"Un Jour En France"

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Les draps s’en souviennent ( I partie)

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Les choses communes que l’on dit lors des rencontres capitales me laissent habituellement froid. Il n’empêche que la première fois que je l’ai vue j’ai tout de suite su que ce serait elle. Elle marchait devant moi , légère sur les pavés luisants de pluie. Des pavés trois fois centenaires pour une fille qui ne devait pas avoir vingt-cinq ans. Une pluie fine et collante, morne comme un Houellebecq pour une fille qui suintait la joie de vivre. Elle marchait devant moi et je me suis perdu dans le déhanchement langoureux de sa démarche, m’attardant quelque peu sur la finesse de son cou et celles de ses chevilles tendues de bas noirs. Tout au moins c’est que je m’imaginais en carburant au phantasme comme la chaudière au fuel.

Ne me demandez pas comment, ni où, je trouvai le courage de l’aborder, je suis bien incapable de m’en souvenir. Quant au pourquoi il me semble évident. Quoiqu’il en soit nous nous retrouvâmes attablés l’un en face de l’autre à l’intérieur d’une gargote classieuse pour apprentis branchés mondains. Ce que nous n’étions ni l’un ni l’autre. Elle, c’était Andréa. Étudiante italienne échouée en France par la grâce du programme « erasmus ». Moi, c’est Arthur, trentenaire cathodique tendance X-box 360 et très temporairement travailleur précaire. Ou le contraire.

Elle parcourait la carte des cafés. Une longue liste de breuvages à la mode, parfumés, mitonnés, et j’eus pour ma part toutes les peines du monde à en trouver un qui se contentât d’être normal. Noir. En bonne et due forme comme il sied à un café respectable. Mon Italienne ne semblait pourtant pas s’offusquer de ces hérésies et s’enticha d’une décoction à la violette et chantilly. Une abomination. Je pris un cappuccino, seul repère survivant de l’orthodoxie caféière dont je me fis le chantre juste histoire d’entretenir la conversation. Moi qui, de toutes manières, préférait le thé.

A défaut de p’tit noir dans la tasse il y en avait deux grands dans les yeux d’Andréa. D’où provient ma fascination pour le noir, voilà une question qui mériterait analyse mais en l’état je ne voyais que ces deux iris qui m’appelaient et me fichai du reste. Le reste n’était pas mal non plus pourtant. Elle avait les cheveux courts, deux accroche-cœurs à la Betty-Boop sur les tempes qui encadraient son grand front romain. Un nez fin avec deux petites narines frémissantes, mais là c’était surtout à cause de l’odeur du café. Ses lèvres minces effleuraient la tasse délicatement et elle buvait ainsi en me fixant de ses puits noirs. L’ensemble irradiait la sensualité comme dans une vulgaire publicité pour « Noir Absolu » de Nescafé. C’est aussi con que ça, l’amour.

Le soir même dans son appartement j’eus la révélation de ce qu’était la véritable sensualité. Lorsque sa peau cuivrée se lova comme la mienne. Lorsque sa langue glissa sur mon cou. Puis ailleurs. Je ne vais pas vous faire un dessin. Des seins à damner un saint d’ailleurs. Alors n’y tenant plus nous avons sarabandé comme deux damnés dans la danse macabre.

à suivre…

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Written by saiphilippe

18 novembre 2010 à 12 h 38 min

11 Réponses

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  1. heureusement qu’ils se contentent de la mémoire et pas de la parole…..les draps…..

    mimi pinson

    18 novembre 2010 at 12 h 56 min

  2. Damned ça commence bien, pourvu qu’ils ne finissent pas en chantant la chanson de ‘il était une fois’ !

    Christophe Sanchez

    18 novembre 2010 at 13 h 02 min

  3. « Ses les lèvres minces « … tu as un mot de trop là , Phil, regardes …
    C’est romantique à souhait, vas-tu nous faire la suite aussi belle , ou bien Arthur va-t-il trucider sa belle ?
    J’espère que non , j’adore les histoires d’amour qui finissent bien … le début de ton récit me passionne , j’attends la suite avec impatience .

    mamijodekymael

    18 novembre 2010 at 16 h 14 min

    • ayé c’est corrigé, j’en ai profité pour changer son nez mince en « fin » pour éviter une redondance

      saiphilippe

      18 novembre 2010 at 20 h 22 min

  4. tu m’as rappelé quelqu’un qui commandait, à 11 heures du soir, une tisane relaxante… (moi j’avais pris un martini) sous l’oeil goguenard de la serveuse…

    Sylvie...

    18 novembre 2010 at 18 h 13 min

  5. Tu vas dire que je suis hors sujet , mais chaque fois que j’entends un homme se dammer pour un sein , je pense à « Birdy » le film …et chaque fois que je vois un homme s’extasier sur un nez fin, je pense à moi ! mdr mdr
    bisous mon Philou ! me revoila me revoilou , j’ai trouvé le chemin !!!
    NiNne

    NiNne

    19 novembre 2010 at 10 h 15 min

  6. J’attends la suite avec impatience pour me prononcer…
    ET QU’CA SAUTE ! (hum, pardon…)

    Dom Dom

    19 novembre 2010 at 20 h 50 min

  7. finir sur danse macabre, ça augure des choses bien sombres…

    MuLM

    20 novembre 2010 at 10 h 06 min

  8. à suivre…

    bon ben, je vais la suivre cette Andréa

    @+

    LOOFY

    20 novembre 2010 at 12 h 06 min

  9. Ton italienne ne me laisse pas de glace. Vivement la suite !

    Morgan Riet

    20 novembre 2010 at 14 h 40 min

  10. L’air de la Sarabande est à 3 temps
    J’attends aussi le suivant.

    kairosf

    20 novembre 2010 at 22 h 15 min


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