"Un Jour En France"

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« Le pouvoir de la prière » IX partie

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Leczinski sauta dans le premier bus qu’il trouva – sa voiture étant restée au commissariat depuis son malaise- malgré les remontrances et avertissement de l’ensemble de l’équipe médicale: " Vous n’êtes pas en état, inspecteur" " il faut vous reposer!" " vous reprendrez bien un petit valium?" . Mais il n’en avait cure. La nouvelle était incompréhensible, incroyable et pour tout dire improbable: Pastor prétendait détenir LA solution de l’énigme. Cet étron poussif, ce poussah invertébré, ce con en un mot. Toute improbable qu’elle soit, cette nouvelle pouvait bien être réelle, ce qui provoquait l’ire d’Antoine. Enfin bref, il fallait qu’il vérifie par lui même les dires de son adjoint, aussi ne put-il pas rester une minute de plus dans cet hôpital… durant le trajet il eut tout le loisir de ressasser, de ruminer sans pouvoir digérer pour autant. Derrière les glaces du bus défilaient les rues d’Imphy, sous-préfecture de la Nièvre, paysage déjà bien morne en lui même qu’une pluie grumeleuse enlaidissait d’avantage. Le bus déboucha finalement au centre ville  -si tant est que l’on puisse affubler de ce nom un si ridicule assemblage d’immeubles mal fagotés– et Antoine ne se fit pas prier pour gicler sur le trottoir, tel un diable hors de sa boite. Le commissariat, gros pâté de la fin du XIXème siècle, posé là  comme une verrue sur la joue d’une vieille défraichie, attendait son inspecteur. Pastor, lui, ne l’attendait pas vraiment. Pas tout de suite en tous cas. Pour une fois qu’il était tranquille! Mais, bon c’était de sa faute: par loyauté il avait averti son supérieur de l’avancée soudaine de l’enquête. On ne se refait pas. Et voilà icelui déboulant de l’hôpital , à peine une demie-heure après le coup de téléphone.

La porte du bureau et la bouche de l’inspecteur s’ouvrirent à la volée simultanément: L’une, dans un courant d’air et l’autre s’écriant:" que me chantez vous là Pastor!". "Tiens, bonjour inspecteur" répondit l’intéressé insistant bien sur le "bonjour".  Sans relever le moins du monde la pique Pastorale, Antoine avisa un fauteuil dont la présence opportune le ravît. N’y tenant plus il s’y carra  se préparant à endurer la longue mélopée des aventures de Pascal Pastor dont celui-ci l’assommerai sans doute. En fait d’aventures ce fut assez succinct: Pastor avait simplement fait la tournée des bazars, des échoppes ésotériques, des arrières boutiques de chamanes d’opérette. A la recherche d’une piste, rapport aux cartes de tarot retrouvées sur les scènes de crime. Et grand bien lui en a pris : Le vendeur d’une des  boutiques se souvînt d’un client bizarre, fébrile qui avait fait l’acquisition outre un jeu de tarot, de divers livres de magie noire, de rites sataniques et autres joyeusetés. " "Bizarre? dans un commerce comme celui là! ça fait un peu ton sur ton, ne trouvez vous pas?" intervint Leczinski. "C"est justement ce qui m’a frappé, inspecteur!" répondit le brave homme. Puis il reprit le fil de son récit. Auprès du vendeur il s’était enquis du moyen de paiement usité par l’étrange acheteur. "Chèque" fut la laconique réponse du vendeur. Ainsi il obtint un nom… " Si je comprend bien Pastor, vous êtes entrain de me dire que vous avez un suspect?". Antoine, dubitatif à son habitude, considérait d’un œil torve et un rien agité , son adjoint qui, quant à lui, bien solidement campé sur ses jambes courtaudes, affirmait sa conviction en opinant lentement du chef un "oui" plein de certitudes. "Et où est-il votre oiseau?" ajouta l’inspecteur intrigué. "Ici même, chef" répondit Pastor, catégorique et arborant son plus grand sourire. Ses canines blanches scintillèrent et un bref instant et Antoine crut voir un sauvage grizzli en lieu et place du gros nounours pataud qu’était Pastor habituellement. Il y gagna une nouvelle estime de la part de Leczinski, à peu près aussi fugace que l’éclat lumineux imprimé sur sa rétine . " Bon et bien montrez moi ça, vieux" dit alors Leczinski en se levant. Puis tous deux se dirigèrent vers les cellules de garde-à-vue

