"Un Jour En France"

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Ma Guerre du Golfe ( V )

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Un beau jour de l’été ma mère a ramené un type à la maison. Elle l’avait dégoté au bal du 14 juillet, un truc qui se fête encore de nos jours paraît-il, et s’appelait Philippe. Il était à peu près du même age que ma mère et portait des moustaches, éléments qui, j’en conviens, n’ont strictement aucun rapport entre eux. Divorcé et père d’un seul enfant il n’avait guère l’habitude de la marmaille et s’il n’a jamais fait état du moindre grief à notre encontre en se montrant aimable on sentait toutefois qu’il n’était pas tout à fait dans son assiette à notre table. La dizaine d’années de Christophe et Pierre, les petits frères, associée aux six ans d’enfance de France, la benjamine, remuaient trop pour lui. Ajoutons-y la bonne dose de crise existentielle post-pubère de Patricia, une parfaite représentation de la mégère de moins de dix-sept ans et accessoirement ma cadette, et l’on comprendra que ma sagesse, ma maturité, mon extraordinaire intelligence n’aient pas suffi à compenser. D’ailleurs elles étaient en vacances. Et bientôt, afin de lui épargner notre rébarbative proximité, ma mère passa ses week-ends chez lui. Avec pour effet immédiat de donner la maison à une jeunesse qui ne se fit pas prier pour en prendre possession. Il y eut tant et tant de soirées, de boums , de fêtes en tous genres qu’il me semble quelquefois avoir vécu en boite de nuit. Autant de passage , d’aller-retours, de va-et-vient que ma maison me faisait l’effet d’un hall de gare grimé en maison de passe. Sauf que c’était gratuit. Mais n’anticipons pas.

Donc Philippe avait un fils que nous appellerons William par commodité, et parce qu’il se trouve que c’est son prénom. Maman nous en avait parlé. Plutôt en bien, mais comme elle parlait en bien d’à peu près tout le monde ça ne comptait pas vraiment. J’avais quelques réticences, comme toujours, rien qu’à l’idée de le rencontrer auxquelles s’ajoutait une somme d’angoisses basiques : et si c’était un connard intégral ? et si c’était une tête de nœud ? un frimeur ? Un sac à merde ? Un résidu de capote fermenté ? Allais-je être contraint de fréquenter ce possible abruti à cause des penchants de maman comme naguère j’avais supporté les rejetons imbéciles des collègues – ou pire : des patrons – de papa ?

Bon d’accord, je ferai un effort. Mais c’est bien pour te faire plaisir , maman.

Nous fîmes la connaissance de William un soir de septembre. On sonna, la porte s’ouvrit et mes préventions tombèrent sur son pas où le vent les balaya dès que William l’eût franchi. Il souriait en plein comme s’il retrouvait de vieilles connaissances. Il était aussi grand que Sébastien, avait des pommettes saillantes sur une bonne tête ronde s’achevant plus bas sur un menton marqué. Il était sportif, scientifique, touchait sa bille en informatique et lisait Desproges. Ces deux derniers points finirent de me convaincre et aussitôt il fut adopté. Comme un frère par alliance. Nous passions tantôt des heures sur l’ordinateur tantôt affalés sur mon lit à nous fendre la poire sur le « dictionnaire à l’usage des rustres et des malpolis » de Desproges ou « les écritures » de Cavanna. Avec Jérôme je découvris U2, the Church, The Wall et la cigarette. Il avait un bagou hors du commun et me terrifiait parfois par son franc-parler à la limite de la beaufitude qu’il cultivait précisément dans le but de choquer. Avec Sébastien nous parlions de philosophie avec passion, surtout lui, au point qu’une fois devant les dénégations énergiques que j’opposai à ses théories fantaisistes à propos d’un sujet qui m’échappe aujourd’hui, il s’emporta dans une tirade platonicienne qu’il termina prosaïquement par une main dans ma gueule. C’était marrant.  Il possédait en outre un indéniable talent de dessinateur et se montrait féru de peinture. De culture en général. Mais c’est seulement parce qu’il ne courait pas le cent-mètres assez vite, parce que sinon, vous pensez bien…

Voilà le décor est en place, tout prêt pour le dernier acte. Le corps de ma guerre du golfe. Par un samedi de février 1991, alors que Bagdad tremblait sous les bombes Sébastien, dans ma chambre en fit éclater une autre.

