"Un Jour En France"

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Non , je n’ai rien oublié

with 36 comments

Non, je n’ai rien oublié. J’arpentais
les longs couloirs aux mosaïques colorées de mon lycée quand me
sont revenus en mémoire les paroles d’Aznavour. Dix-sept ans ont
passé depuis la dernière fois où, jeune bachelier, je m’en allais
rendre mes hommages à mes professeurs. Dix-sept ans. Un léger
souffle au visage, à peine une pichenette, si peu marqué que ça
ne vaut même pas la peine d’en parler. Une bonne brique bien lourde
à travers la trogne lorsque l’hôtesse, haute de vingt ans, m’appela
« monsieur ».


J’ai respiré tant que j’ai pu,
cherchant les odeurs anciennes que je savais ces murs receler. Si peu
de choses ont changé ici que c’en est rassurant pour ma carcasse
tant ce lycée est à mon image. Ou le contraire. Il me semble
presque, à l’amorce du préau, que la sonnerie va retentir, qu’il va
me falloir griller ma clope en trois lattes de nicotine pour ne pas
arriver en retard en éco. Remonter en quatrième vitesse les
escaliers, effectuer une glissade savante afin de négocier au mieux
le virage du patio où, paisibles et éteintes derrière de grandes
vitres, les fontaines attendent les grands événements pour jaillir.


Aujourd’hui elles fonctionnent. Le
bahut fête les vingt ans que je me prends dans la gueule. Un vilain
gris d’usine en grève étale sa morosité dans le ciel, et moi je me
souviens. Je me souviens du bleu puissant de septembre 89. Le toit du
lycée à la mode bourguignonne, pentu et tendu de tuiles rouges,
étincelait. Les oiseaux chantaient. Les filles étaient belles.
Bref: j’étais jeune. Et toi mon vieux lycée tu naissais.



Quelque lichens ont bien émaillé de
vert ton toit écarlate, quelques fuites ont bien suinté de tes
murs, mis à part ça tu restes le même. Comme moi, sauf pour le
coté vert et incontinent. Comme mes profs, dont certains enseignent
encore. Comme d’autres vétérans de la première promotion. Le temps a passé sur nous comme l’eau sur le granit: Il mettra des siècles a nous éroder. Non, je n’ai rien oublié.




Remerciements appuyés aux
organisatrices Marie, Fanny et Hélène, qui nous offrirent ce bain
d’adolescence dont cause Aznavour et qui nous fit tant de bien.

  
Charles Aznavour-Non,je n’ai rien oublié

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Written by saiphilippe

20 mars 2010 à 19 h 29 min

Publié dans Chronique

36 Réponses

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  1. :)

    Sylvie...

    20 mars 2010 at 19 h 56 min

  2. Le genre de pélerinage que je ne fais jamais ! Mais je t’ai suivi dans ce lycée et j’ai tout vu, même ce que tu as ressenti ! Faut dire que tu sais bien reproduire tes sentiments !Bise @ +

    Dom

    20 mars 2010 at 19 h 59 min

  3. merci merci.

    Philippe

    20 mars 2010 at 20 h 02 min

  4. Ca m’a fait ça quand j’ai accompagné mon grand à mon ancien collège pour son entrée en 6ème l’an dernier….Le truc en plus ça a été dans le réfectoire….Une grande fresque…. 1984…. une licorne dans un paysage de jungle naive….. un peu à la Gauguin….J’y avait participé….Quand à mes profs… tous en retraite et une pionne qui est la fille de mon ancien prof de Français…..Ca ne nous rajeunit pas, hein??????Bisouss mon vieux…..Avec ton vieux par dessus rapé…. tralalalal….

    Mata

    20 mars 2010 at 20 h 09 min

  5. beau billet …..j’aime bcp bises

    ภเภภє.ツ

    21 mars 2010 at 0 h 09 min

  6. Apparemment, tu as étrenné ton lycée quasi neuf c’est plutôt rareQuand on est jeune, tout paraît tellement plus … plus quoi d’ailleurs !?Bizzz

    bibialien

    21 mars 2010 at 5 h 32 min

  7. nostalgie…….çà fait toujours un bien fou de replonger pour un temps dans les bons souvenirs du passé…..même si le réveil est parfois…..surprenant ( quoi ? comment ? vous voulez me faire croire que j’ai pris 20 ans ????? mais….à qui ? )pfff , je sors !

