"Un Jour En France"

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Souvenirs d’en France

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"Mon
enfance passa" commence la chanson de Brel, "l’enfance se fait
lointaine" ânonnait Regiani, la mienne d’enfance n’en finit pas de
mourir. Je suis un nostalgique par nature, par essence. Ce n’est pas
tant le discours abscons sur l’air du "c’était mieux avant" qui me
tient, me mène…mais le fait  "qu’avant" voyez vous, le temps, je
l’avais; enfin le croyais-je. J’ai toujours eu une excellente mémoire
aussi mes souvenirs les plus anciens remontent-ils aux alentours de mes
deux ans. Je me souviens de mes longues marches nocturnes le long de ce
couloir interminable, fuyant un sommeil rendu dangereux par les démons
qui l’habitaient. Je me rappelle ma première école, de son Titi et Gros
Minet, dessins géants ornant sa façade qui ne contribuaient pourtant
point à me rendre ce lieu sympathique. Je n’aimais pas l’école. Pour
être plus précis, ce sont plutôt mes coreligionnaires que je n’aimais
point. Non pas qu’ils fussent spécialement méchants envers moi, mais
j’avais le très net sentiment de ne pas être des leurs. Je ne cherchai
alors nullement la compagnie d’autrui. Les activités proposées ne
m’emballaient guère non plus: Faire l’empreinte de sa main dans une
plaque d’argile comme une vulgaire star de cinéma sur l’allée des
célébrités à Hollywood; réaliser une flopée de colliers de nouilles
pour les sempiternelles fêtes des mères… Oh, il fallait toute la
persuasion de la maitresse pour que je prisse part à ces projets
futiles: "C’est pour faire plaisir à ta maman". Argument massue s’il en
est, pour tout petit garçon normalement constitué, d’autant qu’il est
vrai que ces œuvres débiles semblaient réellement réjouir ma mère.
Icelle avait l’angoisse de la normalité: Elle voyait bien que je ne
m’intégrais pas et que je n’avais aucune velléité à tenter d’y
remédier. Combien de fois m’a t-elle trainé chez d’autres mères, sous
des prétextes fallacieux, avec le secret espoir chevillé au corps que
je me lie d’amitié avec le rejeton local? Peine perdue. Je ne manquais
cependant pas d’une certaine vivacité d’esprit ni de curiosité
scientifique.

Je fus le génial inventeur, à quatre ans, du parachute à nounours usiné
à l’aide de sacs poubelles. Maman retrouva les uns surmontés des autres
en bas de l’immeuble. Il faut croire que je ne fus pas tellement
convaincu par le résultat de mon expérimentation …j’avais en effet,
la ferme intention de me servir de mon prototype, dans le cas ou
l’expérience me serait apparue concluante. Je n’avais fichtre pas peur
du vide, mas je n’étais pas fou non plus… Un cerveau comme le mien
éclaté sur la chaussée, avouez que c’eût été regrettable . Vers cinq
ans,  une expérience ayant pour objet de démontrer à ma sœur
l’ininflammabilité de son couvre lit échoua lamentablement. Je n’avais
pas peur du feu, non plus. Cela dit ,ça brule drôlement bien
l’acrylique, en fait. Subséquemment ce fut la seule fois ou ma mère
m’infligea le martinet. Je ne puis lui donner tort, surtout qu’elle se
garda bien de le dire à mon père qui, lui, m’aurait éclaté aussi
surement que si j’avais sauté de l’immeuble. C’est à cinq ans également
que je devins un peu moins sauvage: Elle s’appelait Catherine. Elle
avait de longs cheveux noirs, et de grands yeux assortis. Je l’aimais,
elle m’aimait. Mais lors d’une funeste récréation je la vis sautant à
la corde avec un autre que moi. J’expérimentai alors la trahison…et
de ça, oui j’ai peur! 

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Written by saiphilippe

25 novembre 2008 à 16 h 21 min

8 Réponses

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  1. Quel plaisir de te lire…Continue…

    Stéphanie-Emmanuelle

    25 novembre 2008 at 16 h 31 min

  2. Un homme atypique….
    suivant le cours de l’existence de l’enfant atypique que tu as été ….
    La voila la recette de cette grande expérience de la vie et de tes contemporains dont tu sais si bien croquer les défauts……
    Bises Phil..
    NiNne
     

    ภเภภє.ツ

    25 novembre 2008 at 16 h 33 min

  3. Vraiment, tu as un style, on ne peut en douter, et pour ne pas rater une occasion d’en faire le moins possible je vais reprendre la déclaration laconique mais néanmoins pétrie de vérité de SunShine: quel plaisir de te lire! Amitiés

    Pascal

    25 novembre 2008 at 16 h 43 min

  4. pkoi "mysteres et bananes flambées" ?? chui curieuse !!  … j’adore tes textes dis donc tres en avance pour cet age là !!! loll
    super bien ecrit c’est un regal de te lire merci …
    bises a toi

    Odha

    25 novembre 2008 at 17 h 04 min

  5.   Souvenirs teintés de mélancolie. Comme un regret d’être en vie? Ou une grosse déception suscitée par autrui?

    Ed

    25 novembre 2008 at 19 h 29 min

  6. Gracias por tu visita Philippe, siempre es un placer leerte, tienes un humor poco comun, al menos para lo que acostumbro leer. Te dejo un gran beso. Cris

    Cris

    26 novembre 2008 at 0 h 54 min

  7. C’est écrit avec sensibilité et humour. Je partage avec toi, l’hypermnésie et l’angoisse de la trahison.

    Michel

    27 novembre 2008 at 11 h 39 min

  8. ce que t’es mimi …. on aurait envie de te prendre dans les bras pour te faire un gros calin … un calin maternel qu’on ne se méprenne point !
    c’est un texte touchant parce qu’on t’imagine bien et aussi que je m’y retrouve un peu … quelque part … dans le petit coin au fond à droite …

    jojo

    27 novembre 2008 at 12 h 09 min


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