"Un Jour En France"

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Mise enboite II ( l’Anfer)

with 20 comments

Je ne connus l’Anfer que bien des années plus tard, une et demie en fait mais j’aime bien donner dans le style épopée. Et pas seulement gonflable.

Je venais d’intégrer la prestigieuse faculté de sciences-humaines et j’y essuyai copieusement les bancs du syndicat étudiant UNEF-ID au lieu d’aller en cours. C’est donc par la faute des gauchistes que je ne suis pas devenu président de la république. Qu’ils aillent tous griller en Enfer, ces rats pesteux. A propos, l’Anfer se présentait comme un établissement à la réputation sulfureuse, surtout certains soirs de semaine, et se situait à proximité de la place Sadi Carnot. Bien sûr il n’y a aucun rapport entre Sadi Carnot et la réputation de l’Anfer. Nous manquons juste de place Félix Faure. Et même ainsi le rapport eut encore été loin de la réalité.

La première et la seule fois où je mis les pieds en Anfer je le regrettai presque immédiatement. D’un autre coté je regrette presque toujours de sortir de chez moi, ça n’avait donc aucun caractère exceptionnel. Je suis en effet légèrement casanier, ce qui , par ailleurs, favorise grandement ma sociopathie militante. Bref.

La boite donnait dans le genre industriel, comprenez barres de métal partout, sol en béton, rambardes d’acier chromé, et musiques de merde. Là aussi, rien d’exceptionnel, la merde n’ayant pas attendu David Guetta. Toutefois elle y était diffusée sur deux ou trois niveaux, en fonction des différents goûts à chier. Une salle était dédiée à la techno. Une autre au rétro. Et la troisième je n’ai jamais bien su, mais sans doute un truc encore plus abject. Non , en vérité l’Anfer ne se démarquait de ses concurrents que par sa clientèle particulière, certains soirs de semaine, le jeudi je crois bien.

Ces soirs là, voyez-vous, les barres d’aciers, les rambardes, le sol en béton et les chiottes accueillaient les ébats erratiques d’une jeunesse en quête d’identité. Ce soir là, après une banale soirée estudiantine à refaire un monde qui jamais ne changera , nous avions, enfin ils avaient, décidé de sortir en boite. Pourquoi pas L’Anfer?

Bah oui pourquoi pas? Maudit soit ce jour!

Parce que tout encore imprégné des saintes huiles de mon baptême, n’ayant que très peu de contacts avec le Malin vu que ma copine m’avait largué, je n’étais pas préparé à la vision d’apocalypse qui devait m’assaillir. Elle portait un ciré noir façon marine à voile et titubait sous le vent force 9 de son taux d’alcoolémie. Quand elle trébucha sur une marche imaginaire elle arriva droit sur mes pompes et naturellement je l’aidai à se redresser. Diable! Ce n’était pas la marine à voile c’était la marine à vapeur! réalisai-je après une heure ou deux de flottement intellectuel dû à l’ébranlement de mon petit monde enfantin.

Un mec, comme je vous dis, sauf qu’il minaudait comme jouvencelle au printemps lorsque ses talons se font ronds et instables et la font choir dans les bottes de paille pour y admirer les cieux étoilés à l’aise pendant que le garçon de ferme lui rabote les muqueuses.

C’était un jeudi. C’était la première fois que je voyais un homosexuel. C’était l’Anfer.

Plus tard j’appris que certains vivaient tout à fait normalement, sans cirés « gestapo » cloutés notamment, travaillaient et votaient à droite ou à gauche comme des cons d’hétéros.

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Written by saiphilippe

4 novembre 2010 à 16 h 47 min

Publié dans Chronique, Non classé

20 Réponses

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  1. Style épopée, pas seulement gonflable…J’ai marqué un arrêt, j’avoue.
    Mais, franchement, l’Anfer avec un « A », c’est quoi ? Une autre spécialité Dijonnaise ?
    Sinon, tu fais quoi ce soir ??

    babycake

    4 novembre 2010 at 17 h 06 min

  2. Salut Philippe, ça fait bien longtemps que je n’ai pas mis les pieds en Anfer, je crois même que je n’irai plus jamais. Mais les manifs estudiantines j’en ai soupé dernièrement merci. Bisous

    caicara1855

    4 novembre 2010 at 17 h 10 min

  3. faut pas s’ANFER
    y’a tant AFFAIRES
    même entre les zéros, les zétéros et les zomos

    jolis mots qui s’écoulent ici, là, partour dans tes textes

    @+

    LOOFY

    4 novembre 2010 at 17 h 15 min

  4. ahahahahahahahahahahahahahahaha !!!!
    ahahhahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahaha !
    warf,warf,wrafffffffff !!!!!!!
    ahahahahaahahahahahahahahahahahahaaha !
    ahahahahaha !!!
    ahahaha !
    ah !
    OH !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    Dom Dom

    4 novembre 2010 at 17 h 23 min

  5. PS : j’ai bien aimé !

    Dom Dom

    4 novembre 2010 at 17 h 24 min

  6. Alors là, l’épopée gonflable ! alors là, bravo !

    Christophe Sanchez

    4 novembre 2010 at 18 h 02 min

  7. joli jeu de mots
    oserai-je dire qu’il s’agit d’un dépucelage d’humanité?

