"Un Jour En France"

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Ma Guerre du Golfe ( VII )

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L’échéance approchait avec dans ses petits bagages une jolie boule d’angoisse qui me froissait le plexus, me tordait l’estomac, me serrait le cœur et un tas d’autres organes périphériques. Peurs primaires que je soulageai en me jetant dans ce qu’il est convenu d’appeler une enquête de proximité. Je glanai d’abord autant d’informations que possible auprès de Sébastien, qui me donna l’identité de la demoiselle sans même qu’il y eût besoin de le soumettre à la question. Il m’apprit ensuite qu’elle était comme ça, qu’il la connaissait depuis la maternelle, qu’elle était comme ci, qu’elle était sa voisine d’en face, qu’elle était au même lycée que moi et ceci et cela. Mais rien sur son casier judiciaire ! Il allait me falloir identifier la cible sur la base de cette seule description car le témoin n’évoluait pas dans le même établissement scolaire. Mais avec ses noms et prénoms , il faudrait vraiment être un gros nase pour ne pas y parvenir. Surtout dans un lycée comme le notre où il n’y avait à cette époque que deux-cent élèves tout au plus.

Et puis, et puis, Cécile, était connue comme le loup blanc. Elle n’avait échappé à personne. Surtout pas aux mâles hormones des vieux briscards de première que nous étions . Alors que la plupart de nos consœurs auraient pu sans dépareiller se vêtir chez Jane Birkin, Cécile, elle, aurait eu du mal à trouver sa taille dans la penderie de Samantha Fox. En un mot comme en cent, sa poitrine débordait d’opulence. Au dessus de son minois nulle auréole de madone mais, en grosses lettres de flammes, le mot « femme » irradiait. Je pris le parti, comme on pouvait s’y attendre, de ne rien tenter, ni même de me présenter, ni même de faire mine de quoi que ce soit. Une chose que je savais fort bien faire. Je me suis contenté de l’expectative, regardant les pages du calendrier choir une à une sans égards pour mon pauvre monde enfantin qui s’écroulait.

Et il vint enfin le jour fatidique, la Saint-Charles-le-Bon ! J’arrivai de bonne heure pour satisfaire à une autre de mes phobies : la peur du retard. Il me semble devenir maitre des lieux dès lors que je suis le premier à les fouler. Car j’ai un besoin maladif de me sentir chez moi partout. Chez Sébastien j’étais presque à domicile : sa maison était en tous points semblable à la mienne, bâtie sur le même plan d’architecte. Et Sébastien me rassurait : « ça va aller, tu vas voir » me repetait-il. Puis les invités arrivèrent, inconnus pour beaucoup, en paquets, en solo, en jerrycans de cinq litres, en voiture, en moto, à pieds ou en chameau. Et Jérôme aussi. Peu m’importait : j’étais déjà loin, balloté entre introspection et panique. Je me raccrochai aux plus futiles conversations, collai aux basques de Jérôme, de Sébastien, sous de fallacieux prétextes, tout pourvu que cesse de bruler le peu de raison qu’il me restait.

Cécile fit enfin son entrée. Présentations sommaires. Bonjour, bonjour. Elle était plutôt petite, avait de beaux yeux verts, ses cheveux tiraient sur le roux. Elle avait un nez droit bien fait, des lèvres fines mais larges. Elle était mignonne, assurément, bien que sa mâchoire affirmée lui donnât une empreinte de dureté. Mais ça ne me déplaisait pas. Et ça lui allait bien.

Et la fête débuta. Cocktails, petits fours, et musique maestro !

Jérôme, toujours très entreprenant entama de suite un marquage en règle à la culotte de Cécile, ignorant du délit d’initié qui me plaçait, à priori, en meilleure posture que lui. Je décidai de le laisser ramer un peu. Pas par cruauté mais pour me convaincre de la véracité des informations fournies par Sébastien : S’il avait dit vrai, alors Jérôme ne pouvait qu’échouer. Si Jérôme échouait alors j’avais mes chances. Mais en définitive je me trouvai partagé d’un même sentiment, anxieux du succès possible de Jérôme comme de son échec probable. Cependant je comptais bien profiter lâchement du surcroit de temps que ces péripéties m’octroieraient. Il n’y a pas de petits profits !

