"Un Jour En France"

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Le fils de son père (IV)

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Fleurant bon la sueur âcre
des efforts intenses il ne fut pas difficile à Grande-Burne de
remonter la piste odorante du stade où une multitude d’êtres
s’agitaient en tous sens sans trop qu’on sache pourquoi. On y voyait
pêle-mêle des lanceurs de n’importe quoi, des coureurs azimutés,
des sauteurs de bidules en pure perte. Et pas même la queue d’un
auroch pour justifier ces gesticulations effrénées! Grande-Burne
refréna une soudaine envie de bouffer et prit place dans les
gradins, accompagné de Tiburce. Il tenait absolument à se faire une
idée avant de choisir une activité à son petit gars.


Ils restèrent longtemps,
longtemps, si longtemps que le temps décida d’aller se faire pendre
ailleurs. Tiburce trépignait, effaré de la soudaine passion de son
père pour le sport quand, relevant la tête pour brailler un coup,
il constata que ce dernier s’était tout simplement assoupi. Un filet
de bave agrémenté de bouts de gras d’auroch, vestiges de son p’tit
dèj, et d’une flore fongique indéfinissable serpentait de sa
bouche d’égout noircie de chicots pourris vers son improbable menton
fendu comme un cul de bonobo, le rouge en moins ( mais le ver en
plus). C’était donc ça! Tiburce en fut rasséréné.
Provisoirement. Il se faisait un tel souci pour son père, ces
derniers temps assailli d’idées sottes et grenues, apparemment
travaillé de l’intérieur par autre chose que la colique et les
éjaculations inopinées. -La dernière fois, c’était sur
l’ambassadeur d’une peuplade voisine particulièrement chatouilleuse
au niveau du protocole… autant dire qu’on avait pataugé pour
rattraper la sauce-


Pendant que Grande-Burne
éprouvait une des vertus cardinale du sport, à savoir son effet
soporifique, Tiburce refusa de se morfondre. Il entreprit donc
d’explorer les alentours dans le but tout à fait louable de ne pas
mourir d’ennui et laissa à ses rêves incertains son papa adoré et
baveux.

Il sortit du stade
d’athlétisme pour se rendre sur un terrain mitoyen où une bande de
type en pagnes bariolés poursuivait de leur assiduité une balle de
cuir, comme si c’était un cul de gonzesse. Et quand l’un d’entre eux
finissait par la choper c’était pour la renvoyer aussitôt à coup
de pied, comme une femelle, pareil. Parfois la balle atterrissait
entre deux bouts de bois ce qui avait le don de provoquer chez la
moitié des types une extase proche de l’orgasme, tandis que l’autre
moitié se lamentait aux portes du désespoir. Tiburce y vit une
allégorie des relations intersexuelles et il était à deux doigts
d’intellectualiser plus avant la chose lorsque son père déboula
comme un demeuré, ce que, au demeurant, il était.


« Uruk, braouk Bête
comestible! » s’emporta t-il, oubliant sa fugace autant que
somnolente passion du sport.


Les épaules de Tiburce
firent « bof ». Il ne portait pas à la chasse une
attention débordante mais bon, pour faire plaisir à son père il
maquilla un sourire incertain sur sa figure angélique et plein
d’entrain simulé emboita le pas de son père.


Au loin, la forêt boréale
les attendait . Enrubannée de givre, tapissée de froidure parcourue
par un vent glacial qui faisait bruisser funestement les ramures
mortes dans l’espoir de pousser au suicide le promeneur égaré. La
chasse serait-elle bonne? Ils n’en savaient rien, en revanche il
était certain qu’ils allaient se geler les couilles.

à suivre…

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Written by saiphilippe

21 août 2010 à 14 h 10 min

10 Réponses

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  1. la fin… j’adoore…(toute l’histoire aussi, captivante)finalement on a un portrait de grande burne: un cul de bonobo!

    Sylvie...

    21 août 2010 at 15 h 53 min

  2. ….c’est ainsi que la vocation de Tiburce naquit : il serait confiturier, et lancerait un nouveu concept culinaire : la gelée de couilles ! Puisqu’il suffisait pour cela d’envoyer quelques promeneurs égarés se suicider dans la forêt boréale…. La recette était simple.Le problème se posait pour les mettre en bocaux, faudrait attendre la fabrication du verre quelques siècles plus loin, et d’ici-là, la gelée risquait d’avoir mauvaise façon…

    Dom

    21 août 2010 at 16 h 47 min

  3. Philippe, je n’empiète pas, je pensais juste tout haut ! J’ai encore bien ri !!!Bisou

    Dom

    21 août 2010 at 16 h 47 min

  4. mdrrrrr ….j’imagine très bien la " face ‘" de grande-burne apres ce descriptif !!! le Bérurier des temps modernes lolll bisous Phil bon week end

    Odha

    21 août 2010 at 17 h 17 min

  5. ben ça se bouscule pas. Merci windows!

    Philippe

    23 août 2010 at 12 h 45 min

  6. ouais ! comme tu dis " merci windows", pfff tu as raison de te faire de la pub , ce serait tout de même de rater une occasion de se marrer , et comme d’hab les aventures de GB m’ont fait rirebises Phil

    jojo

    23 août 2010 at 17 h 29 min

  7. et pas un chat depuis mon dernier passage !à se demander si Wili ne souhaite pas tout simplement fermer boutique et qu’on aille tous se faire pendre ailleurs ?ça me navre :-(

    jojo

    24 août 2010 at 17 h 14 min

  8. Hier je me disais: je laisserai le meilleur pour la fin et j’étais fichtrement contente de retrouver mon héros Grande-burne, mais la fatigue était plus forte que mes paupières, alors ce matin je me suis levé plus tôt et je repars avec le sourire. Bises et merci.

    Caiçara

    9 septembre 2010 at 5 h 47 min

  9. Je crois que Sébastien Chabal t’inspire.

    Caiçara

    9 septembre 2010 at 5 h 48 min

  10. oh là, j’ai raté des épisodes… je me mets au goût du jour en reluquant les reliefs de la digestion de ton héros… et je comprends que ce doit être un lointain effet du sport, dont tu mets à jour les vertus. non seulement c’est sensé résoudre les problèmes pissico, mais les soucis de sommeil !

    Philippe

    11 septembre 2010 at 13 h 32 min


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