"Un Jour En France"

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Ma Guerre du Golfe ( XIII )

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Le mercredi d’après nous ressortions ensemble. Ma peine l’avait-elle touché ? Se pouvait-il qu’elle éprouvât quelques sentiments à mon endroit ? A dire vrai peu m’importait. Je fus ravi de cette seconde chance qui me tombait dessus à l’improviste, comme la tuile d’un toit, car si mon crane ne se fendit point on ne peut pas en dire autant de mon cœur. Mais n’anticipons pas. Il y eut des péripéties d’ordre sexuel où enfin j’excellai. Je reçus même les félicitations du jury. Il y eut un temps, bref, où nous fûmes un gentil petit couple. Quinze jours peut-être.

Puis il y eut mon départ pour l’Allemagne. A Nuremberg. Ce fut un séjour riche d’enseignements. Étrangement, j’y perdis un peu de ma haine de l’Allemand en visitant les vestiges hitlériens ; en marchant le long de cette gigantesque trouée de bitume où les chenilles des chars mugissaient leur chant de fin du monde ; en prenant place sur l’autel païen dressé comme un défi face à l’esplanade qui recevait les claquements secs de cent-mille paires de bottes ferrées. N’étaient-ce ces herbes folles crevant les dalles disjointes et les terrains de baseball qu’arpentaient en trottinant quelques G.I ‘s on aurait pu s’y croire… L’architecture massive, écrasante et grandiose était un message, et son volontaire abandon un autre.

Je croyais presque en la rédemption de l’ennemi héréditaire quand, à un match de foot entre Nuremberg et Munich où ma correspondante m’avait trainé, je vis jaillir de la foule des dizaines de drapeaux frappés de la croix Maltaise, j’entendis les cris de singe. Un Noir avait la balle. Plus jamais je ne suis retourné dans un stade depuis.

On eut droit, évidemment, à la visite d’une brasserie que je suivis avec attention en raison de mon engouement pour tout ce qui touche à l’ingénierie, fut-elle distillée dans le malt. Engouement que j’épanchai copieusement aux usines Siemens qu’on nous donna à voir également. En revanche, là où je ne m’épanchai pas, sauf, à la rigueur, par la fenêtre, c’est au cours de religion que nous eûmes à subir au lycée, astreints que nous étions au même régime scolaire que nos hôtes. Régime qui ignorait, et ignore encore, la séparation de l’église et de l’état. Ce cours était dispensé par une espèce de corbeau protestant qui ne goûta que fort modérément notre irrévérence envers la chose religieuse, soit en continuant nos conversations privées, soit en ricanant sous cape, ou encore en chahutant ostensiblement. Il nous jetait de temps à autres de son œil complètement torve des injures muettes dont le caractère antifrançais sous-jacent me paraissait évident. Finalement, il avoua son échec éducatif et nous flanqua à la porte que nous prîmes avec bonheur avant d’aller au bar d’en face porter des libations à Bacchus, un Dieu plus en rapport avec nos intérêts.

Nous somme rentrés le vendredi d’avant Pâques. D’autres vacances débutaient. En Germanie, j’avais reçu de Cécile une lettre enflammée et même carrément salace qui laissait entendre des retrouvailles intenses. Sac à dos à peine jeté déjà je courrai chez elle.

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Written by saiphilippe

10 mai 2011 à 12 h 19 min

Publié dans souvenirs d'en France

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23 Réponses

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  1. C’est un des meilleurs  » Ma guerre du Golfe « ..Ta verve, ton sens de l’humour noir, tes animosités et les pourquois ! tout ce qu’on connait si bien mais raconté avec tellement de talent…
    bravo et merci pour ces lectures
    bises

    NiNne

    10 mai 2011 at 12 h 29 min

  2. je vous conseille de visionner la vidéo « esplanade » où l’on voit ce dont je parle. Il y a la passé et le présent. Elle est un peu longue, certes, et les commentaires sont en allemand, mais on comprend bien quand même.

    saiphilippe

    10 mai 2011 at 12 h 43 min

  3. la bière de Brel , je connais , la bière à boire , je n’aime pas , quant à ta vidéo de 8mn et des poussières je reviendrais la visionner plus tard , là j’ai pas le temps .
    Ton récit est épatant , on n’en est toujours pas à la fin , c’est agaçant car je n’aime pas attendre , mais c’est palpitant de suspens …. alors j’attend impatiemment la suite .
    bises

    mamijodekymael

    10 mai 2011 at 12 h 59 min

  4. donnes en nous encore à lire !
    ce sera toujours autant que les boches n’auront pas pour eux…. 😉

    Bon, je retourne boire une bière avec mes potes Berlinois et je reviens te lire…

    LOOFY

    10 mai 2011 at 14 h 10 min

  5. Bonjour Philippe. Pour la vidéo, je la regarderai plus tard, là je suis sur batterie.
    Pour les cris de singe, on n’a pas avancé beaucoup depuis les JO de 1936. C’est à se désoler de l’humanité. Certes, ce n’est pas avec les déclarations que l’on nous sert de droite et de droite que les mentalités évolueraient. Mais nom d’une pipe en bois, à quoi sert l’histoire encore récente?