Une tête,  visage ingrat, simiesque, surplombé d’un front étroit, se dodelinait mollement d’avant en arrière au fond d’une cellule. L’individu se tenait debout face au mur lézardé de sa cage. Il ne priait pas, ne parlait pas, ne criait pas. Il se contentait de béer. Un filet de bave prenait source sur sa lèvre inférieure et glissai doucement au sol, tel le fil de soie de l’araignée en rappel. Sauf que l’araignée en question était, à l’évidence, au plafond de ce pauvre type. Antoine referma l’œilleton et acerbe, lança " Vous vous foutez de moi Pastor?". Pascal rétorqua que les preuves semblait mener à cet individu: Chéquier, indices dans l’appartement du suspect, notamment un jeu de tarot auquel il manquait deux cartes, l’ermite et le diable comme de juste. " c’est un peu tiré par les cheveux non? ça ressemble à une mise en scène! et d’abord comment se nomme ce guignol?", " Alain Dequeste" répondit Pastor gêné aux entournures. Et il est vrai que quelque chose ne collait pas. Toutefois, cet homme était tout ce qu’ils avaient et faudrait faire avec!. Puis Pastor enchaina sur le pédigrée de l’individu: " Quarante cinq ans, sans profession, sans famille, sous tutelle des services sociaux car atteint d’idiotie, au sens médical du terme. Non violent, enfin apparemment…" Antoine tiqua brusquement : " Dites moi, vieux. Ca ne vous semble pas étrange qu’un gus comme celui là, idiot, sous tutelle puisse être en possession d’un chéquier à son nom?". Et non, effectivement, le brave Pastor  n’avait pas relevé cet élément. Mais il avait une excuse: La description qu’avait faite le vendeur au sujet de son mystérieux acheteur ne mentionnait nullement l’état mental du susdit. Bizarre, étrange oui. Mais pas idiot. Non, fichtre non.
 

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Written by saiphilippe

13 août 2008 à 12 h 19 min

5 Réponses

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  1. ah ah , ça se corse …

    jojo

    13 août 2008 at 13 h 09 min

  2. Un pardon par mon français limité
    tu écris toutes ces choses, j’aurai à commencer à lire depuis le principe pour entendre l’histoire
    bonne nuit, bisous, Cris

    Cris

    14 août 2008 at 2 h 38 min

  3. ah mais je savais bien que j’avais vu une mise a jour ….
    humm  .. ça se complique fichtre !!! … le marchand serait ‘il de mèche avec l’araignée de ce pauvre gus
    halala que de retournement … j’adoreeeee
    bises a toi bonne fin de semaine
    ps/ moué ça va pas aller en s’arrangeant c’est sur et ça me fout encore plus les boules car je me
    demande comment on fera quand nous on va commencer a la perdre …. la boule !! pffff
     

    Odha

    14 août 2008 at 16 h 27 min

  4. On peut dire que tu as plus d’une carte dans ta manche cher auteur, car on n’y voit pas plus clair que ce pauvre Pastor. Le dénouement inatendu n’en sera que plus pestaculaire! faites vos jeux mesdames et messieurs…moi j’attends la suite des évènements (pour ne pas dire la fin :-) pour parier sur le gagnant.
    A tantot charmant seigneur..

    Ayda

    15 août 2008 at 13 h 38 min

  5. Je continue à suivre le feuilleton avec le plus grand intéret.

    Michel

    18 août 2008 at 15 h 28 min


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