"Un Jour En France"

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Poussières (Iere Partie)

with 30 comments

La
rumeur insidieuse au départ avait enflé au point d’éclater avec autant
de force que les orages d’aciers labouraient les restes de Berlin: Le
Führer est mort, le Führer est mort, entendait-on entre deux explosions
de débris calcinés, entre deux salves d’exécutions sommaires, entre
deux mondes dont l’un croulait qui devait durer mille ans. Pierre, se
terrait dans un trou d’obus, pas très loin du Reichstag. Serré entre
ses jeunes mains son mauser* tremblait. Sous son casque, quelques mèches
blondes mouillées de sueur tombaient sur son front. Pierre fermait les
yeux, grinçait des dents, pour oublier, tenter d’oublier le vacarme des
Katiouchas*. Les orgues de
Staline jouaient leur partition pour le grand final. Sa vareuse, élimée
par deux années de guerre, portait une encolure de noir où
scintillaient les deux runes argentées de la SS.




Pierre Cotet avait signé à la
Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme trois ans
auparavant. Il avait dix-sept ans tout juste. Il en avait eu assez des
chantiers de jeunesse, où la sienne se perdait, lui semblait-il. Alors
quoi? La résistance? Il ne connaissait personne, se voyait mal partir
en quête d’un hypothétique maquis, combien même sa région natale,
Toulouse, en fût truffée. Et surtout, il détestait les communistes
depuis qu’un espagnol, réfugié politique en France, avait tué son père
lors du braquage de l’échoppe familiale. Un magasin de farces et
attrapes. Un coup de couteau pour papa et un mauvais tour du destin
pour Pierre, en cet aout 39. Trois jours de deuil plus tard,  il
marchait derrière le cercueil de son père, en pleurant de rage. La rage
muette de n’avoir rien pu faire, lui qui avait vu, lui qui était là,
lui et ses quatorze ans chétifs devant le colosse brun qui menaçait
papa… Il n’avait pas bougé, pétrifié, lorsque la lame avait déchiré
la chair du père.  Derrière ses yeux embués dansait encore le visage de
l’espagnol, hirsute, basané, ce débris d’humanité. Un communiste, une
saleté de communiste!




Et là, dans ce trou
d’Allemagne, sous les vagues d’assaut de l’armée rouge triomphante,
Pierre revenu à la peur première, se planquait comme il pouvait. D’au
loin lui parvenait le bruit caractéristique des moteurs de chars. Il
doutait qu’ils fussent allemands, le dernier engin à croix noire qu’il
avait vu passer, un wireblind flak*,
gisait plus loin retourné , boite de conserve marbrée de lézardes rouges et
humides. Du sang, de l’essence, Pierre ne savait. Le bruit se
rapprochait, vrombissait , ajoutant aux éclatements d’obus et aux
sifflements des shrapnels qui balayaient l’air, une sensation de tremblement de
terre. Pierre risqua un œil hors du trou: A l’angle de la Kaiserstrasse
, vingt mètres plus loin, la silhouette caractéristique d’un J.S II*
se profilait. " Et merde" pensa alors Pierre. Nonobstant l’apparition
d’un adversaire réel, fut-il aussi terrible,  avait évaporé la peur
insidieuse distillée par le bombardement, qui d’ailleurs roulait plus
loin désormais, au rythme de l’avance des Rouges. Jouer au héros? défendre la
tombe d’Hitler? Pierre n’en avait cure. Il était coincé de toutes
manières, n’avait rien à espérer des Russes, les runes "SS" le
désignant comme nazi fanatique, ce qu’il n’était pas mais allez donc le
leur expliquer, et n’avait pas plus d’avenir du coté de ses
compatriotes. Français sous l’uniforme allemand, douze balles
l’attendraient au pays, si tant est qu’il y retourne un jour. Alors le
jeune SS de la division Charlemagne* s’empara de son  panzerfaust*,
et se dressa face au blindé qui finissait de tourner l’angle. Avec un
peu de chance, il l’aurait par le travers, seule moyen d’occasionner
quelques dégâts au mastodonte. Il ajusta son tir puis fit feu. Il vit
partir la flamme, mais rien de plus, car au même instant, de
petits geysers de terre frappaient la terre autour de lui. Il en voyait
distinctement les impacts, s’en rapprochait en flottant, étonné de cette sensation de vide au creux des tripes. Il n’avait pas
senti les balles lui faucher les jambes. Le doux coton du coma le recueillit avant même que son visage ne frappât le sol.




Une brusque et violente
douleur le réveilla. Au dessus de lui, un Yvan relevait la
crosse de son  arme. Combien de temps était-il resté là? Yvan, abaissa durement
la crosse une nouvelle fois, brisant une cote au passage, en hurlant des ordres incompréhensibles à
Pierre . Par contre il en
devinait la teneur. Il fallait se lever, et c’est alors qu’il réalisa
que cela lui était impossible: Outre ses flancs malmenés, ses jambes ne répondaient plus. Il essaya de se trainer comme il le pouvait mais Yvan grommela…  mépris et haine teintaient le pli
de sa bouche;  il fit jouer la culasse de son arme. "Et Merde"
soupira Pierre, tandis que le Soviétique le mettait en joue…

A suivre.