    Mimi pinson

    21 mars 2010 at 8 h 25 min

  8. j’ai étrenné mon lycée tellement neuf qu’il n’était même pas fini de construire lorsque les cours ont commencé. La première année, le second étage nous était interdit à cause des travaux.

    Philippe

    21 mars 2010 at 9 h 32 min

  9. Beau moment de nostalgie. Mais gaffe, l’incontinence risque de te gagner avant que le lycée ne s’écroule. :)

    Christophe

    21 mars 2010 at 9 h 48 min

  10. ça rappelle quelque chose à tout le monde ce que tu écris et ça fiche un coup au coeurplus cette inoubliable chanson du dernier grand chanteur de cette génération qui nous reste …Que la vie passe vite …Les souvenirs snt comme des fichiers dans un PCDe temps en temps ils s’ouvrent volontairement ou pasgrace à un goût, une vision ou une odeur .. Ou une chanson !et on s’aperçoit alors que toute notre vie est bien rangée là …Au fond de notre cerveau …Merci pour ce pur moment d’émotionAmicalement Lynette

    Jocelyne

    21 mars 2010 at 10 h 19 min

  11. Joli billet Phil … De père militaire de carrière , j’ai passé ma vie à déménager , je n’ai pas connu ce que tu racontes et cela semble si doux que j’en suis jalouse .sourire .et bises

    jojo

    21 mars 2010 at 11 h 54 min

  12. J’essaie de comprendre, mais je ne suis pas du genre pélerin

    JiPi

    21 mars 2010 at 13 h 22 min

  13. De mon enfance ballotée de ville en ville, jamais plus de deux ans au même endroit je garde si peu de racines, hormis ma ville natale, et l’époque où je me suis fixé quelque part, comme les imbéciles dont parle Brassens, certes. La période du lycée est une des plus importantes pour moi et cet établissement est pour moi une sorte de repère intangible d’autant plus ardent qu’en tant que pionniers l’on se sent presque dépositaire de sa particularité. Et je t’assure qu’il en a une, bien plus que d’autres lycées aux noms prestigieux mais impersonnels et dont les élèves se foutent bien. C’est un petit lycée, "à taille humaine" comme disent les amateurs de formules à deux balles, 600 élèves à peine. Et puis avouons-le une fois encore, je suis un nostalgique de naissance, et j’aime bien me remémorer le passé. Fut-il difficile. Car en vérité, dans ces années là, je ne mangeais pas tous les jours à ma fin, nous étions ma famille et moi assez régulièrement visités par les huissiers de justice et mon environnement n’avait rien de sécurisant, toujours à craindre de se retrouver sous les ponts. Le lycée c’était aussi un endroit où je n’étais pas un miséreux, où personne ne me toisait en comptant les meubles, où j’avais quelque responsabilités, délégué de classe et au conseil académique, et une image. Certes, celle d’un branleur, un dilettante, un je-m’en-foutiste plutôt "populaire". Et mis à part certains profs, personne ne savait mon dénuement. Bref, là bas j’étais quelqu’un. Voilà.

    Philippe

    21 mars 2010 at 15 h 43 min

  14. Les racines … Ce sont elles qui font (en partie) de nous ce que nous sommes … En tous cas tu écris fort bien et de façon très sensible et touchanteY a tes trippes là dedans ça se sent .Moi je me souviens aussi de tout un tas de choses qui touchent au lycée ( bahut !) même le numéro de la porte de la classe de seconde (203) où j’ai connu mon premier coup de coeur pour quelqu’un (lol)Ces choses sont douces à ma mémoire (même les mauvais moments)Je ne regrette pas d’avoir des souvenirs même les douloureux parceque c’est tout celà qui nous construitJ’aime bien lire ce que tu écris même si je m’exprime très rarement chez toi …Mais je suis une fidèle lectrice et sur ton Face Book aussiJ’ai adoré tes amazones …Et puis j’aime tant mais tant Pierre DESPROGES et Alain BASHUNG que parfois je les retrouve un peu chez toi !AmicalementLynette

    Jocelyne

    21 mars 2010 at 16 h 03 min

  15. J’espère que tu es publié quelque part et si c’est le cas, j’aimerais bien acheter tes livresBonne fin de journée

    Jocelyne

    21 mars 2010 at 16 h 05 min

  16. C’est chouette ! Je ressens une grande timidité chez toi lorsque tu écris sans te masquer derrière ton humour corrosif.Amitiés.

