"Un Jour En France"

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Chemin de traverse

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Ceci
est ma confession. Non pas que je sois étreint par le remord, je
n’éprouve pas ce genre d’émotions, non pas que je cherche d’une
quelconque manière à justifier mes actes, je n’ai que faire de l’avis
des autres. Disons que j’ai du temps à perdre désormais, alors pourquoi
ne pas le tuer, lui aussi. Oui, je suis un tueur, c’est mon métier, le
seul pour lequel je dispose  d’un talent particulier et précoce. Je me
souviens de mon premier meurtre, il y a déjà vingt ans de cela.
L’unique crime dont je n’ai point planifié l’exécution, presque un
accident à vrai dire.

 J’avais
quinze ans, un physique ordinaire et un charisme à l’avenant. Perdu
dans la masse sordide d’une humanité balbutiante de futurs cadres
commerciaux, coiffeurs, assistantes sociales et  autres bouches
inutiles. Rien que d’avoir à les côtoyer j’en avais la nausée. Mais, comme eux, je filais mon petit bonhomme de chemin scolaire, naviguant
avec aise parmi les œuvres complètes de Molière, dérivant
dangereusement aux abords des cours de physique, échouant sur le récif
du théorème de Thalès. Finalement, je bus la tasse d’H2O , noyé par les
identités remarquables. Vogue la galère secondaire d’un élève médiocre!
Sur ce vaisseau il n’y avait, pour ainsi dire, pas d’amis. Mis à part
Paul Belack, mon compagnon de mauvais coups. De bien innocentes farces
de potaches pour être franc: Pétards inopinément jetés dans le CDI!
Craies arrosées d’eau. Fumette, dans les toilettes. Pas de quoi
fouetter un chat, encore moins un gosse. Paul, c’était mon mentor, je
l’aurais suivi en Enfer pour peu qu’il en manifestât le désir. Fin juin
88, les cours s’achevaient. De longues files d’élèves déambulaient dans
les couloirs, sans autre but que de complaire aux volontés parentales
leur enjoignant de faire acte de présence. Paul et moi voulions, quant
à nous, marquer cette date symbolique par un acte de nature semblable:
Le plan consistait à nous glisser dans le bureau du proviseur, M Chapuis, afin d’y semer désordre, désolation et peut être même un peu
d’urine, si, toutefois, nos vessies se montraient disposées.

 Ainsi
donc nous nous glissâmes, furtifs, le long des murs extérieurs,  tout en
guettant l’arrivée éventuelle d’un pion, en direction du bâtiment
administratif. Celui-ci se tenait, isolé,  à une cinquantaine de mètres
des autres constructions. Un petit sprint, un petit coup d’adrénaline
et la distance fut franchie d’une traite. Bien que nous trouvâmes
grande ouverte la porte principale de la bâtisse,il restait un problème
à résoudre: Prendre l’escalier de droite ou de gauche? Paul,
responsable de l’expédition trancha en faveur de celui de droite. Peu
importait d’ailleurs: Les lieux étaient quasi déserts. Nous les
montâmes alors relativement sereins mais une pointe d’angoisse nous
étreignit lorsque nous arrivâmes devant la porte du sanctuaire. Paul y
mit un terme: D’un pas ferme il entra, sans égard à la présence
éventuelle du locataire des lieux. Dieu merci, Chapuis n’y était pas!
Et commença le saccage. Paul se déchainait, malgré mes appels au calme.
Je ne tenait pas particulièrement à ce que nous nous fissions prendre.
Mais lui, s’en foutait, m’incitait à l’action: "t’es quand même pas
venu pour me regarder faire? bouges toi bordel!". Alors j’ai bougé.
J’ai fui cette pièce où mon ami en pleine transe semblait avoir perdu
tout sens commun; j’ai couru me cacher à l’angle du couloir en haut des
escaliers. Et là ,j’ai entendu la voix tonitruante de Chapuis: " Bon
dieu Belack! êtes vous devenu fou?". Heureusement pour moi, il était
arrivé par l’autre coté, hors de ma vue et moi de la sienne. Mon pote
hurla à l’adresse du dirlot: "Ta gueule connard!" puis les bruits de sa
course me parvinrent. Lorsque il arriva à ma hauteur il cracha: "t’es
un beau lâcheur mon pote…allez cassos!". Il ne m’en voulait même pas,
il souriait en me disant cela. Derrière nous, le souffle haletant de
Chapuis emplissait l’espace. " Vous ne vous en tirerez pas comme ça,
Belack! petit voyou" lança t-il. J’étais comme figé sur place, mon pote
me répéta: " allez vieux, cassos!". C’était son expression favorite
ça…"cassos".

Il entama la descente des marches, volontaire
et déterminé, comme à l’habitude. Mais son destin ne lui appartenait
plus, le directeur l’avait vu!.  Il s’abattit durement tout en bas des
marches. Je dois avouer que sa nuque fît un bruit assez satisfaisant en
se brisant. Pas de plaisir cependant, j’ai fait ce que j’avais à faire.
Un éclair, une fulgurance, une poussée brusque de mes deux bras avait
mis fin à la sujétion qui me liait à lui. Je me suis sagement dirigé
vers la sortie du collège, tranquille et par chance sans témoins,
laissant en arrière mon ami et les cris du directeur. Une litanie de
"mon Dieu!" de " Oh non pas ça!", "Pauvre petit!". Étranges réactions
de la part d’un homme qui l’instant d’avant vouait Belack aux gémonies.
Peut-être est-ce moi qui suis étrange après tout. Peut-être. Quoiqu’il
en soit  plus jamais je ne fus un suiveur après ça. Un exécuteur oui,
mais ceci est une autre histoire.

