"Un Jour En France"

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Ma Guerre du Golfe ( XI )

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La veille du grand jour William tint concile avec son staff technique dans un restaurant de luxe de la banlieue dijonnaise. Flunch, je crois. Staff dont on se demande encore comment il fit pour se rendre utile tant il s’imbiba de cocktails bière-coca, invention funeste sortie des têtes teutonnes de ma correspondante Nadine et de son amie Daniela. Cette équipée sauvage carbura à l’alcool jusqu’aux quatre du matin lorsque William percuta le dur poteau des réalités : maths et sport l’attendaient aux aurores. Je ne sais pas comment il s’en tira mais le fait est que l’après-midi, lors de la mise en place du dispositif, il me parut frais et dispos. Pendant que nous poussions les meubles et aménagions les buffets, il concentra son énergie sur l’écheveau de câbles et de fils qui pendaient, tentaculaires, de sa table de mixage. Révisa ses gammes de fondus enchainés destinés à tuer les temps morts . Un fléau qui , jadis, avait ruiné bien des fêtes parentales quand il fallait passer d’un riant tube de Piaf à une Sheila pathétique et en couettes. Je ne parle même pas des chaperons, vigies des bonnes mœurs et autres douairières qu’ils enduraient alors et dont on nous feraient grâce car, fichtre ! nous n’étions plus au Moyen-âge . En conséquence de quoi, nous allions vivre une orgie romaine ! Classique.

Si la jeunesse n’a pas beaucoup de tête en revanche elle a de l’estomac, aussi sommeillaient au garage des hectolitres de boisons diverses sur lesquelles régnait en maitre une forte proportion de breuvage au houblon, thème de la soirée. On y trouvait, en sus, alcools forts et sodas dont l’association donnerait, à n’en pas douter, de bien belles gueules de bois. Et de la boustifaille en pagaille condamnée par avance et l’ivresse à finir au fond d’une cuvette comme dégazent les pétroliers. Les convives radinèrent au petit bonheur  : Les allemands avec leurs hôtes, les copains de lycée, les copains des copains, ceux du petit amie de ma sœur. Les miens, Jérôme et Sébastien, étaient là depuis la mise en place. Cécile arriva vers dix-sept heures et se perdit aussitôt en discussions oiseuses, en marivaudages, en plaisanteries variées, avec tout le monde. J’essayai en vain de l’entretenir seul à seule mais elle esquivait. Il y avait comme un froid que je ne m’expliquai pas. Sinon par l’excitation de la soirée qui débutait.

En guise de liminaire, William lança sur les platines l’hymne allemand qui eut le don de flatter, voire de réjouir, les descendants en jeans de la gent bottée et casquée qui nous avait foutu la pile en 1940. Il aurait pu lancer la Marseillaise aussi, histoire de respecter les règles diplomatiques, mais je t’en fiche ! L’on se contenta, de mauvaise grâce pour ma part, d’entonner le fameux ban bourguignon. Fameux de Nevers à Dijon, guère au delà il faut bien le dire. Il s’agit d’un chant à base de « lalala lalalalère » entonné les mains en l’air, au début des banquets, à leurs fins, et chaque fois qu’un imbécile renverse son verre sur la nappe ou sur le décolleté de la voisine. C’est un chant fleurant bon les ceps flétris et les relents de dive amphore coincés dans les dents creuses. Bref, c’est un chant à boire.

Une fois débarrassée du protocole, la soirée prit le pont d’envol. Prudente d’abord dans ses évolutions musicales, pilotée d’une main maitresse par William, elle planait sur les tubes du moment : « i’m free » des Soup Dragon, «  j’ai vu » de Niagara. La piste bruissait de mille pas sur son brun tapis carrelé, les têtes ondulaient en réponse aux rythmes frénétiques ou syncopés comme la forêt s’agite sous les alizés. J’abordai tout ceci d’un œil indifférent ; mon regard ne cherchait que Cécile. Mais ne la détectait pas. Je sentais les basses ondes de la sono battre dans mon estomac, concocter un précipité acide avec la boule d’angoisse qui l’étreignait, en sourdine jusque-là. Je quittai la pièce, pour échapper au martèlement, me retrouvai dans le hall et la vis enfin ! Elle se trouvait à mi-hauteur des escaliers en direction des chambres.

