"Un Jour En France"

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Le fils de son père ( VII)

with 24 comments

Heureusement la Divine
Providence veillait. Non, il n’était pas écrit que l’histoire
s’achèverait sous les sabots d’un auroch, fût-il retors, sagace et
acharné à la perte de notre héros. Elle envoya à Tiburce le genre
de signe qu’il est impossible d’ignorer. Le genre de signe qui fait
tomber en adoration l’impie jusque là vautré dans le blasphème. Le
signe ultime qui, au delà de son aspect trivial, constituait la
preuve inaltérable de l’existence de Dieu.


Une mouette lui chia dessus.
A deux-cent lieues du moindre océan! Si c’est pas un miracle ça!


Tiburce n’avait cependant
pas le temps de tomber en adoration aussi profita t-il prestement de
l’idée lumineuse envoyée des cieux. Il empoigna fermement le tissu,
le déploya largement, prit une pose ridicule et tout en effectuant
quelques entrechats risibles capta l’attention du bel animal.
Celui-ci, éberlué, s’était tout à coup figé comme un vieux fond
de sauce et s’absorba dans les circonvolutions majestueuses de la
cape. Fasciné et irrité à la fois, il ne savait quelle attitude
adopter. En attendant, il frappait rageusement la terre de ses sabots
terribles et pensait dedans sa tête d’auroch que si ça ne faisait
pas de bien, ça ne faisait pas de mal non plus. Une réflexion
bovine encore fortement usité de nos jours.


Tiburce, de son coté,
laissait libre cours à son sens artistique. Il alternait poses
grotesques et brusques trépignements rageurs. Ses beaux yeux
frappés du sceau de l’innocence lançaient des éclairs meurtriers.
Des passants commençaient même à jeter des fleurs et à brailler
des « Allez! Allez! » encourageants. Toutefois,
l’essentiel était ailleurs: Grande-Burne était momentanément
sauvé.


Ce dernier reprenait
d’ailleurs ses esprits. Enfin son esprit. Ou ce qui en tenait lieu.
Puis deux grosses rides creusèrent son front en laissant dans leur
sillage l’empreinte du mot « dubitatif » lorsqu’il vit le
manège insolite de son fiston. Il n’y entendait rien, certes, mais
son instinct lui fit noter la léthargie relative de l’auroch. Il ne
perdit pas de temps à appliquer le remède approprié afin que cet
état perdure, à savoir un grand coup de masse entre les deux
cornes. Et toc! A propos, là est l’origine du mot « estocade »,
si un jour on vous le demande.


Bref, on aura compris que
c’est de cette mésaventure que naquit la loi relative à
l’occupation des chaussées à des fins mercantiles qui interdit aux
drapiers et autres boutiquiers d’étaler leurs merdouilles au delà
d’un mètre sur la voie publique.



Puis ils rentrèrent chez
eux. Tiburce volubile et heureux ne cessait de commenter son récent
exploit tandis que son père trainait l’auroch défunt en soufflant
comme un bœuf. Il avait encore oublié le pain, mais il avait bon
espoir de se faire pardonner. Pourtant rien n’aurait pu le préparer
au cataclysme qui l’attendait. L’horreur absolue. L’apocalypse! Mais
même la fin du monde aurait été préférable…


Sur le perron, sa femme, ses
jolies jambes, son adorable petit cul, sa poitrine de rêve et son
minois vénérable semblaient sourire, mais quand de ses lèvres
délicatement soulignées de rouge tombèrent les mots, alors le ciel
s’écroula, la face du monde se couvrit de poils du coté du nord,
les océans s’évaporèrent et tout ne fut plus qu’un immense désert.


Elle avait dit: «  Il
faut qu’on parle ».

à suivre…

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Written by saiphilippe

10 septembre 2010 à 12 h 37 min

24 Réponses

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  1. Pas bon signe ………..

    .

    10 septembre 2010 at 12 h 59 min

  2. Sylvie...

    10 septembre 2010 at 13 h 12 min

  3. à propos , quel rouge était utilisé dans cette période aurocheste ? c’est une question que l’on ne peut laisser en suspend plus longtemps…..n’est-il pas ?

    Mimi pinson

    10 septembre 2010 at 13 h 14 min

  4. le noir….on voit bien……du charbon , de la crotte de mammouth pour les raffinées….

    Mimi pinson

    10 septembre 2010 at 13 h 15 min

  5. mais le rouge à lèvres…..à part le sang…..

