"Un Jour En France"

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Promenade matinale

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J’ai toujours aimé le petit matin, sa lumière blafarde voilée de brume humide et froide. L’aube à peine ébauchée tendue d’un linge blanc de verglas: Un petit matin d’hiver tout encore nostalgique de sa nuit passée. Une nuit longue comme seule cette saison sait en produire, surtout lorsque l’on ne dort pas. Toutefois, je ne suis pas mécontent de sortir. Profiter du paysage figé dans son manteau de glace. Profiter de l’air froid qui me saisit, me transit et me fait tressaillir: J’aime le frisson.

Quand même, j’aurais bien mangé un peu! Mais nous sommes pressés. Une petite rasade de rhum tirée d’une flasque amicale me tiendra lieu de collation. Je sens l’alcool glisser dans ma gorge, s’emparer de mon estomac. Un peu d’essence pour le trajet, somme toute!  Nous marchons d’un pas alerte sur un chemin de terre noire et dure. Je ne salirai pas mes souliers ce matin. Les arbres tendent leurs bras dénudés vers moi, comme pour m’enlacer. Quelques oiseaux noirs de jais, croassent en chœur. J’aime bien les corbeaux, ils ne craignent pas l’hiver, comme moi. Et comme de moi, les honnêtes gens s’en méfient. Je ne sais pas pourquoi. Quelques vieilles superstitions, sans doute: Un oiseau de malheur! Comme si les hommes ne faisaient pas leur propre malheur seuls!. "Un oiseau-bouc-émissaire" lâchai-je alors inopinément. Et de partir d’un grand rire. Mes compagnons me jettent un regard torve. Ils ont raison: C’est du sérieux aujourd’hui!  Nous sommes quinze paires de jambes à battre en cadence. Trente bottes ferrées à marteler le sol givré. Une seule voix de stentor à gueuler: "Halte". La comédie peut commencer, les acteurs prendre place. Je rejoins la mienne: Un petit tertre, mon estrade, ma scène, un clope au bout des lèvres et l’attitude bravache qui va avec. Un corbeau croasse de pieuses et piètres prières. Le stentor hurle.

Je suis un traitre, c’est le juge qui l’a dit. Il doit avoir raison. Oui, je suis sorti bon dernier de la tranchée; oui, j’ai lâché mon fusil quand les mitrailleuses boches nous ont fauché comme les blés; oui, je cherchais refuge dans un trou d’obus tout rempli des entrailles de mes camarades quand le stentor m’a trouvé.
Le stentor hurle: " En joue.." Je ne l’écoute plus, les arbres me tendent les bras. "Feu"!. Je n’entends plus, je frissonne. J’aime le frisson. Douze balles me déchirent la peau au petit matin blême.
J’ai toujours aimé le petit matin…

 

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Written by saiphilippe

25 octobre 2008 à 17 h 12 min

15 Réponses

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  1. Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh…..
    je reste sans voix Philou….
    bé mince alors !!!!!! toi alors !!!!!!
    je reviendrai te faire une bise …..
     

    ภเภภє.ツ

    25 octobre 2008 at 17 h 22 min

  2. woaow
    rien d’autre à dire
    juste
    WOAOW

    jojo

    25 octobre 2008 at 17 h 23 min

  3.   Bel hommage.
      Un roman de Pécherot sort le mois prochain sur le sujet : la guerre de 14, les tranchées, les fusillés "pour l’exemple". Ce devrait être bon. Pécherot l’étant. Comme toi, là, avec ce texte.

    Ed

    25 octobre 2008 at 17 h 31 min

  4. Texte magnifiquement mené.
    As-tu lu Paroles de Poilus ?Certaines lettres, celles surtout des Martyrs, des Fusillés pour l’exemple, prend aux tripes.
    C’est une période de l’histoire qui ne me fascine pas d’un point de vue historique mais, l’absurdité de certaines décisions de l’état-major, la détresse des Poilus, tout cela est d’une telle intensité, une intensité qui se retrouve dans ton texte.Une intensité qui résonnera longtemps.