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Written by saiphilippe

6 mars 2011 à 12 h 33 min

18 Réponses

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  1. pour ceux qui ont facebook voici l’album photo correspondant :

    http://www.facebook.com/philippe.reguillon#!/album.php?aid=2099626&id=1032229140

    saiphilippe

    6 mars 2011 at 12 h 37 min

    • c’est sympa ce lien grâce auquel on peut mettre un visage sur ces prénoms.

      J’ai aussi connu un appart délaissé par les parents et qui a servi de camp de base à toute une tribu de potes.

      et la bombe alors?

      kairosf

      6 mars 2011 at 14 h 31 min

  2. à défaut (peut-être) de l’homme elle a bien su choisir le fils…
    j’attends la suite.

    bisou du dimanche

    Sylvie...

    6 mars 2011 at 12 h 45 min

  3. tout est là… bien réel
    ca se ressent

    mais est-ce vraiment la guerre du golfe ?
    on dirait plutôt la guerre de 30 ans…
    😉

    Loofy

    6 mars 2011 at 15 h 25 min

    • c’est trop long c’est ça ?

      saiphilippe

      6 mars 2011 at 16 h 31 min

      • Un complet (d’une même étoffe), vous plaisantez cher atmosphère ! L’habit tombe parfaitement et la coupe est pour ainsi dire parfaite !

        Bref,

        trève de flatulence, j’mets les gaz 300 ch’vaux. Yanslo ! mon blaz…

        klima47

        7 mars 2011 at 5 h 39 min

      • ah non ! c’est pas trop long !
        plus c’est long plus c’est bon quand on lit rég…………..on
        oups ! j’ai failli briser ton anonymat

        mamijodekymael

        7 mars 2011 at 20 h 51 min

  4. Mais non Phil. C’est juste qu’il faut avoir vécu 30 ans pour écrire une histoire aussi juste… jolie guerre, … on attend encore du sang! 😉

    LOOFY

    6 mars 2011 at 16 h 46 min

  5. Bon ben je suis bien obligée d’attendre la suite !…..

    Dom Dom

    6 mars 2011 at 19 h 40 min

  6. Cent mètre une conception plutôt musclée de la philosophie, j’pense bien ! quelle patte ce Sébastien,…, m’enfin…, c’est quoi cette histoire d’ours polaire qui écrit de la main gauche !!!

    (j’m bcp le passage crise existentielle post-pubère de Patricia).

    klima47

    6 mars 2011 at 21 h 30 min

  7. Quelques expressions qui valent leur pesant de cacahuètes, comme « la mégère de moins de dix-sept ans » ainsi que la suite à « auxquelles s’ajoutait une somme d’angoisses basiques : ».

  8. on attend la bombe avec une impatience amusée….

    mimi pinson

    7 mars 2011 at 7 h 10 min

  9. j’attends avec impatience la suite …. bises

    sandrine

    7 mars 2011 at 11 h 08 min

  10. Bah j’attends la suite dans l’entre-deux mon commentaire est partie en guerre ….. ou ? ……. je ne puis point le dire .
    Bise

    sandrine

    7 mars 2011 at 12 h 57 min

  11. Mais bien sur …. que je suis bête j’aurai du y penser plus tôt !!!!!!!!!!!!!! je connais le coupable de la disparition de mes coms…………

    sandrine

    7 mars 2011 at 12 h 59 min

    • ils ne disparaissent pas, fallait juste que je les valide. 😉

      saiphilippe

      7 mars 2011 at 18 h 50 min

      • Il faut que je passe la douane !!!!!!!!!!!!!!!!!!!
        pffffffffff………. vexant ……………..
        Bises

        sandrine

        8 mars 2011 at 9 h 12 min

  12. dois-je avouer que la baffe dans ta gueule m’a fait éclater de rire ?
    bon allez , c’est dit 🙂
    je vais voir les photos , et j’attends la suite …

    mamijodekymael

    7 mars 2011 at 20 h 54 min


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