mais si tu avais vu cette fondue! si tentante avec son huile raffinée et ses petits morceaux de pain savoureux. Je n’ai pu résister et te prie de m’en excuser. La chair est faible, tu le sais bien.

Armand (en aparté) : certes, mais tu aurais pu la raser avant que de te faire plâtrer!

( Antigone frappe le plâtre)

Alceste : Cesse donc de t’agiter! Te molester ainsi ne refera pas pousser ton os plus vite.

Antigone : Sache, mon noble époux, que si je me frappe c’est que je ne puis me gratter, que les os ne repoussent pas, que par contre les poils si et que j’ai fort malencontreusement omis de passer chez l’esthéticienne toute occupée que j’étais à souffrir pendant que tu te prélassais dans ton fauteuil à roulettes!

Alceste : veux-tu que je te gratte à l’aide de cette pique en fer que je vois luire là-bas à coté de l’âtre ?

Armand : ( en loucedé) : Une cheminée dans une chambre d’hôpital? Si je tenais ce con d’architecte!

Antigone : J’aimerais mieux un massage des épaules mais tu ne puis te lever et puis je ne comprends pas ta haine des Savoyards attendu que tu es Suisse ce qui ne vaut guère mieux, mais, cela dit, je t’aime comme tu es.

Alceste : Chaque jour que Dieu fait je me repens de ma Suissitude mais cela ne change rien au fait que les Savoyards sont abjects, certains au point de vivre à Annecy!

Armand ( étouffé ) : Fichtre! Et moi qui suis savoyard d’Annecy… et, je m’en souviens à présent, également l’architecte qui conçut cet hôpital. La peste soit de moi-même!

Antigone (changeant de sujet) : Tiens il neige.

Alceste : Tiens, je m’en fous. Toutefois je trouve ce plâtre prodigieusement mal fagoté : il fait trois fois ta taille et depuis tout à l’heure il parle.

Antigone (ne se démontant pas) : Il s’agit d’un nouveau modèle muni d’un poste de radio afin que les patients ne s’ennuient point pendant leur convalescence. C’est bien trouvé non?

Alceste : Je ne vois là que forfaiture! Je suis certain que ton médecin, ce Mohamed Ben-Barquette, est un savoyard : je l’ai vu, de mes yeux vu, s’enfiler un reblochon entier sans vomir! Et quelle idée as-tu eu de te faire soigner ici, à Annecy, cet antre de putréfaction où les hôpitaux ont un air de chalet, des cheminées et même des peaux de bêtes devant? Et ne causons pas des estampes savoyardes n’ayant que très peu à voir avec la médecine mais beaucoup avec la gynécologie qui habillent tous les murs!

Antigone : Ce sont des estampes japonaises.

Alceste : C’est pareil!

Armand ( le nez dans le plâtre) : Diantre! L’étau se resserre : mon père est japonais et ma mère dessine des mangas pornos dans un temple shintoïste à Bourg-Saint-Maurice.

Antigone : Mais enfin, mon époux, que me reproches-tu? Aurais-tu oublié notre week-end torride à Saint-Claude nom d’une pipe? Tu ne semblais pas tant haïr la Savoie alors!

Alceste : Saint-Claude, c’est dans le Jura, connasse! Tu ne connais même pas la géographie! Tu me méprises parce que je suis un Suisse à roulettes et que toi tu voulais des roulettes russes! Salope!

Antigone : Mais vous êtes fou mon mari!

Alceste : Non, je suis marri d’être fou de vous!

Armand (…) : Mais pourquoi se vouvoient-ils tout à coup?

Antigone ( à Armand) : C’est pour donner une grandeur cornélienne à ce texte qui sombre peu à peu dans la fange, mon ami.

Armand : Je m’en bats les couilles, je sors! ( surgissant comme un savoyard hors de sa boite de reblochon) Ah Ah, c’est moi Armand l’amant ardent de madame!

Alceste : C’est nul comme sortie.

Antigone : Il est vrai! Vous êtes pitoyable mon ami.

Armand : Vous me faites tous chier, bande de fondus!

FIN

Written by saiphilippe

14 décembre 2010 at 14 h 13 min