  6. Perso, je sais pas si j’aurais pris le temps de jeter le sac à dos?

  7. je préfère les autres épisodes…
    mais souligne, toutefois, ta sensibilité en visitant Nuremberg…
    N.B. Au stade (ou ailleurs) c’est plutôt qui qui dit qui l’est (bien que cela ne puisse résoudre le problème)

    Sylvie...

    10 mai 2011 at 17 h 15 min

  8. En te lisant j’avais l’impression d’y être aussi.
    Quand je travaillais pour une boite Allemande, j’y suis allée deux fois en formation et ce qui m’a le plus impressionnée c’est leurs discipline et leur propreté.Pas un papier par terre. Par contre quand ils sont en vacances à Ibiza… ai caramba, ils se lâchent complétement.

    caicara1855

    10 mai 2011 at 18 h 57 min

  9. ahhhh c’est la saga de l’été ???? tu vas nous tenir en haleine encore longtemps ???? je piaffe…..comme disait Léon Zitrone surgissant du diable vauvert à la veille du grand prix de l’arc du triomphe…..

    mimi pinson

    11 mai 2011 at 6 h 28 min

  10. Pour ma part, je trouve le récit du séjour en Allemagne bcp plus gratifiant que le rapport de l’héroïne à l’héros, hein…! (tjrs un plaisir un lecture du reste !). Bravo Philippe et merci pour tes récits.

    Bien le bonjour à tous.

    klima47

    12 mai 2011 at 6 h 33 min

  11. Ne t’inquiète pas, je vais revenir te lire (j’ai bien cinq volets de retard…)mais en ce moment je suis un tantinet dans le jus; séparation, déménagement…. Un quotidien à réinventer, quoi…. Mais attention, je vais bien, je ne veux alarmer personne, surtout pour rien; c’est juste que je traverse un genre de contraction spatio-temporelle et comme mon vaisseau n’est plus de la première jeunesse, forcément ça secoue un peu…. lol A+

  12. Tu as pris le temps de jeter ton sac à dos, mais as-tu pensé à changer de chaussettes ???
    Comme tt le monde j’attends la souite !
    Bise.

    Un coucou (suisse) à Pascal.

    Dom Dom

    15 mai 2011 at 7 h 27 min

  13. salut Philippe
    j’ai bien aimé les injures muettes et non moins évidentes…
    fantastique au-delà du sensible 😉
    @+

    necjugiter

    17 mai 2011 at 8 h 00 min

  14. très occupé par ton boulot , je suppose , en cette fin d’année ?
    je te rappelle qu’on est quelques-uns à attendre la suite de ta guerre du golfe

    mamijodekymael

    9 juin 2011 at 17 h 29 min

  15. Je crois que tu es amoureux, alors tu nous délaisses. Snif !

    Caiçara

    15 juin 2011 at 5 h 56 min

  16. C’est quoi toutes ces toiles d’araignées ici ???

    Dom Dom

    17 juin 2011 at 17 h 32 min

  17. ah je vois que je ne suis pas le seul à venir reluquer les acariens sous tes tapis… tu as laissé tes lecteurs avec un désir lubrique relatif à un dépôt de sac à dos… la langue s’est prise dans les rayons du vélo, depuis…
    j’espère que tu te portes bien

    necjugiter

    21 juin 2011 at 14 h 08 min

  18. youhou !
    et alors ? la suite ?
    on attend … depuis le temps que tu cours vers elle , tu n’as toujours pas réussi à la rattraper ?
    L’école est finie , tu as le temps d’écrire non .
    quoi vacances ?
    comment ça : vacances ?
    veux pô l’savoir , j’veux la suite de l’histoire !
    la suite , la suite !!!!!

    mamijodekymael

    10 juillet 2011 at 17 h 43 min

  19. Je me demande s’il n’est pas parti avec Pascal le Magnifico dans une secte. Le pire est à craindre.

    caicara1855

    12 juillet 2011 at 17 h 59 min

  20. reviendras tu un jour réécrire sur ton blog
    comme tant d’autres à ce jour disparus
    toi l’illustre inconnu, toi le soldat des mots
    ?

    belle journée Phil

    LOOFY

    21 juillet 2011 at 6 h 54 min


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