"Un Jour En France"

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Ma Guerre du Golfe ( VIII )

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Elle était là qui m’attendait au milieu d’une foule que je ne savais plus. J’eus un sourire, elle en eut un aussi puis ses bras s’ouvrirent et je fus dedans. Puis, comme nimbé dans un brouillard ouaté, je sentis loin là bas vers ma nuque des doigts danser. J’avais confusément chaud. J’avais peut-être froid. Le monde tournait autour de moi illuminé par un astre à facettes multicolores. Où Diable étais-je ? Tout m’était devenu imperceptible, étrange et distant : N’étaient-ce pas à l’autre bout de l’univers mes mains sur des hanches fermes que je m’interdisais de pétrir en dépit d’une furieuse envie boulangère ? N’était-ce pas, à proximité du soleil, cette chaleur intense que je maintenais à distance de peur d’y succomber ? Et le slow s’acheva. J’aperçus en coin Sébastien dont les épaules sursautaient de «  et alors ???? » frénétiques. Il est vrai qu’à part mon escapade spatiale, rien de probant ne s’était passé.

La chaine hi-fi, servie par MC William, se mit à jouer « une femme avec une femme », par dérision sans doute, et baissant la tête je vis la cause de mon trouble qui me regardait. Je me suis entendu lui demander la faveur d’un second slow… voilà que ma bouche parlait toute seule à présent ! Et le cirque reprit, tourbillons insensés, sons et lumières, son corps contre le mien. Et Mécano d’entonner : « Qui arrête les colombes en plein vol ? ». C’était une bonne question. Je reculai encore une fois. Elle me fixait. Toujours. Elle souriait. Encore. Mais peut-être pas pour des lustres non plus. Indécis mon visage entama à peine une esquisse de mouvement qu’il fut happé ! Ma langue aussitôt enrôlé par la sienne se mit au pas de deux à l’unisson sans difficultés aucune, mettant à bas des années de réflexion sur la meilleure façon de rouler des pelles. Quelle découverte ! Tout ça fonctionnait tout seul. Mais Dieu que ça tournait vite ! Trop vite pour mon oreille interne qui me fit perdre l’équilibre. Heureusement, Cécile avait les pieds sur terre.

Après ma foi, après… j’ai le souvenir d’un état proche de l’hébétement béat, celui d’un banc au centre de la nuit quelque part sur le chemin de Sennecey, elle debout moi assis, son visage se découpant sur le clair de la lune. Mais pas d’amis Pierrot. J’ai le souvenir d’un calque d’images fugaces de filles aimées jadis se superposant au sien. Oui, j’ai le souvenir prégnant de ce transfert affectif que mon inconscient se permit d’effectuer au vu et au su de mon conscient sans qu’il n’y pût rien faire. Amoureux d’emblée de la première qui était tombée. Qui m’était tombée dessus.

A demi déçu je reçus la nouvelle, sur ce banc au froid mordant, de son départ prévu pour le lendemain : ma belle s’en allait skier en famille toute une semaine. C’était parfait ! Un laps de temps qui me serait bien utile pour louvoyer mes craintes de puceau refoulé au jour le jour sans aucun espoir de résultat tangible. Comme prendre trois inspirations supplémentaires avant d’être fusillé : ça ne changerait pas grand chose. Plus concrètement je devais aussi préparer la venue, prévue pour la rentrée, d’une correspondante allemande. Ce qui s’annonçait particulièrement futile, certes, mais bienvenu dans les circonstances pour occuper mon esprit ravagé.

Il faut quand même que je vous touche deux mots au sujet de ce jumelage inusité chez un virulent ennemi du Germain comme moi qui ne connaissait de l’allemand pas un traitre mot à l’exception des « Sieg Heil » de sinistre mémoire : Les classes de germanophones distingués du lycée souffraient d’un déficit alarmant de familles d’accueils tant et si bien que la direction dut s’enquérir des éventuelles disponibilités chez les hispanophones dans l’espoir de caser le prochain arrivage de boches.

N’ayant rien nous n’en étions que plus généreux aussi nous avions, de bonne grâce, accédé à la requête dudit établissement.