Sébastien, qui nous avait suivi, moi et l’action, me souffle :

« elle a peut-être envie de baiser !? »

«  ça m’étonnerait… j’ai pas pu lui dire un mot depuis qu’elle est là. Je crois qu’elle me fait la gueule… »

Mais, comme pour me contredire, mes jambes me portent à sa suite. Je la rejoins à l’étage, l’attrape par les hanches pour l’enlacer. Enfin ! Ma bouche à son oreille lui susurre l’indécence et la sienne répondit :

«  je vais juste me changer dans la salle de bains du haut… trop de monde en bas. »

D’accord… pas vraiment la réponse que j’attendais.

En bas, la soirée partait en vrilles acrobatiques et tendancieuses. William passait «  Daniela » d’Elmer food beat. Un hommage un tantinet pervers à notre Daniela d’outre-Rhin, les paroles affirmant avec force qu’on pouvait « y aller à trois, y mettre les doigts » et bien d’autres choses encore. Dans un coin, un quidam s’adonnait à un étrange manège : saisissant un verre qu’il couvrait de sa main il en frappait le fond sèchement sur une table basse. Puis passait le verre malmené à quelque main tendue et, ensuite, reprenait sa ronde. Verre, schweppes, téquila, tape ! Téquila-frappée, la boisson à la mode, pour se mettre la tête à l’envers. La mienne l’était déjà. Je cravatai un verre au passage, puis me rendis dans le jardin pour respirer un peu.

Debout, face aux champs, je sirotai ce truc infâme en m’absorbant dans la contemplation des lumières, au loin, du village de Sennecey. La nuit était fraiche, il y avait un peu de vent. Il y avait quelqu’un derrière moi, aussi.

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Written by saiphilippe

22 avril 2011 à 14 h 52 min

8 Réponses

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  1. A mon avis tu vas te faire un peu violer dans le massif de roses !
    J’attends la suite… 🙂

    Dom Dom

    22 avril 2011 at 16 h 55 min

  2. sadique ! nous rappeler l’existence d’Elmer Foot Beat…
    au moment où l’on commençait à se sentir bien… sadique que tu es ! 😉

    Loofy

    22 avril 2011 at 21 h 11 min

  3. Je sens que ça va finir en boeuf bourguignon; un boeuf, c’est bien quand les gens se réunissent pour jouer avec leurs instruments?

  4. l’art du suspens …..

    mamijodekymael

    23 avril 2011 at 15 h 55 min

  5. Ero dietro di te (…)

    klima47

    24 avril 2011 at 7 h 17 min

  6. Je suis passé par diverses étapes en lisant ton récit, mais l’hymne Allemand « m’a tuer ». C’est bien connu, la teutonne tient l’alcool. Dans le sud de chez moi, les plus grosses fêtes de beuverie sont données par les teuto-brésiliens. Ils sont aussi très forts en pharmacologie à commencer par Menguele qui a pratiqué quelques expériences sur des femmes enceintes pour qu’elle pondent des jumeaux dans le but de perpétrer une race pure voulu par Hitler.
    Bon, je déborde un peu du propos tu m’excusera?

    caicara1855

    25 avril 2011 at 9 h 06 min

  7. Merci pour Niagara, j’avais oublié ce groupe que j’aimais bien pourtant.

    caicara1855

    25 avril 2011 at 9 h 11 min

  8. ô suspense quand tu nous tiens !!! viiiiite , la suite !!!!!

    mimi pinson

    26 avril 2011 at 20 h 30 min


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