La sono entonna des slows à l’heure du crime.

Jérôme invita Cécile qui ne le récusa pas. De son groin bourru il farfouilla dans le cou de la belle, de ses pattes il la serra de près et ce slow n’en finissait pas ! La scène se déroulait devant mes yeux qui comptaient les points. Pour l’instant la Bête menait. Soudain, alors que sa bouche lippue de sangsue avide suintante de lucre s’apprêtait à pomper sans vergogne la fine et fragile ligne rose des lèvres de la douce celle-ci le repoussa rudement ! Mon Jérôme s’excusa sobrement et on en serait resté là si dans mon dos la main de Sébastien ne m’avait poussé en avant.

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Written by saiphilippe

9 mars 2011 à 19 h 56 min

Publié dans souvenirs d'en France

11 Réponses

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  1. comme si on y était 🙂

    mamijodekymael

    9 mars 2011 at 20 h 45 min

  2. Hé, hé… j’ai enfin trouvé une erreur… que les plans de la maison de Seb ressemblent a la tienne, je peux l’admettre mais de la à dire que ces plans ont été dessiné par un archi, j’en doute beaucoup… c’est mal connaitre les archis… mais bon, il peut y avoir une erreur parceque c’est une pure fiction, pas une histoire vraie… 😉
    En attendant, on sent que t’es pas loin de conclure… je parle de l’histoire, pas de Cécile, hein… ! 😉

    loofy

    9 mars 2011 at 21 h 03 min

  3. Moi aussi j’ai toujours peur d’être en retard, c’est dingue,

    « D’abord le piano solitaire se plaignit, comme un oiseau abandonné de sa compagne ; le violon l’entendit, lui répondit comme d’un arbre voisin […] est-ce l’âme incomplète encore de la petite phrase, est-ce une fée, cet être invisible et gémissant dont le piano ensuite redisait tendrement la plainte ». Le romancier se place comme observateur du réel et a pour mission de le dépeindre au mieux, l’art se développe sous sa plume comme sujet de débat. Peut-être peut-on voir comme le remarquait Antoine Compagnon, une certaine « mise en abyme, à propos de cette histoire d’un artiste raté inscrite dans celle d’une vocation accomplie »… Rousseau écrivait bien de la musique mais ce que l’on retient de lui aujourd’hui ce ne sont pas ses notes mais bien ses mots…

    Mais ici ce n’est pas un concert de louange, mais plutôt la disposition d’un bâtiment ! où « le monde enfantin » en prend un sacré coup »…

    J’m le début, lorque tu décris le plexus estomaqué, l’organe du coeur et ses périphériques,

    klima47

    9 mars 2011 at 22 h 00 min

    • J’t’ai mis un sti truc au milieu « histoire de… », grossir mon commentaire et … et, aussi parce que c’est joli. (j’ai pas ton talent).

      Ah oui au fait, (…)

      de te lire.

      klima47

      9 mars 2011 at 22 h 13 min

  4. c’est palpitant comme le feuilleton-photo des pages interieures de  » nous deux » mais beaucoup mieux écrit……

    mimi pinson

    10 mars 2011 at 7 h 00 min

  5. Les « vieux » souvenirs remontent à la surface. Les années lycée, les boums, les virées en « bleue » …
    Je ne te dis pas merci, Philippe!
    Ca fout un sale coup.

  6. ahhhhh tu nous tiens en haleine que j’espère tu avais bonne !

  7. Moi non plus je n’ai pas ton talent d’écrivain mais j’aime ce qu’il y a derrière tes mots.

    caicara1855

    10 mars 2011 at 18 h 06 min

  8. La fin m’a fait penser à un sketch de Bedos/Daumier. Bises.

    caicara1855

    10 mars 2011 at 18 h 07 min


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