    Sylvie...

    4 novembre 2010 at 19 h 12 min

  8. tiens, je viens m’escaffler encore un petit peu…
    ahahahahahahaha !!!!
    Tout est excellent !
    Je reviendrais, na !

    Dom Dom

    4 novembre 2010 at 19 h 42 min

  9. si je comprends bien Sylvie,
    Phil aurait raconté l’histoire
    d’une dépucelle de la Nation…?

    oups

    LOOFY

    4 novembre 2010 at 19 h 51 min

  10. ça nous rajeunit pas mon bon monsieur ses épopées estudiantines jusqu’en enfer 🙂
    continue tes chroniques, on ne s’en lasse pas ! :))

    MuLM

    4 novembre 2010 at 19 h 53 min

  11. Z’aime bien le passage de la plante carnivore qui s’écroule à vos pieds dans un crissement synthétique l’er de rien ; l’épopée gonflable et l’aiguille dard dard dans laquelle on fait passer le fil à coudre théorique. Ad lib, ici le bas grésille et le haut trois-quarts nous passe pardessus en référence, que voici un joli bestiaire crépitant au sommet très pointu, présentement !

    j’ai un truc qui rime, permettez :

    « Il faut toujours mythifier parce que tout est mythique. Les objets, les lieux, les dates, les gens, sont des mythes en puissance, il suffit de leur décréter une légende. Toute personne ayant habité Paris en 1940 deviendra un personnage de Modiano. Quiconque a mis les pieds dans un bar londonien en 1965 aura couché avec Mick Jagger. Au fond, être mythique n’est pas sorcier : il faut juste attendre son tour. Carnaby Street, les Hamptons, Greenwich Village, le lac d’Aiguebelette, le faubourg Saint-Germain, Goa, Guéthary, le Paradou, Mustique, Phuket : emmerdez-vous sur le moment, et vingt ans plus tard, vantez-vous d’y avoir été. Le temps est un sacrement. Vous vous faites chier dans la vie ? Attendez un peu de devenir un mythe. »

    Vacances dans le coma, Frédéric Beigbeder.

    Biz.

    klima47

    4 novembre 2010 at 19 h 55 min

  12. que dire après ces commentaires si bien tournés ?
    j’attends la mise en boite 3 avec impatience … ou une autre de tes mésaventures de jeune homme ….
    C’est marrant , mais quand je lis certains de tes textes , j’ai l’impression que tu es plus vieux que moi ….
    Ne le prends pas mal , c’est juste que pour les mises en boites ,ben je n’ai pas eu ce genre de jeunesse .
    Je n’ai peut-être pas râté grand-chose finalement .

    j’aime ce billet , voilà le plus important , n’est-il pas ?
    bises

    mamijodekymael

    4 novembre 2010 at 21 h 48 min

    • Je précise bien que je n’y ai été qu’une fois, ainsi qu’à l’Escapade, ma vraie jeunesse c’est la misère et les huissiers qu’on ne s’y trompe pas. Mais va faire rigoler avec ça…

      saiphilippe

      5 novembre 2010 at 7 h 34 min

      • la misère et les huissiers j’ai connu … mais j’étais mariée et mère de 2 p’tits bonhommes de 6 et 3 ans … quand j’ai décidé de dire STOP !
        … mais tu sais bien Phil qu’on peut rire de tout … pas avec n’importe qui certes …. et pas quand c’est trop douloureux … tout est dans la façon de raconter … et on peut rire sur une ligne et pleurer sur la seconde , qu’importe …
        quoique c’est peut-être un truc de fille ça : passer du rire aux larmes en quelques secondes .
        ..
        Et tu préfère faire rire que pleurer , ben vas -y , ne te gênes pas ; moi j’suis preneuse !!!
        sur ce : mets ton masque : j’t’éternue quelques bises .

        mamijodekymael

        5 novembre 2010 at 12 h 30 min

  13. n’ayant jamais été moi même adepte de ce genre d’endroit (incompatibles avec les terrains de sport que je fréquentais assidument )je ne pourrais même pas dire si çà ressemble à un endroit que j’aurai connu…..mais l’important est que tu nous le narre et qu’on se marre…..

    mimi pinson

    5 novembre 2010 at 6 h 44 min

  14. ha ha ha!!! Je viens de lire les deux parties de ton récit et je dois dire que la distance de l’humour que tu imposes à la « chose » a commencé à me guérir de certains souvenirs similaires. J’attends donc la suite pour éviter de faire des frais dans une quelconque psychothérapie…. A+

    Pascal le Magnifique

    5 novembre 2010 at 9 h 14 min

  15. Ahaha.. un Anfer qui mérite bien son nom !! et toujours aussi savoureuses tes métaphores !! 🙂

    Babel

    7 novembre 2010 at 18 h 49 min


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