"Un Jour En France"

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Jour de chance (III partie)

with 18 comments

L’aspect rustique de la baraque numéro
deux ne se démentit pas une fois à l’intérieur. Une simple planche
de bois sur trépieds en guise de table et quelques tabourets usés
qui semblaient pousser là comme le chiendent sur la friche. Malgré
les efforts touchants d’une fenêtre éborgnée la pièce demeurait
sombre. Ou bien réagissait-elle à son humeur du moment tandis
que Karl était installé sans égards sur un des tabouret , pieds et
poings liés. Le Capitaine Pierre le tançait sans émotion
apparente, le gars Marcel s’appuyait mollement contre un des piliers
de la baraque en fumant une cigarette dont les volutes bleues se
perdant au plafond semblaient absorber toute son attention. Un
maquisard se tenait près de la porte avec l’air d’un planton de
sous-préfecture, un autre à la fenêtre plantait son regard
dehors, comme absent, son visage baigné dans la poussière que
faisait danser un maigre rayon de soleil. Ça se couvrait.


Le capitaine Pierre s’assit également,  bien en face de Karl de l’autre coté de la
table sur laquelle il posa avec une lenteur calculée son revolver,
un browning américain lourd de menaces. « Scheiße »
pensa alors Karl, fort à propos et assez sobrement puisqu’il ne
daigna pas ciller,  ne fusse que d’une paupière.


« Tu parles français? »
entama le capitaine.

«  Je comprendre et je parle un
peu »

« Tant mieux, alors on va la
faire courte: les plans, les effectifs, vos objectifs et tout le
tremblement! » asséna Pierre.

« Je Karl Meyer, feldwebel,
326ème Infanterie Division. Je sais seulement que nous aller en
Normandie… » La table manqua se renverser lorsque le poing du
capitaine s’abattit.

« Tu crois qu’on le sait pas,
Frisé! » hurla t-il.

«  Je veux les effectifs des
garnisons de Rodez, Bozouls, Espalion… bref, les villes par où vous
êtes passés toi et tes potes!  Je veux les plans d’appuis
feux, les emplacements de mortier!»

«  Mais … » protesta
Karl, « je pas savoir… Nous venir depuis Thuir, juste arrêts
pour essence et mange.  Pas discuté avec camarades, nous trop pressés »

Le capitaine se leva, dépité, et commença à arpenter la pièce, pensif . Il n’ignorait pas que la wehrmacht ramenait en Normandie  le ban et l’arrière ban des troupes stationnées au sud de la Loire. Le plus vite possible, ce qui par ailleurs facilitait les embuscades que tendaient les maquis, partout dans la région. Quoiqu’il en soit, le boche disait probablement la vérité.

   

«  En clair, tu nous sers à
rien » observa le gars Marcel, d’un ton neutre depuis son
pilier. « Ou peut-être que tu n’es pas assez motivé pour
répondre." Il tira longuement sur sa sèche qui
grésilla. Puis il s’approcha de Karl. Dans sa main rougeoyait la
clope de tabac brun à l’odeur acre. Le regard de Marcel ne laissait guère
de doutes quant à ses intentions, alors faisant preuve d’une belle perspicacité, l’esprit de Karl s’illumina, lui aussi, d’un « Scheiße » flamboyant.

Karl fumait, mais n’avait jamais
servi de cendrier. Il doutait d’apprécier l’expérience d’autant
plus qu’elle serait vaine. Il n’avait aucune des informations que ces gars recherchaient. Il n’avait pas menti.

Il n’eut pas le loisir de divaguer davantage: Marcel l’empoigna si
violemment qu’il bascula de son tabouret. Puis il se rua à
califourchon sur lui. Il lui plaqua une main sur la gorge et de l’autre approcha la clope de l’œil de Karl. « Tu vas parler,
fumier » grinça t-il, tellement pourri de haine qu’il ne
réalisait pas que Karl n’avait plus l’air pour ce faire. Il n’était
que douleur, l’esprit en errance quelque part du côté de Coblence où sa femme ne le reverrait pas rentrer.  Il fermait les yeux de toutes
ses forces, tournait la tête en tous sens pour fuir l’abominable brûlure qui, déjà, lui grillait les cils.


« STOP !»


C’était le capitaine.

à suivre…

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Written by saiphilippe

24 mai 2010 à 16 h 51 min

18 Réponses

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  1. pour la suite (et fin) faudra patienter un peu… je n’ai plus un week-end de libre jusqu’au 26 juin.

    Philippe

    24 mai 2010 at 17 h 50 min

  2. Bon je l’ai pas suivie celle là… Vais attendre la fin pour la glisser dans mon iPhone ! :-)

    Christophe

    24 mai 2010 at 18 h 19 min

  3. ah! (j’ai pas osé lire les deux premiers chapitres)

    Sylvie...