    Stéphanie-Emmanuelle

    25 octobre 2008 at 17 h 58 min

  5. coucou
    passe une bonne soirée et un bon dimanche
    bises

    pascaline

    25 octobre 2008 at 18 h 06 min

  6. bonne promenade demain matin bisous kirdy

    °°°¤¤¤KIRDY

    25 octobre 2008 at 19 h 00 min

  7. ouah !! lire ça un dimanche matin ça remue !! Tu as une telle façon d’écrire, c’est fou ! j’étais dedans. As tu déjà lu "Le Mur" de Sartre ? ça m’a fait un peu penser à ça. Bon dimanche. bises

    Kat

    26 octobre 2008 at 7 h 16 min

  8. A quand une nouvelle ? A quand un roman ? (peut-être y en a-t-il deja d’ailleurs ?)
    Bonne fin de week end (moi je bosse cette aprem :o(
     
    Mu

    mu

    26 octobre 2008 at 8 h 20 min

  9. Bah Sieur Philippe, je t’ai connu plus blagueur, moins cyanurique…
    Ceci dit, j’aime beaucoup les corbeaux aussi, pour leur vole majestueux,
    leur intelligence, leur audace… Mais il faut avouer que
    c’est un oiseau assez peu fréquentable, tout comme ceux
    qu’on désigne du même nom d’ailleurs…
    A propos de Proust, les tomes de "A la recherche du temps perdu",
    ne m’ont jamais emballé non plus, mais j’avais lu
    "La mort de Baldassare Silvande.." depuis quelques années déjà
    et cela m’avait fait forte impression, donc j’ai voulu partager une expérience agréable :-).
    Ta visite m’a fait plaisir. Bonne soirée et excellent début de semaine.
    Bises.

    Ayda

    26 octobre 2008 at 16 h 22 min

  10. quelle belle émotion…
    mon grand père a eu le temps de me raconter l’horreur des poilus(il a vécu les deux guerres ,l’une en tant que poilu,la 2eme vite prisonnier de guerre) lorsque j’étais enfant…cela m’a marqué fortement,voir ce monsieur pleurer devant les souvenirs terribles.mais il a eu ce cran de vouloir transmettre.sans illusions pour autant.sachant au fond de lui que rien n’y ferait et que l’atrocité et l’injustice seraient toujours là…
    mon fils est en 3eme,c’est au programme,et j’ai été fière,justement cette semaine,à mon tour de lui transmettrte oralement la petite histoire dans la grande…bien plus parlante,parfois…
    bonne semaine.

    claire

    26 octobre 2008 at 17 h 41 min

  11. Joli cher philippe. J’aime beaucoup ce texte, bien meilleur que mon premier jet sur le même sujet il y a quelques temps. On s’y voit, dans le froid et la terre gelée. On sent le givre sur les sourcils. Merci pour ce micro voyage au terme d’une vie.

    Centelm

    27 octobre 2008 at 15 h 02 min

  12. ça m’a fait penser, pour ma part, à l’histoire du pantalon…Ton texte est joliment tourné, et ainsi que m’en a fait part Chloé, la construction, de par sa chute, rappelle celle du Dormeur du Val de Rimbaud. Référence intéressante, non? (ne reconnaissons-nous pas l’égo surdimensionné de Michel? -Chloé)

    Michel

    28 octobre 2008 at 20 h 33 min

  13.  
     très touché. mon père est mort pour la france .en charente en sortant de l’usine d’armement ou il était caporal chef à
    chatellerault . à bicyclette il rentrait rejoindre ma mère. le 20 juin , jour d’un armistice : un avion italien largua une bombe . mon père désirait tellement celui qui allait naitre en décembre; car un 1er enfant était décédé à l’age d’un an de maladie , lors de
     l’évacuation par chemins de fer  des lorrains vers la charente. c’était moi qu’il désirait tant. j’ai en ma possession : un carnet ( taché de son sang)
     ou il notait son désir et ses attentes me conçernant . voilà le début de ma vie.AMITIÉS remember57

    remember57

    29 octobre 2008 at 8 h 49 min

  14. tout simplement émouvant, très joli texte…
    bizzzzzzzzzzz

    delphine

    29 octobre 2008 at 19 h 35 min

  15. t’es mort pour de bon ?
    déconnes pas ; ressuscites
    allez j’essaie un truc :
    Philippe lèves toi et marche
    euhhh
    ou phillippe , réveille-toi et écris
    ah oui , c’est mieux ça
    y a kelkunnnnnnnnnn ?????????

    jojo

    30 octobre 2008 at 14 h 36 min


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