    Michel

    21 mars 2010 at 19 h 32 min

  17. Ce n’est pas de la timidité, c’est de la réserve outrageuse à outrance.;)

    Philippe

    21 mars 2010 at 19 h 40 min

  18. ‘est de la "nostalgie-chavirée", très exactement !

    Dom

    21 mars 2010 at 19 h 53 min

  19. Salut Dom Dom !Bisous à toi C’est de la Nostalgie Chaloupée ….Bonne fin de soirée

    Jocelyne

    21 mars 2010 at 21 h 01 min

  20. Tiens un p’tit cadeau !On m’a vu dans le VercorsSauter à l’élastiqueVoleur d’amphoresAu fond des criquesJ’ai fait la cour a des murènesJ’ai fais l’amourJ’ai fait le mortT’etais pas néeA la station balnéairetu t’es pas fait prierJ’etais gant de crin, geyserPour un peu, je trempaisHistoire d’eauLa nuit je mensJe prends des trainsa travers la plaineLa nuit je mensJe m’en lave les mains.J’ai dans les bottesdes montagnes de questionsOu subsiste encore ton échoOu subsiste encore ton écho.J’ai fait la saisondans cette boite crânienneTes pensées, je les faisais miennesT’accaparer, seulement t’accaparerd’estrade en estradeJ’ai fait danser tant de malentendusDes kilomètres de vie en roseUn jour au cirqueUn autre a chercher a te plairedresseur de loulousDynamiteur d’aqueducsLa nuit je mensJe prends des trains a travers la plaineLa nuit je menseffrontémentJ’ai dans les bottesdes montagnes de questionsOu subsiste encore ton échoOu subsiste encore ton écho.On m’a vu dans le Vercors Sauter à l’élastique Voleur d’amphoresAu fond des criquesJ’ai fait la cour a des murènesJ’ai fais l’amourJ’ai fait le mort T’etais pas néeLa nuit je mensJe prends des trains a travers la plaineLa nuit je mens Je m’en lave les mains.J’ai dans les bottes des montagnes de questionsOu subsiste encore ton échoOu subsiste encore ton écho.la nuit je mens…

    Jocelyne

    21 mars 2010 at 21 h 04 min

  21. Un Philippe à la facette jusqu’alors méconnue… j’ai bien aimé !Bizzz

    Annick

    22 mars 2010 at 1 h 51 min

  22. J’aime beaucoup la douceur mélancolique qui tient ton texte… C’est à la fois doux et fort…

    mu

    22 mars 2010 at 9 h 50 min

  23. Tu mènes une drôle de vie, Lynette… ça m’évoque une chanson… je dis peut être une bêtise mais tant pis ‘Sympathique’ et de toute façon ton billet est sympathique d’envie de vie…

    Jean Baptiste Lucchini

    22 mars 2010 at 10 h 26 min

  24. ooooooh que de douceur dans ce billet !!!! … je n’ai pas connu de lycée mais je me souviens de mon école … je suis passée devant il y a pas longtemps je me suis arrêtée et fait un retour en arrière c’était bon !!! il y avait un vide grenier ce jour là, je me suis baladée sur le chemin de mes souvenirs … rencontré des personnes perdu de vue depuis 40 ans … déçue parfois car certaines pierres ou arbres ont disparu pour faire place a un rond point ou autre …. bref c’est super de revenir sur ses pas et ton billet n’est que douceur .. merci pour ce moment Bisous Phil bonne semaine …il fait beauuuuuuuuuu

    Odha

    22 mars 2010 at 11 h 10 min

  25. Jean Baba Tu as reconnu la chanson de Bashung lol ?Tu te fiches de moi lol ?Je sais jamais quand on se fiche de moi ou pas Je suis Bon public comme on dit !Contente de te trouver ici jean Le Baptiste mon pote !Oui il est fort beau ce billet J’aime cette nostalgie de l’enfance ou de l’adolescence car même quand elles ont été dures pour certains,, ces jeunesses, elles font partie de nous bien enfouies dans nos cerveaux … Mais si présentes et "maitresses" de presque tous nos actes d’adulte …On croit bien souvent avoir son libre arbitre alors que l’on n’ est le plus souvent qu’un résultat de notre "vécu" durant notre petite enfance, et que ce l’on croit être nos pensées et nos choix viennent le plus souvent (pour ne pas dire toujours) des permières années de notre vie ..Mais cela est du domaine de l’inconscient, thème si cher à ce cher Freud !Gros Bisous à toi cher Jean Baptiste contente de voir que nous fréquentons un peu les mêmes lieux !C’est vrai que Philippe est un AS en écriture et c’est fort agréable de le lire Bonne fin de journée à tousLynette te bisouille Jean BABAAmicalement aux autres