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Written by saiphilippe

28 décembre 2008 à 18 h 04 min

15 Réponses

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  1. Et quand la nuit est tombéeSur la voie ferréeNous,on etait bien loin de la ville.On entendait que des notesEt le bruit de nos bottesSous la pleine lune immobile…..Ouais, fastoche!Les chemins de traverses de Cabrel…Mais pas le temps de te lire… je reviendrai…..Mais faudra dab faire du feu dans la cheminée…N’importe quoi !!!!!!Bises!(ben dis donc, keske je t’aurai bisouillé toi aujourd’hui !!!! mdr mdr mdr !!!!)

    Mata

    28 décembre 2008 at 18 h 13 min

  2. Fiction ou réalité !Après tout j’ose y croire, car il existe des assassins et pourquoi pas derrière un blog !J’ai toujours été attirée par le monde du crime, des tortures, des fous, des serial-killerTon meutre, s’il en est-un, est d’une lâcheté implacable. Par peur d’une emprise que tu ne supportais pas, au lieu de t’expliquer tel un homme, tu as préféré la solution de facilité, de la peur, celle de mettre une fin à une pseudo-amitiéEn tout cas chaque assassin a ses faiblesses dont il essaie de se dévêtir par la "force"Bon un peu tôt pour continuer mais ton histoire est pas malBonne journée Philippe

    bibialien

    29 décembre 2008 at 2 h 41 min

  3. Ah! Les accidents domestiques sont les plus à redouter : On devrait interdire les escaliers. Moralité: "L’ai-je bien descendu ?"

    cata

    29 décembre 2008 at 6 h 33 min

  4. je pense que tu as rendu service a la société philippe!ce "belack" était vraisemblablement de la graine de futur délinquant!aujourd’hui il serait surement a la LCR des apotres du "facteur, marxiste" besancenot!surement en train de fomenter un "complot" contre l’ordre établi!dieu nous préserve, de ces gens la (vite, je garde tjs sur moi ma carte UMP, comme amulette pour me prémunir de mauvaises rencontres!)je pense que la nation, doit plutot t’etre reconnaissante philippe d’avoir déceler "le futur fauteur de trouble" en la personne de ce belack de sinistre mémoire!dommage que le SAC de mr pasqua ait été dissous en 82!tu aurais été un vaillant militant!je n’ai qu’un mot!"cassos belack"! ;-)mdr

    lionel

    29 décembre 2008 at 17 h 02 min

  5. Mouais ben j’chuis stomaquée, moa là ! P’tain quel talent !Euh vrai faux roman ?

    SOlène

    29 décembre 2008 at 17 h 34 min

  6. bon! ceci est une parfaite fiction. Je n’ai jamais tué personne. En tous cas, je ne me suis jamais fait prendre…lol

    Philippe

    29 décembre 2008 at 19 h 37 min

  7. Quelle déception

    bibialien

    30 décembre 2008 at 3 h 17 min

  8. On est nombreux à avoir un Belak à tuer…. Amitiés

    Pascal

    30 décembre 2008 at 4 h 36 min

  9. Et un casse-couille devient casse-cou…

    JiPi

    30 décembre 2008 at 9 h 03 min

  10. bon c est quand que tu m apelles !!!non que tu m éduques plutot ..Tu es bien éducateur sportif non ??j ai besoin de retrouver ma finesse ..Non pas d esprit .. Je suis plutot calée de ce coté la ..Mais de CORPSun corps saint dans un esprit saint .. c est bien ça !!bisous beau jeune homme de dijon

    LA DAME

    30 décembre 2008 at 11 h 34 min

  11. et pourquoi pas au proviseur le croche-pattes ? ça aurait fait "le gars sympa qui sauve son pote " …. en même temps , il t’as dit " cassos" … c’est quoi "cassos " ? c’est "casse-toi " , ou bien " cas social " ?parce que dans la 2è hypothèse , c’est une sacrée insulte qui vaut bien d’être envoyé direct en enfer ………dites -moi , éducateur de la jeunesse , j’espère que tu ne leur fait pas lire tes nouvelles à tes ouailles …. ah non , ça c’est pour m’sieur l’curé , à tes … " éduqués sportifs en devenir " … paske faudrait pas qu’ça donne des idées à certains …….Philippe ?????????c’est de la fiction , hein ….bon je rigole … je te fais une bise de loin , trèèèès loin …. tu fais peur quand même !MDR !!!tu écris très bien

    jojo

    30 décembre 2008 at 18 h 02 min

  12. bravo, philippe! la devise "ne jamais se faire prendre"!c un peu une obligation lorque l’on fait du "mal aux gens"…..a moins d’avoir de solides relations ds les milieux judiciaires,connaitre un commissaire, un juge…..c bien, ca sert tjs!(moi je faisais du sport ac un inspecteur a grasse et ca aide!!!c vrai, un controle, tu dis je suis "ami" ac l’inspecteur X et les policiers te regardent différement!!!soigner ses relations!!! mais chut, j’ en dit pas plus hein!)

    lionel

    30 décembre 2008 at 21 h 58 min

  13. Il n’empèche que dans chaque plaisanterie, il y a toujours une part de vérité …… qu’on le veuille ou non …A méditer quand meme !RA

    richalex

    31 décembre 2008 at 0 h 34 min

  14. Tu deviens sentimental je trouve, à secouer à tout va ce passé poussiéreux, quoique c’est pour chacun le moment du bilan de leur conscience…moi je ne m’en fais pas, je n’ai que trois secondes de mémoire sur mon disque dur, résultat, inutile de formater :-).Passe un excellent réveillon mon ami, profite et n’abuse pas des bonnes choses ;-).Bisous.

    Ayda

    31 décembre 2008 at 7 h 47 min


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