"Un Jour En France"

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Ma Guerre du Golfe ( IX )

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Les vacances passèrent en coup de vent sans qu’il me fût possible de me faire à l’idée, proprement hallucinante, que j’avais une copine. Alentours, pourtant, ce fait nouveau ne paraissait étonner personne. Pas même Jérôme, remis de sa blessure d’orgueil, qui, néanmoins, prenait un malin plaisir à me mettre la pression à propos des ébats qui m’attendaient. Car Cécile battait des ailes pour les relations volages, pas pour se grimer en oie blanche. C’est du moins la réputation qui lui collait aux plumes comme le mazout aux mouettes. Et dire que je n’avais jamais volé, même pour un vol d’essai, n’était pas pour me rassurer ! Elle devait rentrer le dernier samedi des vacances, m’annonça t-elle par carte postale interposée en me donnant du « mon chou » et affirmant sa volonté de me faire des bisous « tout partout » écrit en gros. Quant à savoir ce que « partout » signifiait… bref.

Elle toqua donc à mon huis un samedi ensoleillée de mi-mars, et après qu’elle eut fait la connaissance de la nombreuse progéniture de ma mère puis de ma mère en personne, monta dans ma chambre. Moi aussi pour autant qu’il m’en souvienne. Et sur mon lit deux places qui ne connaissait que moi nous-nous roulâmes des patins langoureux jusqu’à pas d’heure. Ce fut très innocent en vérité, si l’on excepte une main farfouilleuse qui s’en alla quérir des sensations nouvelles du coté d’un soutien-gorge. Elle y rencontra un sein lourd et plein, onctueux et doux, n’ayant que très peu à voir avec le ballon plein de flotte qu’un pote de colo, naguère, tenait pour un palliatif valable. Car oui, j’avais perdu des années à croire les conneries de bavards pétris de vantardise de toutes les classes, réfectoires, douches et dortoirs, que j’avais eu la mauvaise idée de fréquenter ! Pauvres types dont en cet instant solennel je perçai à jour les mensonges. Pauvre de moi, créature misérable bouffie de complexes exogènes qu’ils m’avaient si bien vendus.

Le lendemain nous arriva de Nuremberg, Nadine, ma correspondante. Elle parlait un français parfait dû en grande partie à son lignage car sa mère était française. J’eus quelques difficultés à concevoir que pareille mésalliance eût pu être contractée au début des seventies, vingt-cinq ans à peine après la guerre, persuadé qu’à l’instar de ma mère toutes les jeunes françaises avaient reçu l’interdiction formelle de se marier à un Frisé . Mais bon, comme je ne pouvais pas décemment la tondre sans nuire aux règles de l’hospitalité, je gardai mes réflexions enfouies. Et puis Nadine m’amusait par sa capacité infinie à s’offusquer d’un rien : Il suffisait de dire « couille » à table pour qu’aussitôt elle s’étouffe. Que je médise des américains tantôt et je passais, illico, pour un suppôt de Saddam. Bien que le Mur de Berlin fut tombé il ne fallait pas, non plus, lui causer des Russes sinon pour les vilipender, ces salopards de communistes. Ce que je ne fis point, poussant le vice jusqu’à lui montrer avec délectation mon album des plus beaux titres des chœurs de l’Armée Rouge. Juste pour l’énerver.

Savoir être taquin avec le Fridolin tout en maintenant l’alliance voulue par De-Gaulle fut ma petite recréation de ces jours-là, mais bientôt d’autres chats vinrent me fouetter. Le mercredi suivant je perdis mon pucelage, à domicile, de la manière la plus catastrophique qui soit . Lamentable de bout en bout, piteux à la nausée, fébrile comme un grand malade, habile comme un manchot trapéziste. Je vous passe les détails. Mais l’essentiel fut fait et le rubis con franchi  je devins un homme, très très loin d’Arcole, si près de Waterloo.

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Written by saiphilippe

19 mars 2011 à 14 h 37 min

17 Réponses

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  1. ;o)

    Dom Dom

    19 mars 2011 at 14 h 49 min

  2. joli ce franchissement-là, tout en rubis..

    Sylvie...

    19 mars 2011 at 15 h 49 min

  3. pour ce faire un idée sur la réalité de tes dires, il faudrait qu’on ait aussi la version de ta mère et de Cécile… mais j’aurais quand même tendance à te croire sur parole, du moment que tu ne nous parle ni de l’Est ni du moyen orient… 😉 sinon tu ne serais bien entendu qu’un traitre collabo ! 🙂

    LOOFY

    19 mars 2011 at 16 h 22 min

  4. Une mémoire polybiographique plutôt qu’autobiographique.

    …Cela qui s’aventure ne porte pas de nom.

