"Un Jour En France"

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Jour de Chance ( I partie)

with 40 comments

« Avance! » dit Marcel
sèchement en poussant le canon de sa Sten dans les côtes du boche.
Un pauvre feldwebel blond comme une image de propagande et dont les
yeux, bleus naturellement, roulaient en tous sens, perdus, ne sachant
ou se poser sur ce bout de route de France où ses camarades
gisaient.


Au volant du camion Mercedes-Benz
renversé , Franz Marder, léché par les flammes noircissait
gentiment. Fort heureusement pour lui une balle dans le front
l’empêchait de se formaliser de la situation . Au milieu de la
chaussée Otto, affalé dans une posture grotesque, donnait source à
une rigole sanguinolente. Dix autres de ses camarades, aussi morts
qu’on pouvait l’être, tartinaient l’asphalte de leurs cadavres ou
pendaient, lamentables pantins, à la rambarde du camion. Ça ne
s’annonçait pas bien, pensa le feldwebel. Plus loin encore, sous un
arbre dont la ramure frémissante faisait danser les rayons du soleil
sur la chaussée , il distingua alors l’oberleutnant Slacher…vivant!?

Adossé au tronc d’un vénérable chêne, les bras ballants d’une
fatigue de vieillard aussi soudaine que les deux balles qui crevaient
son foie, Slacher et ses vingt-deux ans tachaient de faire bonne
figure tandis que deux maquisards approchaient. Sa main délicate,
plus faite pour le piano que pour la guerre, étreignit une fois de
trop la crosse de son Luger P08. Une rafale l’étala pour le compte:
Un projectile lui fit éclater la pommette droite lui arrachant la
moitié de la face au passage. Trois autres perforèrent sa poitrine.
Puis un coup de pied de flanc l’envoya bouler tête bêche sur
l’herbe aux pieds de quatre godillots éreintés de trop d’horreurs
sous un vernis d’indifférence. Deux gamins qui connaissaient la
musique, mais n’en jouaient plus qu’au couteau.


« Un boche de moins ! »

« T’es con, c’était un gradé!
Le pitaine en voulait un! ».

« Ouais? Ben, y a l’autre
là-bas ! » coupa le premier en désignant d’un geste
dédaigneux le feldwebel . « De toutes façons celui-ci était
foutu ! » acheva t-il en s’emparant du Luger de
l’officier.


Non, ça ne s’annonçait pas bien du
tout, pensa à nouveau le feldwebel Karl Meyer tandis qu’autour de
lui, comme de laborieuses petites abeilles en quête de pollen, les
résistants récupéraient tout ce qui pouvait l’être: mausers,
grenades et même, à leur grande satisfaction, une M.G.42 . Une
mitrailleuse boche bien plus efficace que leur antique
Fusil-Mitrailleur 24/29.


« Allez, avance! », Meyer
secoua la tête comme pour en chasser les derniers événements, puis
il obtempéra. Il n’avait pas vraiment le choix. De choix
intelligent en tous cas. Devant lui s’ouvrait la route, plutôt
mauvaise dans ce coin reculé du massif central. Encadré, poussé
sans ménagement il parcourut une cinquantaine de mètres avant
qu’elle ne bifurque et là, soudain, à l’entame du virage, une haie
de buissons s’ouvrit dévoilant une traction-avant dont le toit avait
été découpé pour laisser le champ libre à une mitrailleuse,
encore fumante, montée sur un affut de fortune. Sur un des
gardes-boue trois lettres blanches dégoulinaient, toutes fraiches:
« F.F.I ». Et, debout à la place passager, un large
béret bleu-foncé vissé sur la tête, se tenait un homme à l’air
farouche.


-« Pas de casse chez nous? »
demanda le béret.

-«A part Michel qui s’est foulé la
cheville durant l’assaut, non! » entendit répondre Meyer
derrière lui. Dans son dos, le canon qui lui labourait
épisodiquement les côtes avait des hoquets de rire. Apparemment, le
gars Marcel trouvait ça très drôle.

-« Et qui c’est celui là? »

-« Un fridolin qu’a eu d’la
chance Capitaine! »


Oui, admit Meyer intérieurement, d’une
certaine façon il avait eu de la chance. Lors de l’embardée du
camion -consécutive aux tirs et à la mort de Marder- il en avait
été éjecté, échappant aux flammes et aux balles. Tombé
lourdement au sol, il avait perdu connaissance , échappant au peu
enviable statut de cible prioritaire, pour se réveiller , aidé en
cela de quelques claques, sous celui de prisonnier.