Notes:

Mauser 98k : Fusil standard de la Wermacht pendant toute la guerre, calibre 7,62.



Katiouchas:
Tube lance roquettes multiples ( 12) monté sur chassis de camion.
Appelés également "orgues de Staline" à cause du bruit produit,
terrifiant pour le moral. 




Wireblind flak: 
Quatres Mitrailleuses anti-aériennes de 20 mm couplées et montées  sur
un châssis de char. Légèrement blindé et ayant l’apparence d’un
chaudron. Aussi utilisé contre l’infanterie.




J.S II: Char
lourd de l’armée Rouge de la fin du conflit le Josef Staline II est
capable de rivaliser avec les meilleurs chars allemands de l’époque. (
notons toutefois que le modèle de base de l’armée Rouge et qui fit sa
victoire finale fut le T34 décliné sous de multiples versions.)




Division SS "Charlemagne": d’abord
simple regiment issu des membres de la L.V.F, cette unité devint une
division regroupant l’ensemble des volontaires francophones ( à
l’exeption des Belges qui disposaient eux de la division SS "
Wallonie"). Détruite puis reconstituée plusieurs fois sur le front de
l’est, certains de ses soldats se retrouvèrent finalement dans le
dernier carré à défendre le bunker de Hitler.




Panzerfaust:
Arme antichar à usage unique qui équipa l’infanterie allemande de
manière croissante pour lutter contre l’évidente superiorité en chars
des Alliés en général et des Sovietiques en particulier. D’une portée
de 30 mètres, nettement insuffisante, pour les premiers modèles (1942)
les ultimes versions pouvaient atteindre 100 voire 250 mètres.

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Written by saiphilippe

1 mai 2009 à 10 h 01 min

30 Réponses

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  1. note à benêts: je m’intéresses aux trajectoires tordues. Aux destins brisés. Aux erreurs funestes, et à l’Histoire sans apologie aucune, du nazisme ou doctrines affiliées…

    Philippe

    1 mai 2009 at 10 h 19 min

  2. On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventresCaché derrière nos apparencesL’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau ?Ou le pire ou le plus beau ?Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d’un troupeauSur les ruines d’un champ de batailleAurais-je été meilleur ou pire que ces gensEt qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtempsD’avoir à choisir un camp.

    ภเภภє.ツ

    1 mai 2009 at 10 h 20 min

  3. Jean-Jacques Goldman " Né en 17 à Liedenstadt" j’ai bon?bises

    Philippe

    1 mai 2009 at 10 h 46 min

  4. oui Philou tu as TOUT bon ….bisous senteurs muguet NiNne

    ภเภภє.ツ

    1 mai 2009 at 10 h 48 min

  5. Phil ?? C’EST LE BILLET DU 13 mars<<Prendre un ado par le flingue.>>Et il a pas su me dire pourquoi ! une sorte de malaise ….voila voilou.

    ภเภภє.ツ

    1 mai 2009 at 12 h 36 min

  6. Pourquoi avoir appelé la division française "charlemagne" ?Tu devrais te mettre à l’écriture d’un roman historique tu en as les capacités!J’adore!BISOUS !Et bon 1er mai….

    Mata

    1 mai 2009 at 13 h 01 min

  7. Image de Philippe REGUILLONImage de Philippe REGUILLON Philippe REGUILLONa écrit :Elle fut nommée ainsi car ses "créateurs", germanophiles et collabos, désiraient mettre l’accent sur la communauté de "sang" unissant la France et L’Allemagne ( les Francs étant à l’origine un peuple Germanique) , en se servant du nom de l’Empereur Charlemagne dont le territoire recouvrait une bonne partie de l’Europe Occidentale ( France et Allemagne comprises).Disons qu’ils ont fait appel à une figure commune aux deux histoires nationales.voilà.

    Philippe

    1 mai 2009 at 13 h 10 min

  8. Je savais que l’empire de Charlemagne regroupait une partie de l’allemagne mais ne savais pas le coup de la "communauté de sang"…..Merci !Bises!

