"Un Jour En France"

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Ma Guerre du Golfe ( X )

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Soulagé comme au sortir du dentiste, j’en terminai éhontément en lâchant trois ou quatre minables décharges de gros sel à faire se gausser un lapin. J’avais des sueurs froides, une vague envie de vomir et le goût âpre de l’échec plein la bouche , toutes impressions suffisant à vêtir mon mal-être pour une éternité nouvelle, quand, en sus, mes esgourdes furent assaillies des mots que tout homme se doit d’entendre un jour, sauf les sourds et les affabulateurs : « c’est pas grave ». Ça l’était pour moi qui, atteint de banalité crasse, ne me distinguait pas des autres couillus en la matière. Je bafouillai un «  c’est la première fois que ça m’arrive » de bon aloi puisque c’était, même par omission, la pure vérité.

Le lendemain, une sortie au Cap-Vert était prévue avec nos correspondants allemands sous l’égide du corps enseignant. Le Cap-Vert ? Un vaste ensemble nautique de toboggans, de bains à bulles, d’isthmes et de caps en béton maquillé de faïences bleues ou blanches, par originalité, constituait le must des distractions aquatiques du Grand Dijon au début des années 90 avant l’avènement, dès 1995, d’un autre fabuleux aspirateur à pognon : La Toison d’Or, et son complexe balnéothérapique d’un acabit en tous points semblable mais en plus gros. Loin de cette analyse rétrospective nous-nous réjouissions de passer dans l’eau ces heures normalement dévolues aux fonctions logarithmiques ou autre facétie inutile du cycle secondaire. Je barbotais en compagnie de Cécile trouvant dans ses bras et l’eau froide la vigueur qui m’avait manqué la veille. Ah l’eau ! Tel un digne fils, bâtard sur les bords certes, de Poséidon et d’une murène acariâtre je ne suis jamais autant moi que dans les flots, fussent-ils chloré à mort et battus d’écume artificielle. Pour parler clair : parfaitement à l’aise dans cet élément je sentis  mon anatomie pelvienne s’accroitre ! Sans, cependant, que mon volume global changeât. Et si vous ne me croyez pas je vous invite à revoir vos notions sur la dilatation des corps.

Il est fort regrettable que l’instant ne se prêtât point aux chorégraphies sexuelles, rapport à la présence d’une population grouillante d’adolescents rigolards occupés à se pousser les uns les autres, à s’envoyer de grandes giclées de flotte, voire à nager pour les plus sages. Rapport également à quelques marmots en bas âge que le spectacle aurait pu choquer. Rapport, ensuite, aux femmes enceintes venues griller là leur congé maternité en dos crawlé, pour bronzer du ventre sans doute. Rapport, enfin, à la pudeur nouvelle de Cécile, elle qui, si j’en croyais son phantasme avoué, eût été partante pour baiser sur une pierre tombale. En carence de poisson crevé pour faire illusion il me fallut bien admettre que la décision de passer outre nos bas instincts semblait la plus raisonnable. Alors nous restâmes à nous galocher innocemment sous un frais soleil de mi-mars touchant d’efforts pour se peindre printanier.

Jeudi mourant, l’évidence du trépas prochain de cette semaine de rêve se dessinait à l’horizon et quoi de mieux qu’une boum pour souhaiter bon retour à nos invités germains. En attendant la prochaine guerre. William, épris des arts des boules à facettes et des sciences des platines, se chargerait de ces domaines tandis que d’autres, moins qualifiés, s’occuperaient des basses œuvres, alcools et amuse-gueules. Le lieu ne fut pas rude à dénicher car maman allait opportunément passer son week-end chez le père de William : ce serait donc chez moi que se tiendraient les auf wiedersehen le samedi suivant. Je me tins globalement, et avec brio, à l’écart des préparatifs, mais comme je passais pour un fumiste intégral ça ne choqua personne.

Il est de ces moments comme ça. Des moments tout simples qui ne parlent qu’à ceux qui les ont vécus. Qui n’apprennent rien de plus qu’on ne sache déjà, et pourtant, des moments qui vivent pour toujours dans la mémoire des hommes , comme une fraction irréductible, un résumé de l’existence, une croisée des chemins. C’est en cela qu’ils sont universels . Pour moi ce fut cette soirée, encore nommée par ses vétérans, de ce coté-là du Rhin en tous cas, la Boum des Allemands.

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Written by saiphilippe

17 avril 2011 à 17 h 02 min

12 Réponses

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  1. Toujours aussi sympa ! 😆 alors…j’attends encore la suite !
    Bise.

    Dom Dom

    17 avril 2011 at 17 h 19 min

  2. j’ai rattrapé tous les épisodes en retard… j’attends la suite…. avec (presque) comme du sel sur la bouche…

    Sylvie...

    17 avril 2011 at 18 h 03 min

  3. J’attends aussi la suite, mais j’ai du relire le début, tant mieux!

    kairosf

    17 avril 2011 at 18 h 06 min

  4. Tu m’étonnes: comment ça doit soulager de sortir du dentiste!

  5. on devrait suprimer une fois pour toutes les  » premières fois  » en matières de sexe , elles sont rarement réussies , chargées de honte et de cafouillages en tous genres…..passons vite à la suite….

    mimi pinson

    18 avril 2011 at 5 h 52 min

  6. éh bé ! on a attendu longtemps
    , mais on en a pour notre patience …pas de doutes ! on te retrouve ds ta verve et ça fait du bien…..je crois que la prochaine fois que j’irai chez mon dentiste, il est fort probable que je glousse, c’est malin ça , comment lui expliquer aprés ça , pourquoi je me marre !
    bizzzzzzzz

    NiNne

    18 avril 2011 at 6 h 09 min

  7. si j’ai bien tout compris se galocher sert autant à touner 7 fois la langue dans sa bouche (et donc à dire moins de conneries) qu’a se nettoyer mutuellement les dents (évitant ainsi d’inutiles frais de dentistes… 😉

    LOOFY

    18 avril 2011 at 9 h 46 min

  8. [un frais soleil de mi-mars touchant d’efforts pour se peindre printanier.]; j’aime beaucoup cette phrase ^^
    bon , ben ça valait la peine d’attendre , c’est du très bon Phil …. il y a une suite , forcément , cette boum … donc j’attend le prochain récit
    bises

    mamijodekymael

    18 avril 2011 at 19 h 23 min

  9. ps ; suis allée voir les vidéos 🙂

    mamijodekymael

    18 avril 2011 at 19 h 27 min

  10. Daughter l’palpitant d’la dent creuse d’une lame qui descend sur le pied ? Dam, surement pas. Un affreux récit chapeau, …, comme à l’accoutumée ! en sus la sique !!! ja tan, la suite en plein, essor ! mes hommages Mr. Phil.

    klima47

    19 avril 2011 at 19 h 43 min


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