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Written by saiphilippe

12 mars 2011 à 14 h 22 min

Publié dans souvenirs d'en France

16 Réponses

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  1. ce qui est cool, c’est qu’avec la fonction copier/coller je vais pouvoir utiliser tous tes textes pour écrire ta biographie…

    mais pour en revenir au texte, et vu que Cécile est prise, et bien prise, faudrait que tu nous présentes les autres invités (y’en a peut-être qui sont intéressant(e)s…) avant de Cécile ne parte rouler dans la neige après avoir rouler une pelle (à neige)
    😉

    LOOFY

    12 mars 2011 at 16 h 21 min

  2. à part Jérôme (déjà présenté ) et Sébastien ( déjà présenté aussi ) il y avait William à la sono ( déjà déjà présenté ) . Je ne me souviens pas des autres.

    saiphilippe

    12 mars 2011 at 16 h 44 min

    • comme quoi l’amour rend REELLEMENT aveugle
      et participe aussi la la dépucelisation de la société

      LOOFY

      12 mars 2011 at 17 h 00 min

      • Mais on peut être myope

        klima47

        13 mars 2011 at 11 h 24 min

      • Pour l’anecdote, il y a quelques années déjà, montre en main, etc, j’habitais Menton surnommée « Perle de la France » voyons le célèbre citron, les barbajuans, la socca et la fougasse mentonnaise, les farcis, et bien jte le donne en mille et il était une fois, une bonne femme qui me dit : « vous savez madame, le nuage de Tchernobyl s’est arrêté à Vintimille ! , un compte de faits en aucune matière ?! C’est un fait. C’est fait.

        Au fait : Quand le complexe [wa] est placé en initiale, on remarque que les mots traditionnels se comportent comme s’il débutaient par une voyelle, c’est-à-dire qu’ils font l’objet d’une liaison, comme dans « les oiseaux » alors que les mots exogènes comme « wapiti », « water » ou « ouistiti » ne sont jamais liés.

        Bref, après… j’ai le souvenir d’un état proche de l’Ohio.

        klima47

        13 mars 2011 at 12 h 01 min

  3. woaow , c’est chaud !
    tu es ému dis donc , j’ai relevé 2 fautes et ceci sans les chercher , elles m’ont sautée au visage , je te les copie ici afin que tu puisses y remédier ceci dit juste pour te rendre service 🙂
    Alors voilà , y a ça :
    _ »je me m’interdisais »
    il y a un meuh de trop il me semble
    et ceci :
    _ »que vous touche »
    manque le JEU devant touche
    bon je suis nulle en jeux de mots fais j’essaie tout de même .
    N’oublies pas la petite pièce à glisser dans la main du guide en sortant !
    nàb: le guide c’est moi
    bises

    mamijodekymael

    12 mars 2011 at 18 h 25 min

  4. « … que je m’interdisais de pétrir en dépit d’une furieuse envie boulangère », « … ma bouche parlait toute seule ». Excellent, encore.

  5. Ah les slows….quand le pas de deux est à l’unisson comme tu le dis si bien!
    Les jeunes ne savent pas ce qu’ils perdent 🙂

    kairosf

    12 mars 2011 at 19 h 43 min

  6. Whaou.
    J’étais trop jeune mais je vois très bien.
    On en apprend, des choses sur ce Wisteria Lane franchouillard.
    Alors comme ça… Ben mon vieux. (oui elle est très jolie).
    Merci pour le récit !

    Clément le voisin

    12 mars 2011 at 23 h 04 min

  7. Moi qui croyais que c’était ton premier amour…
    Pas trop dur la transition entre la douce Cecile de France et la lolita de Bavière?

    caicara1855

    13 mars 2011 at 9 h 46 min

  8. Hello Philippe !
    ça faisait longtemps et je prends l’histoire en cours !
    c’est autobiographique , tu avais quel âge ?
    Pourquoi ?
    un délire de fille …. car tu te dis « puceau » ….
    savoir à quel âge tu étais puceau ?
    merci d’avance , F@ith°°°°°

    faith8052

    16 mars 2011 at 17 h 20 min


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