«  Bon! Retour au camp de base.
On avisera là-bas… » décréta le Capitaine.

à suivre…

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Written by saiphilippe

8 mai 2010 à 15 h 20 min

40 Réponses

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  1. On dirait un taxi pour Tobrouk !

    bibialien

    8 mai 2010 at 15 h 22 min

  2. je ne sais pas comment je dois le prendre.

    Philippe

    8 mai 2010 at 16 h 27 min

  3. J’ai adoré le film, prends le bienEt pourtant je n’aime pas la guerre mais certaines façons de la raconter me plaisentBizzzz

    bibialien

    8 mai 2010 at 16 h 30 min

  4. Il y a plusieurs façon de prendre un taxi, la plus aventureuse étant de le prendre sans argent, la plus dangereuse de le prendre en pleine poitrine….

    Pascal

    8 mai 2010 at 16 h 35 min

  5. Il ne fait pas bon non plus de prendre celui de bone collector

    bibialien

    8 mai 2010 at 16 h 41 min

  6. Connais pas, il est de quel couleur?

    Pascal

    8 mai 2010 at 16 h 49 min

  7. C’est un film ;-)Et tant qu’on y est (sorry Philippe) n’oublions pas taxi driver

    bibialien

    8 mai 2010 at 16 h 50 min

  8. Quelle couleur… Y a pas de raison

    Pascal

    8 mai 2010 at 16 h 54 min

  9. Jaune bien sûr

    bibialien

    8 mai 2010 at 16 h 56 min

  10. Pendant que j’y pense, le taxi pour Mabrouk, dermiste bien sûr…

    JiPi

    8 mai 2010 at 17 h 03 min

  11. J’ai tout vu Philippe, c’est horrible. mais j’ai pris un de ces fous rires à la lecture ! Oh la honte Dominique !

    Dom

    8 mai 2010 at 17 h 30 min

  12. moi je veux bien, mais faut dire pourquoi.

    Philippe

    8 mai 2010 at 17 h 48 min

  13. c’est sur que le taxi de Scorcese a plus de gueule que celui de Pirés….si je me souviens bien ds un taxi pour Tobrouk Ventura portait un marcel avant un certain Bruce Willis . Moi aussi Bibi ça m’a fait penser à ce film, peut être pour la représentation un peu faussée de l’Allemand blondinet , joué par Krüger…..lol.youpi Philou a une idée et c’est reparti mon kiki bisous

    ภเภภє.ツ

    8 mai 2010 at 17 h 52 min

  14. Pourquoi le fou rire ? Mais le style de la narration voyons ! Plus les situations sont pourries, plus tu les décris dans leur jus, plus tu le fais avec un flegme qui n’appartient qu’à toi ! Et moi là : j’exulte ! Une fois je tacherai d’écrire un truc bien pourri aussi mais avec humour, on verra ce que ça donne. J’avais essayé avec "Celliphaera", mais c’était un peu timide.

    Dom

    8 mai 2010 at 18 h 17 min

  15. Je ne me rappelle pas du tout avoir connu ce Meyer ( Elsa M. ) … ( Sa veuve …)Oui, il y a du Taxi pour Tobrouk, mais un peu amélioré Inglorious Basterds, enfin, je trouve !!! Bon mon Philippe R. quand Tarantino te passe un coup de fil, tu nous le fais savoir ????

    Philippe

    8 mai 2010 at 19 h 42 min

  16. Je doute que Philippe se soit inspiré un tant soit peu de Tarantino, vu les critiques qu’il a faites justement sur son dernier filmJe me trompe !?

    bibialien

    9 mai 2010 at 3 h 58 min

  17. j’aime bien Tarantino mais pas lorsqu’il distord l’histoire avec un grand H. Pis dans l’ensemble je n’ai pas forcé sur le coté hémoglobine me semble t-il?

    Philippe

    9 mai 2010 at 7 h 38 min

  18. Clair que ce n’est pas le sang qui t’attire le plus dans la guerre sinon tu nous aurais fait un SAW

    bibialien

    9 mai 2010 at 7 h 44 min

  19. @ Bibi : tu crois qu’il aime Dexter ? lolbisous du jour la compagnie NiNne

    ภเภภє.ツ

    9 mai 2010 at 9 h 06 min

  20. jamais vu.