    La langue toute est son domaine.

    Agenouillé, il fouille avec des branches :

    Un peu de terre dérange le ciel, de minces araignées patinent parmi les reflets.

    Cela mélange ses eaux.

    Des paysages se superposent.

    Quelque source soudain imagine de jaillir, une écorce éclate, le torrent transparent enveloppe de glace les chevilles parmi les pierres.

    Il déchiffre en lui-même un murmure indistinct où la clarté d’une voix vient le surprendre.

    A certaines heures, se souvient-il, la lumière semblait y mieux voir.

    Ainsi la tiédeur de la cloche que frappe à la vesprée un rayon de soleil oblique.

    Sa mémoire s’écoule en poussière
    Cependant il exulte.
    Il s’évide mais s’obstine à parler de travers, rebondissant dans la blancheur comme une balle insonore.

    Il démêle son désir à peine et remonte avec précaution vers des cimes lointaines où des phrases malhabiles furent griffonnées jadis sur des papiers pliés en quatre.

    Il poursuit sa propre fable en surplomb, jusqu’au corridor de la naissance éboulée dans l’herbe et le sang.

    Cela s’égare dans son amour. Il se blottit :

    Buste de femme et taille, couchés dans le trèfle, genoux pressés, sueur, linges sur les hanches, toison, échine, cheveux dénoués et bras nus. Il empoigne, caresse, se déplie se relève, puis s’agenouille encore…

    Ce sont les gestes lents du soir dont la brûlure exauce un vœu ancien :

    Dès maintenant mourir. Il invente cela pour se perdre et ne pourra cesser d’y croire, comme celui qui aime en détresse et dont l’amour disperse la vie entière.

    Extrait du livre de Jean-Michel Maulpoix paru aux éditions P.O.L en 1986
    http://www.maulpoix.net/autobiographie.html

    klima47

    19 mars 2011 at 20 h 32 min

  5. Le côté collet monté de Nadine me séduit au plus haut point.

    Encore bravo pour ce partage Philippe.

    klima47

    19 mars 2011 at 20 h 36 min

  6. être un suppo de sa dame ….c’est un peu osé non pour un dépucelage ?

    mimi pinson

    20 mars 2011 at 7 h 36 min

  7. oh tu sais Phil , c’est une généralité à mon avis , la 1ère expérience plutôt nulle ….
    c’est juste moins honteux pour la fille que pour le gars … ce jour là
    🙂
    mais non je n’enfonce pas le couteau dans la plaie
    lol

    mamijodekymael

    20 mars 2011 at 16 h 38 min

  8. Cette histoire de « couille » à table me fait penser à moi quand je suis arrivé dans la famille de mon cher méri René. Ne parlant presque pas le français, je racontait tant bien que mal une histoire très amusante de couille, mais couille par chez moi veut dire: calebasse coupée en deux. A voir leurs têtes ahuries… Ouais, je me suis tapé la honte.

    caicara1855

    21 mars 2011 at 16 h 41 min

    • Ok … je pige.
      Oui mais chez nous « calebasse coupée en deux » veut dire couille. C’est pour ça qu’on dit souvent qu’on en a plein les calebasses coupées en deux.

    • … à ne pas confondre avec les couilles coupées en deux, qui sont des calebasses coupées en quatre

    • Excuses-moi Philippe de sortir un peu du sujet de ton billet, mais il semblait important d’expliquer à Caicara les subtilités de notre langue. Enfin … de nos calebasses.

  9. Je racontais…
    Pour le français écrit j’suis pas encore au point.

    caicara1855

    21 mars 2011 at 16 h 43 min

  10. C’est curieux ce que tu racontes. Moi au même âge, qui n’avais jamais rien perdu jusque-là, j’ai perdu ma pompe à vélo. Faut dire que je crevais souvent, le ressort à la longue était tout mou, et elle a dû sortir des crochets en passant dans un trou.

  11. ca faisait un moment que je n’étais pas venue (enfin si mais j’avais lu des bribes) et là plutôt que bosser je suis enue avaler d’une traite ta guerre du golfe…
    j’ai adoré 🙂
    m’a fait penser au coffret BD de Baru que je viens de lire : quequette blues, la piscine de micheville et vive la classe

    Muriele

    31 mars 2011 at 20 h 04 min


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