    Mimi pinson

    10 septembre 2010 at 13 h 15 min

  6. de l’ardoise pour les masos….

    Mimi pinson

    10 septembre 2010 at 13 h 16 min

  7. n’oublie pas que ce sont les petits détails insignifiants qui …….intéressent les emmerdeuses comme moi…..

    Mimi pinson

    10 septembre 2010 at 13 h 18 min

  8. n’empêche……comme toujours c’est magnifiquement écrit….

    Mimi pinson

    10 septembre 2010 at 13 h 19 min

  9. c’est un jus de groseille solidifié avec du gras d’auroch.

    Philippe

    10 septembre 2010 at 13 h 35 min

  10. hum…..çà fait envie aussi….

    Mimi pinson

    10 septembre 2010 at 13 h 38 min

  11. Ce "toc" jeté entre deux éléments, si fragile et pourtant, pourtant,comme une douceur en contrepoint,dénigrant les atroces souffrances d’une faim, Qu’il ("toc") pusse enfin le buffle anéantir me laisse PerplexeAux ! Océans poussifs du hi inespéré de la Mouette ! Dieu !Me posait le même genre de question (période) que Mimi pour le colorant.Bref, à suivre…

    Manik

    10 septembre 2010 at 14 h 17 min

  12. Surprise de découvrir que l’auroch avait légué un telle pensée à l’humanité.

    Caiçara

    10 septembre 2010 at 14 h 17 min

  13. Quand je pense que si les badauds avaient lancé des "tenez, tenez!!!’ les corridas se feraient avec des raquettes de tennis… Je me dis, quand même, qu’il s’en est fallu de peu pour que les ligues anti-tauromachie ne nous brisent pas les burnes, justement… A+

    Pascal

    10 septembre 2010 at 16 h 10 min

  14. délicieux ! :)

    Christophe

    11 septembre 2010 at 11 h 42 min

  15. excellent !là Phil , t’as fait fort .J’adore cet épisode là . Mimi a raison , les petits détails , c’est important , surtout s’ils semblent insignifiants .J’arrive sans avoir à souffrir du suspense ; tu as donné la recette du rouge à lèvres de madame burnes …. mince , j’me rappelle plus son p’tit nom , faudrait que je relise les premiers épisodes , mais ça remonte loin déjà ^^

    jojo

    11 septembre 2010 at 16 h 17 min

  16. je vis très ( trop) près d’une usine de recyclage des déchets de poissons … chez les bretons c’est avec ça qu’on fabrique le rouge à lèvres … j’te laisse imaginer l’odeur quand l’usine a des problèmes de cheminée ..voilà pourquoi je préfère rester " nature"même si la nature m’a fait cette gueule .

    jojo

    11 septembre 2010 at 16 h 21 min

  17. ben en fait elle n’a pas de nom sa femme…mais peu importe, qui s’en soucie?bises

    Philippe

    11 septembre 2010 at 16 h 23 min

  18. t’es sûr ?avant les aventures de Grande-Burne au pays des amazones … mince , il me semblait pourtant …qui s’en soucie ? ben moi . Tu ne vois pas que je suis en train de martyriser mes pauvres neurones à rechercher quelque chose qui n’existe peut-être pas ?

    jojo

    11 septembre 2010 at 16 h 35 min

  19. Parce que je parirais presque … si j’étais sûre de gagner bien entendu ^^

    jojo

    11 septembre 2010 at 16 h 36 min

  20. bon ben t’as plus qu’à tout relire. 😉

    Philippe

    11 septembre 2010 at 17 h 00 min

  21. ah mince , j’avais un peu peur que tu ne m’offres que cette solution ^^

    jojo

    11 septembre 2010 at 17 h 10 min

  22. Ce serait donc madame Grande-Burne l’auteure de cette célèbre phrase qui fait fuir en courant le gente masculine? Bises

    Caiçara

    11 septembre 2010 at 19 h 03 min

  23. "Tu m’aides à faire le ménage?" ne serait-ce pas une de ses phrases aussi?

    Caiçara

    11 septembre 2010 at 20 h 31 min

  24. j’adore !!! mdrrrr …. je me fais vraiment un film en lisant !! si si … je visionne … surtout la mouette qui a rien a foutre là (fallait y penser) … ainsi que le rouge a lèvre et le p’tit cul de Mme Burne … là … c’est du grand Phil bisous à toi bonne semaine Phil

    Odha

    13 septembre 2010 at 9 h 32 min


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