    Philippe

    9 mai 2010 at 9 h 06 min

  21. la guerre .. le sang qui coule … c’est pas trop mon truc . Mais ta façon d’écrire ; ça : j’adore !

    jojo

    9 mai 2010 at 20 h 59 min

  22. Moi aussi, j’ai trouvé ça très drôle et j’ai découvert encore un mot: fridolin. Mdr !

    Caiçara

    10 mai 2010 at 6 h 06 min

  23. Boche=Fridolin=Fritz=Frisé=Schleu, ce ne sont pas les noms qui manquent.

    Philippe

    10 mai 2010 at 6 h 36 min

  24. après le casque, le texte à pointesoleil !

    Loofy

    10 mai 2010 at 6 h 41 min

  25. Y avait-il des FFI à Tobrouk…?

    Pascal

    10 mai 2010 at 7 h 29 min

  26. Non à Tobrouk c’était des FFL ( forces françaises libres) mais c’est surtout à Bir-Hakeim que la France libre connut ses premières heures de gloire: la 13° DBLE repoussa durant quinze jours les assaut de la division blindée Italienne "Ariette" et ceux de la 15° Panzer division, et de la 90° Légere.

    Philippe

    10 mai 2010 at 8 h 07 min

  27. hé hé… Philj’ai un nouveau concept à te proposer…et si au lieu de nous inventer une machine à avancer dans l’histoiretu nous préparais une machine à stopper l’histoire… ce serait peut-êtrebien pour l’espèce humaine…. pour les espèces d’humains que nous sommes !!!je te laisse écrire la suite de celle là, bien entenduet en attend la suite avec impatiencemais, un jour, pourras-tu écrire une histoire sans suitehistoire de stopper l’histoire…. point final ! ?que les vents te soient favorables !

    Loofy

    10 mai 2010 at 9 h 56 min

  28. une histoire sans suite serait la fin du monde voyons!

    Philippe

    10 mai 2010 at 9 h 59 min

  29. hé, cela ferait quelques heureux, non ?!comme toi et moi par exemple…la fin du Monde… aaahhhharrêtes, tu me fais rêver….

    Loofy

    10 mai 2010 at 10 h 01 min

  30. PFttt ! Pas trop de vents, pas trop s’il te plaît !(je connais la sortie, merci !) ;o)….heu, c’était question de ne pas ramener les nuages….

    Dom

    10 mai 2010 at 10 h 05 min

  31. Hummm!!!!! la fin du monde, en voilà une idée qui me plait beaucoup ………….un moment de répit éternel. La suite est pour …………….. Bises à vous tous

    .

    10 mai 2010 at 10 h 30 min

  32. Et une histoire sans fin, ce serait quoi ?

    Jean Baptiste Lucchini

    10 mai 2010 at 10 h 39 min

  33. pas "ce serait": c’est. Causes conséquences causes conséquences à l’infini. Il n’y a pas de fin. On est déjà pas sûr qu’il y ait eu un commencement alors…

    Philippe

    10 mai 2010 at 10 h 53 min

  34. Il y a toujours un commencement ……………..alors la fin c’est une autre histoire

    .

    10 mai 2010 at 10 h 58 min

  35. Je viens de lire, donc ma pause café… hum et je viens de découvrir un mot nouveau dans cette phrase:"Un fridolin qu’a eu d’la chance Capitaine…."Extra, j’en suis contente de t’avoir lu!!bise!

    CERISE

    10 mai 2010 at 11 h 34 min

  36. J’opte pour le conditionnel parce que qu’une histoire sans fin relève a priori de l’hypothèse. Bien sûr l’idée de . -histoire n’a jamais de fin- mérite d’être discutée. Il en est qui prétendent que l’Histoire est répétitive et que les petites histoires de nos vies n’ont de sens que dans ce sens de la grande. Tu nous feras souvent des petite nouvelles comme ça ?

    Jean Baptiste Lucchini

    11 mai 2010 at 9 h 39 min

  37. souvent je ne sais pas, j’essaierai en tous cas.

    Philippe

    11 mai 2010 at 10 h 49 min

  38. à la fin commence une aure histoire ? tu as une voie toute trouvée et une piste pour continuer à nous ébaudir. ça m’a tellement captivé que j’ai envie de réécrire ton petit conte sur un autre mode… mais il faut que j’attende la suite…

    Jean Baptiste Lucchini

    11 mai 2010 at 17 h 33 min

  39. très beau travail d’écriture comme à l’habitude et humour noir à volonté !!!!

    Mimi pinson

    12 mai 2010 at 8 h 22 min

  40. Whaouh !

    Michel

    14 mai 2010 at 18 h 01 min


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