"Un Jour En France"

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Retour aux sources

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Le petit cimetière vieillissaient tranquillement à
l’ombre des cyprès, ses allées de gravier blanc, rarement foulées,  se
piquaient de touffes d’herbes folles, et les pierres tombales, ternies
par l’abandon,  offraient à la mousse et aux lichens un gîte de tout
repos. Éternel. Seule une stèle, au bout d’un chemin de traverse,
semblait faire encore objet d’assiduité. Plantée dans le dernier carré
qui fut libre, c’était la plus récente. Quinze ans tout de même, mais, 
perdue parmi ses congénères centenaires, pour la plupart,  elle faisait
figure d’adolescente. Une petite conne de jeune sépulture. Marbre gris,
lustré, brillant modestement sous les rayons blafards d’un soleil
fatigué de l’été. L’écume blanche de l’amour maternel , roses en
multitudes,   en noyait la surface… et ton nom, mon vieux pote.

Ah ta mère, comme tu l’auras fait pleurer! Pauvre femme. Quinze ans
qu’elle fleurit son chagrin. On se demande bien pourquoi, hein, petit
voyou! Que pouvait-elle espérer de toi? Une longue suite de parloirs,
année après année, entrecoupée de tes nouvelles conneries et de
sempiternels retours aux assises. Un désastre financier à engraisser
tes avocaillons. Et, au dessus de tout, le déshonneur d’avoir un fils
comme toi. Au moins ta mort précoce lui aura épargné cette décrépitude.
Fusse au prix de la peine indicible d’entretenir  l’illusion du fils
modèle que tu ne serais jamais devenu.
Oh, je ne te jette pas la pierre, mon vieux pote. D’ailleurs, ce que je
suis c’est à toi que je le dois. Hé oui, ce trentenaire classieux
cintré dans son costume trois pièces de chez Armani. . Cet homme, droit
dans ses chaussures italiennes à trois-mille euros, devant la tombe où
tu moisis depuis quinze ans, c’est moi. Tu ne m’avais pas reconnu je
parie! Comment l’aurais-tu pu? Nous étions si semblables alors. Même
errances, mêmes dépits, mêmes rêves. Tu ordonnais, je suivais. Et nous
aurions partagé les mêmes cellules, un jour ou l’autre… Je ne pouvais
pas.

Le jour où je t’ai tué  fut une révélation… J’ai tué de maintes
façons depuis, une foule de gens dont le nombre m’échappe, et,
figures-toi que je dors très bien. La vocation quoi. Je suis devenu 
assassin professionnel, une ordure sans états d’âme, sans remords.
Certes. Mais moi, mon vieux, je n’ai jamais fait pleurer ma mère.

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Written by saiphilippe

2 novembre 2009 à 17 h 44 min

Publié dans Série Noire

32 Réponses

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  1. Superbe! Et puis, "Quinze ans ans qu’elle fleurit son chagrin": belle trouvaille littéraire, je m’incline. A+

    Pascal

    2 novembre 2009 at 18 h 01 min

  2. merci… mais je crains d’avoir fait un peu court. non?

    Philippe

    2 novembre 2009 at 18 h 05 min

  3. Oui, mais ce ne sont pas les cyprès que l’on retrouve le plus comme arbres dans les cimetières…Je pense aux os rangés !!!

    Philippe

    2 novembre 2009 at 18 h 07 min

  4. Ben par chez moi si, ce sont bien des cyprès… faut dire aussi qu’il y en a de partout!Au moins sa mère a fini de se faire du soucis pour lui, de se demander où il peut bien être….C’est con, je sais….Bises

    Mata

    2 novembre 2009 at 18 h 16 min

  5. la mère tabou ultime 😉

    mu

    2 novembre 2009 at 18 h 19 min

  6. Pour MATA: pas de soucis, mais des pensées !!!! Fort en version, mais je me tape des crises en thême !!!

    Philippe

    2 novembre 2009 at 18 h 23 min

  7. houlala c fort en jeux de mots ici comme tjrs … mais je trouve ce texte assez beau !!! et les os rangés entre les cyprés, couverts de pensées pour éviter les soucis … ça me parle lolll bisous Phil douce nuit

    Odha

    2 novembre 2009 at 18 h 44 min

  8. Un petit meurtre devant sa poste, et Hop, Phil nous pète la forme!!Trop court? Oui, sans doute un peu… Surtout pour celui des deux qui est allongé.Plus sérieusement, oui aussi…

    Pascal

    2 novembre 2009 at 18 h 48 min

  9. c’est sûr, ce n’est pas vraiment un repenti…

    Philippe

    2 novembre 2009 at 19 h 03 min

  10. court c’est bien quand on a peu de temps pour lirequoi que toi on essaie de le trouver le temps sans vouloir te vanter… ces petits jeux de mots sont extra fleuri son chagrin et les os rangés bonne soirée philippe

    nathalie

    2 novembre 2009 at 19 h 05 min

  11. Par-fait!

    Sylvie...