    Jocelyne

    22 mars 2010 at 16 h 24 min

  26. Il y a comme une possibiité de confusion dans mon com Lynette… mais je redis plus précisément que j’ai aimé le billet de Philippe et ton com si sympathique… je peux taquiner, mais je n’aime pas blesser. Bises. JB

    Jean Baptiste Lucchini

    22 mars 2010 at 18 h 48 min

  27. T’inquiètes pas … Je t’aime bien et je ne suis pas blessée !Il m’en faut un peu plus maintenant … Et tu es quelqu’un de très gentil et pas méchant pour deux ronds …Je le sais bien ! Et puis …à force d’en prendre plein la tronche dès que je me pointe quelque part … (même par hasard) Je me blinde !Le hyènes sont de sortie ce soir … Ouf !Ce n’est pas d’armes dont j’ai besoin moi, mais de bouclier !Gros bisous à toi mon Jean Baptiste et encore merci à Philippe de nous accueillir ainsi sur ce si beau texte

    Jocelyne

    22 mars 2010 at 20 h 41 min

  28. A l’ arrière des berlinesOn devineDes monarques et leurs figurinesJuste une paire de demi-dieuxLivrés à euxIls font des petitsIls font des envieuxA l’ arrière des dauphinesJe suis le roi des scélératsA qui sourit la vieMarcher sur l’eauEviter les péagesJamais souffrirJuste faire hennirLes chevaux du plaisir Osez, osez JoséphineOsez, osez JoséphinePlus rien ne s’ oppose à la nuitRien ne justifieUsez vos souliersUsez l’ usurierSoyez ma museEt que ne durent que les moments douxDurent que les moments douxEt que ne durent que les moments douxOsez, osez JoséphineOsez, osez JoséphinePlus rien ne s’ oppose à la nuitRien ne justifieOsez, osez JoséphinePlus rien ne s’ oppose à la nuitRien ne justifie

    Jocelyne

    22 mars 2010 at 21 h 00 min

  29. Jolie circonlocution ! :)

    Michel

    23 mars 2010 at 0 h 10 min

  30. Enlevé… Olééé… plus rien ne s’oppose à la nuit, plus rien ne s’oppoese à la vie.

    Jean Baptiste Lucchini

    23 mars 2010 at 10 h 59 min

  31. Très joli récit. Si jeune et déjà nostalgique!!!

    Astrid

    23 mars 2010 at 15 h 00 min

  32. Marcel Proust – A la recherche du temps perdu——————————————————————————– Il y avait bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l’appréhender? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité; Mais comment? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher? pas seulement: créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière. Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n’apportait aucune preuve logique, mais l’évidence, de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s’évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s’enfuit. Et pour que rien ne brise l’élan dont il va tâcher de la resssaisir, j’écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j’abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire, avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c’est, mais cela monte lentement; j’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées. Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l’image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu’à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l’insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m’apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s’agit. Arrivera-t-il jusqu’à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l’instant ancien que l’attraction d’un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être; qui sait s’il remontera jamais de sa nuit? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute œuvre importante, m’a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d’aujourd’hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine. Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés depuis si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé; les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot – s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des autres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

    Jocelyne

    24 mars 2010 at 8 h 38 min

  33. atttttchaaaaaaamerde , Phil , t’as oublié de faire les poussières chez toi , v’là mon allergie qui m’reprend bises

    jojo

    26 mars 2010 at 12 h 30 min

  34. Je peux venir à la bourre et suis tenue de lire tous les coms… les copiers collés … bof!T’as raison Jojo y’a des accariens qui trainent… mdr!!!!Et en plus ça fait sa peuchère-moi-qui-a-JAMAIS-emmerdé-personne !!!!Non mais je rève!

    Mata

    26 mars 2010 at 12 h 40 min

  35. belle nostalgie que celle des années-lycée.. où beaucoup tentent de s’affirmer et certains autres simplement d’exister ! pour ma part, je faisais plutôt partie de la 2ème catégorie et au fil du temps, les traces de ces années-là se sont presque comblées..Bises

    Babel

    26 mars 2010 at 12 h 52 min

  36. tu l’as mis où ton brise mata ? lolsoigne toi bien Jojo; prends un ti cachet et ça ira mieux hein..bibis les fillessalutations Phil !

    ¤ LiN£

    27 mars 2010 at 16 h 11 min


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