    24 mai 2010 at 19 h 34 min

  4. J’aime ton récit ! En outre, tu pousses le perfectionisme typographique jusque dans l’exploitation du Eszet (alt+225) germanique ! :-DPar contre Amigo, je crois que c’est "Espalion" et non "Espalon".

    Michel

    24 mai 2010 at 19 h 49 min

  5. Hummm j’adore les scènes de torture, dommage que ça s’arrête en plein chemin ;-)C’est étrange mais je ne te vois pas écrire la souffrance physique d’un homme du moins pas sous la tortureLe seul truc qui me surprend dans ton récit c’est "on va la faire courte", je trouve cette phrase anachronique dans le texteSinon bisous et bon mardi

    bibialien

    25 mai 2010 at 2 h 46 min

  6. Oui c’est un peu anachronique, mais bon. Tu peux remplacer par : " abrégeons les préliminaires" si tu préfères. Oui Michel, en fait c’est Espalion, je m’en vais corriger de ce pas.

    Philippe

    25 mai 2010 at 8 h 36 min

  7. ouf !merci capitaine ; moi j’aime pô les scènes de tortures super bien écrit comme d’hab …. mais s’il faut attendre un mois pour lire la suite , j’aurais oublié le début …Au fait _ oiseau de mauvais augure _ il pleut !!!!

    jojo

    25 mai 2010 at 9 h 44 min

  8. Tu vois Philippe à cause de ces putains de suppression de mise à jour, beaucoup ne voient pas ton billet et je trouve ça regrettable et ça vaut pour tout le mondeVoilà ça c’est dit 😉

    bibialien

    26 mai 2010 at 2 h 42 min

  9. dites donc vous en voyez des choses. ça me fait penser aux cours de Français et la sempiternelle phrase " qu’est-ce que l’auteur a voulu dire?". Le plus souvent j’étais d’avis qu’il ne disait que ce qui était écrit, et qu’en tout état de cause nous n’avions aucun moyen de nous mettre à sa place. Ce qui implique que le texte appartient à son auteur, quelque soient ses motivations, mais que les impressions qu’il donne ne concernent que les lecteurs qui y voient ce qu’ils veulent bien y voir.

    Philippe

    26 mai 2010 at 7 h 11 min

  10. et c’est tout l’art des bons auteurs (ou autres créateurs) que de faire ressentir plus que ce qui est exprimé ! c’est dans cet échange que l’oeuvre y trouve sa complétude..bon alors, la suite ? là, on en arrive à un point de tension presque insupportable .. 😉

    Babel

    26 mai 2010 at 14 h 50 min

  11. Génial!Espalion :Planté dans une campagne fertile, l’adage « Espalion, premier sourire du midi » se comprend surtout pour le pèlerin venu du nord par d’austères chemins.Mais, " qu’est-ce que l’auteur a voulu dire?". ¡Por eso que no quede! Pourvu qu’il nourrisse, généreux, l’imagination des lecteurs.Un plaisir de te lire.

    Manik

    27 mai 2010 at 7 h 48 min

  12. comme ci la guerre pouvait attendre le 26 juin…hé, Phil ! mon grand père me l’a toujours dit :"tu ne peux pas savoir, tu n’as pas fais la guerre"alors je VEUX la faire, pour SAVOIR !aide moivite écris nous la Guerre !aide-nous !la guerre ca n’attend pas !@+

    Loofy

    31 mai 2010 at 12 h 06 min

  13. Bon toujours rien pour la suite, c’est frustrant…c’est pour ca que j’ai jamais aimé les trucs à épisodes, La patience n’est pas mon fort !!!!tsssssbises …

    ภเภภє.ツ

    5 juin 2010 at 0 h 02 min

  14. Merde , je viens de comprendre le comm de Loofy !!et bennnnnnnnnnn !! on n’est pas rendu …le 26 juin , moi je pars en vacances !!!!

    ภเภภє.ツ

    5 juin 2010 at 0 h 04 min

  15. Che pô si moi tout comprendre, pour peux il sentait le cochon grillé le Karl. Bises

    Caiçara

    5 juin 2010 at 19 h 26 min

  16. apparemment nous avons de nouveau accès aux mises à jours concernant les commentaires. Joyeuse bonne nouvelle!

    Philippe

    8 juin 2010 at 10 h 52 min

  17. le 26 juin est encore loin mais je ne suis pas pressée de lire la suite , j’ai trop peur de ce qu’il va arriver :-(

    jojo

    10 juin 2010 at 13 h 09 min


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