    2 novembre 2009 at 19 h 44 min

  12. Efficace comme toujours! Ça faisait un bout de temps que je t’avais pas lu ici! Merci Philippe!Centelm

    Centelm

    2 novembre 2009 at 19 h 44 min

  13. Efficace comme toujours. Et ton fameux couperet qui tranche vif. De l’écriture affutée dont je ne me lasse pas. Continue ton travail bourreau des mots.

    babycake

    2 novembre 2009 at 20 h 02 min

  14. excellent ! une façon originale de ne pas célébrer les morts..

    Babel

    2 novembre 2009 at 23 h 23 min

  15. J’aime beaucoup ce texte, j’ai un faible pour les crapules du nom de NikitoBizzzzz

    bibialien

    3 novembre 2009 at 2 h 20 min

  16. Merci à Christophe de nous guider ici ! pour une lecture croustillante de bon matin !Bravo pour la chute ! mi ange … mi démon !!

    marlene

    3 novembre 2009 at 7 h 27 min

  17. mi-ange mi ange, faut le dire vite…mais c’est gentil de votre part.

    Philippe

    3 novembre 2009 at 7 h 33 min

  18. Je l’ai lu quatre fois sans déceler ce qui fait le charme de ton billet… je le lirai sans doute une cinquième. Bon ! le contraste de la quiétude officielle du lieu et de la cruelle réalité du trait dramatique en chute ? sans doute… mais aussi la musique et le rythme… mené par la main, avec une confiance innocente au bord du maelstrom… l’impression d’un pitch d’un de ces films impressionnistes allemands ou d’un drame anglais des années quarante… blanc et noir, bien entendu. JB

    Jean Baptiste Lucchini

    3 novembre 2009 at 8 h 07 min

  19. La "parfaite ordure" ! Bravo Philippe !

    Dom

    3 novembre 2009 at 8 h 25 min

  20. suis à la bourre , j’ai fait grasse mat’ . Je repasserai te lire + tard bises

    jojo

    3 novembre 2009 at 10 h 38 min

  21. Je dis "bravo" pour la perfection de "l’ordure" : tout y est, le cynisme est total ! J’adore ce personnage qui s’admire.

    Dom

    3 novembre 2009 at 11 h 09 min

  22. oui, mais tu ne voudrais pas le trouver un soir chez toi… je t’assure!

    Philippe

    3 novembre 2009 at 12 h 00 min

  23. La seule fois qu’elle a commencé a chouiner la vieille, il l’a butée ! Que ça lui serve de leçon à l’avenir !

    cata

    3 novembre 2009 at 13 h 42 min

  24. @Philippe : non bien sûr, mais c’est de ta créat(ure)-tion dont je parle. Tu n’as rien oublié !!!

    Dom

    3 novembre 2009 at 13 h 53 min

  25. "Non je n’ai rien oublié" de Charles Aznavour?

    Philippe

    3 novembre 2009 at 15 h 37 min

  26. pas vraiment surprise de la fin . Te connaissant un peu maintenant , dès le début du récit je m’attend à une fin sanglante ou cynique …. ce qui ne m’empêche pas d’apprécier tes récits … Et pour la longueur de ton récit , tu sais bien que ce n’est pas la quantité qui fait la qualité .Ta description des lieux est si réaliste qu’on s’y voit très bien , dans ce petit cimetière … et je n’aimerai pas le croiser ton narrateur !

    jojo

    3 novembre 2009 at 16 h 18 min

  27. Oups !! salut Dexter !!!!!!!!!lolbises ps ; j’adore Dexter

    ภเภภє.ツ

    3 novembre 2009 at 16 h 37 min

  28. il n’y a pas de sots métiers! la preuvechaussures italiennes a 3000 euros…ca classe un personnage! 😉

    lionel

    3 novembre 2009 at 16 h 37 min

  29. C’est autre toi!!! Hum j’ai des frissons. Moi aussi carrément dingue de Dexter Morgan.

    Caiçara

    3 novembre 2009 at 16 h 53 min

  30. L’aspect trompeur des apparences…

    Michel

    3 novembre 2009 at 19 h 21 min

  31. bien fait pour lui : l’avait qu’à pas faire chialer sa môman !!!!

    Mimi pinson

    4 novembre 2009 at 20 h 01 min


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