    Mata

    1 mai 2009 at 13 h 28 min

  9. Est-ce que ça a une corrélation avec le 1er mai !?Bizzzzz

    bibialien

    1 mai 2009 at 13 h 48 min

  10. Hitler est mort avant hier et dans 8 jours la guerre sera finie… en 1945, bien sûr

    Philippe

    1 mai 2009 at 13 h 50 min

  11. Ben, c’est mieux que le télé ça ! Une narration instructive. Sinon un roman, un recueil de nouvelles comme celle-ci, faudra que tu y songes Philippe…

    cata

    1 mai 2009 at 13 h 55 min

  12. Et pendant ces 8 jours de guerre (encore plus) inutile, combien de morts????

    Mata

    1 mai 2009 at 13 h 57 min

  13. la dernière année du conflit fut également la plus meurtrière. Les Nazis tentèrent vainement d’effacer les traces de leurs crimes, en en faisant d’autres: "Nettoyage" des camps de la morts notamment. Les troupes allemandes en s’arc-boutant sur leurs positions subirent de lourdes pertes, accentuées encore par un afflux croissant de novices ( Volksturm pour les "vieux" et Hitler-jugend pour les gosses) sachant à peine tenir un fusil. Malgré cela le fanatisme était à son comble et ils se battaient le plus souvent sans esprit de recul, provoquant subséquemment d’énormes pertes chez les alliés.Ceux-ci n’étaient pas en reste: c’est aussi en cette dernière année de guerre que furent rasées les villes de Dresde et Hambourg, bien que ces dernières ne présentassent aucun intérêt stratégique. Pour les 8 derniers jours précisément, à Berlin, je n’ai pas d’infos précises. On sait toutefois qu’entre 1939 et 1945 la population de la ville passa de 4,3 millions d’habitants à 2,8… ce qui est assez parlant.

    Philippe

    1 mai 2009 at 14 h 31 min

  14. Oui, je crois que Dresde, c’est cent mille morts en vingt minutes…

    Pascal

    1 mai 2009 at 16 h 02 min

  15. Superbe narration. J’allais dire vivante, mais finalement je pense que le terme n’est pas très adapté… Félicitations Philippe! A+

    Pascal

    1 mai 2009 at 16 h 12 min

  16. merci Pascal.

    Philippe

    1 mai 2009 at 18 h 18 min

  17. Toujours trés bon Phil en narration !!!!! et il n’a pas besoin d’un prompteur !!!!!!!et pour rebondir sur un de tes coms Philou, chaque anniversaire de fin de guerre, le jour où l’on scande le fameux "mort pour la France ""……., chez moi c’est gâteau cadeaux,, flon flon, ballons (là va falloir que ça change si elle ve pas finir nunuche) because Anniversaire de Marion ….bises foriou NiNne

    ภเภภє.ツ

    2 mai 2009 at 5 h 39 min

  18. ben pourquoi t’as effacé ton com Dédé?

    Philippe

    2 mai 2009 at 14 h 56 min

  19. non approprié par rapport a ton texte !! souvenirs-souvenirs dirais-je !!

    glandouille

    2 mai 2009 at 15 h 07 min

  20. bonjour d’amédée et de thérèse cher monsieur et merci d’avoir écrit chez nous ! on a des porcs a la maison donc ma thérèse ne vous embrasse pas mais le coeur y est !

    Amédée

    2 mai 2009 at 15 h 28 min

  21. Ce serait un peu sadique de demander la suite, non? A+

    Pascal

    2 mai 2009 at 15 h 35 min

  22. Elle est prévue Pascal. Un peu de patience. Je m’y colle demain.

    Philippe

    2 mai 2009 at 15 h 41 min

  23. Je faisais juste allusion à ce jeune SS qui a le fusil sur la tempe; je me demandais si, pour lui, les choses ne feraient pas mieux de s’arrêter là. Prends ton temps;

    Pascal

    2 mai 2009 at 15 h 45 min

  24. le temps nous semble très long quand on a un pistolet sur la tempe !!

    glandouille

    2 mai 2009 at 16 h 06 min

  25. c’est la première fois k je te lis en tant qu’écrivain ,tu as une bonne plume ……….j’ai apprécié de lire l’autrecôté de la frontièrec’est un allemands ,on vit à travers ses yeux ça chang , c’est cool !!!

    Faith

    2 mai 2009 at 17 h 07 min

  26. C T pas un allemand !!!!!!ou alors fo que je revois ma copie moi PHIL ??????

    ภเภภє.ツ

    2 mai 2009 at 17 h 38 min

  27. non ce n’est pas un allemand… c’eût été trop commun comme thème sinon.

    Philippe

    2 mai 2009 at 17 h 41 min

  28. tu devrais essayer de vendre tes écrits , ça arrondirait tes fins de mois , voire plus .Je vais lire la suite …

    jojo

    3 mai 2009 at 9 h 19 min

  29. Je me demande si dans une vie anterieure tu n’étais pas réporter de guerre. Super bien écrit. Bises

    Caiçara

    3 mai 2009 at 18 h 22 min

  30. l’avantage d’arriver à la bourre c’est que mouaaa la suite ….eh ben je l’ai de suite héhéhé !!!merci pou tes écrits très réalistes ainsi que les explications du bas….biz

    nathalie

    10 mai 2009 at 20 h 44 min


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