"Un Jour En France"

Un site utilisant WordPress.com

Le fils de son père VI

with 12 comments

Doucement ils s’enfonçaient
d’avantage dans la forêt. Les fougères enrubannées de givre leur
caressaient les flancs et l’air froid leur piquait la gorge. Ainsi
que la forte odeur de merde d’auroch. Grande-Burne fit soudain signe
à son fils de ne plus faire un geste. De ses deux mains il écarta
avec précaution quelques branches de sapin. La bête était là,
puissante et tranquille. Bien campée sur ses robustes pattes elle
broutait benoitement quelques lichens que la Divine providence
pourvoyait à la morte saison pour que ces cons de bestiaux ne
crèvent pas de faim.


Tiburce, malgré
l’injonction paternelle, éprouvaient toutes les peines du monde à
ne pas bouger. Non pas qu’il fût désobéissant , mais la merde
puante irritaient ses délicates parois nasales plus faites pour
humer les roses que renifler les fientes. Il avait une envie folle
d’éternuer et s’infligeait une torture inhumaine pour s’en empêcher.
Il remuait les narines pour tenter de soulager ses démangeaisons
mais cela ne faisait que les accroitre. Il inspirait aussi calmement
qu’il le pouvait, puis retenait son souffle avec le vain espoir de
voir ses souffrances atténuées. Des larmes pointaient leur fiole
au coin de ses paupières et dans un soupir il exhala « papa! »


Grande-Burne se retourna et
se méprit aussitôt. Voyant les évolutions nasales de son fils, il
crut tout bonnement que ce dernier tentait de l’imiter. Il trouva ça
touchant mais le chasseur qu’il était ne pouvait se laisser
distraire, aussi reprit-il sa veille.


« Papaaaaaaaaaaaathoum! »
éternua Tiburce en un bruit assourdissant qui devait déclencher une
avalanche plusieurs centaines de kilomètres plus loin selon le
principe bien connu de « l’effet papillon ».


Grande-Burne saisi d’effroi
vit sa viande promise relever le museau de son parterre de lichens.
Puis la bête se cabra, poussa un meuglement de colère et chargea.
C’était merveille de voir cette ingénierie animale en action, ses
muscles puissants jouer sous la fourrure brune, son mufle soulevé
d’éruptions vaporeuses, ses cornes acérées. Une vraie mécanique
de précision sauvage; quelque chose de beau et de grand. Cela dit
lorsqu’on est en face, sans protection, c’est surtout la sensation de
mort imminente qui prédomine.


« Arrrrrrrrrrrrrrgh! »
fit Grande-Burne en prenant la tangente

« Arrrrrrrrrrrrrrgh »
fit Tiburce en prenant la fonction dérivée, histoire d’étaler sa
culture mathématique.


Éperdus et haletants ils
fuyaient devant les sept-cent kilogrammes de fureur bovine qui , de
son coté, faisait tout son possible pour embrocher bien proprement
l’un ou l’autre des Burne. Tiburce virevoltait avec virtuosité,
grâce même, pour en réchapper quand son père comptait surtout sur
l’épaisse couche de couenne de ses fessiers pour amortir les coups.
Ils courraient bien depuis une heure, sans que l’auroch n’ait
manifesté le moindre signe de fatigue lorsque ils arrivèrent à
l’orée du village. Ils pénétrèrent en trombe dans les ruelles
encombrées, renversèrent les étals des marchands, les veilles les
veuves et les orphelins et en firent même de nouveaux. Surtout
l’auroch, il faut être honnête.


Pendant ce temps là, un
obscur drapier totalement ignorant des faits récents agitant
la sympathique communauté villageoise, l’auroch les morts et toutes
ces petites avanies de la vie moderne et trépidante, vaquait à ses
occupations complètement subalternes. Mais il n’y a pas de sot
métier. En l’occurrence il s’agissait pour lui de mettre à sécher
quelques pièces d’étoffe chamarrées et rosâtres dans le but
louable d’arnaquer la bourgeoise locale qui, ici comme ailleurs,
avait tendance à se pâmer devant les dernières merdes à la mode
pourvu qu’elles possédassent à la fois la cherté et le mauvais
goût.


Et comme c’était un drapier
très fier de son travail il n’hésitait pas à l’exposer au beau
milieu du trottoir. Tant et si bien que notre héros farouche emporté
par sa vitesse se vautra tout à fait correctement dans ladite
étoffe. Et voilà, le monstre cornu déboulait, Grande-Burne était
à terre, et Tiburce s’apprêtait à voir son père mourir sous ses
yeux et à en être traumatisé à vie.

Si après ça on ne le
collait pas en cellule de soutien pissicologique ce serait miracle.

à suivre…

Publicités

Written by saiphilippe

7 septembre 2010 à 7 h 27 min

12 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Voici ma lecture arrêté en plein vol …………. grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr.. Philippe ne nous laisse pas dans cette attente angoissante du futur de Grande Burne étalé dans une toile chamarées et rosâtres sur un sol boueux ou cotoie un certain nombres d’aliments et de dejection diverses ..Bises

    .

    7 septembre 2010 at 8 h 22 min

  2. ahhhh: faisait un moment que j’avais pas lu du Reguillon pur burne ! Un plaisir :)

    Christophe

    7 septembre 2010 at 9 h 16 min

  3. J’ai déjà compris l’historique de la corrida

    Christian

    7 septembre 2010 at 9 h 56 min

  4. certes, mais ne tuez pas le suspense! 😉

    Philippe

    7 septembre 2010 at 12 h 13 min

  5. arrêt sur image… façon coyote je dirai…. :D

    Sylvie...

    7 septembre 2010 at 13 h 17 min

  6. Avec tout ça j’avais un épisode de retard moi…. Je sens que ca n’est pas au prochain épisode que notre héros inventera la poudre et donc la dynamite. Difficile dans ces conditions de lui donner le Nobel de la connerie. Peu importe, les véritables grands hommes n’ont que faire des honneurs… A+

    Pascal

    7 septembre 2010 at 15 h 42 min

  7. J’ai plusieurs épisodes en retard et comme je veux prendre mon temps je te dis à +. Bises

    Caiçara

    8 septembre 2010 at 6 h 07 min

  8. Aujourd’hui encore les héritiers des Burne père et fils courent dans les rues du pays basque pour échapper aux cornes des bovidés en furie… Até mais!

    Caiçara

    9 septembre 2010 at 6 h 11 min

  9. La pissicologie, va falloir que je m’y intéresse.

    Caiçara

    9 septembre 2010 at 6 h 12 min

  10. ah la vache ! euh .. l’auroch ! veux-je dire … Tu t’interromps en plein quand il faut pas . Oui , je sais , c’est ce qu’on appelle l’art du suspens , mais là franchement ; c’est un coup à rester en apnée … tout essoufflés qu’on est d’avoir courru avec les couillus .

    jojo

    9 septembre 2010 at 14 h 46 min

  11. Je viens de lire les coms … ben oui , le drap , pardon ;"quelques pièces d’étoffe chamarrées et rosâtres", et on s’empresse de crier ollééééé

    jojo

    9 septembre 2010 at 14 h 50 min

  12. jolie vision d’un Grande-Burne empetré dans une pièce de tissu rôsatre mdrrr ….

    Odha

    13 septembre 2010 at 9 h 23 min


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :