"Un Jour En France"

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la fuite

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Des impacts lourds de fatigue martelaient la voie de chemin de fer le long de laquelle ils courraient: Leurs jambes les soutenaient à grand peine. Déjà cinq heures d’angoisse, d’arrêts brusqués, d’ accélérations éperdues. Fuir. Droit devant. S’échapper de cette ville écrasée par l’artillerie ; infiltrée par les patrouilles ennemies; faisant eau de toutes part: Les artères de la cité mourante vomissait un flot d’êtres improbables; maigres carcasses vêtues de hardes. Ici où là, quelques combattants, antichar à la main, tentaient d’endiguer, vaille que vaille , les pointes blindées qui perçaient inexorablement le cœur de la mégalopole… Cinq heures depuis l’alternative: fuite ou suicide? Les quatre compagnons n’avaient pas trop hésité. Ils étaient jeunes, enfin presque : La petite quarantaine. De quoi tenter sa chance. Alors ils sortirent du souterrain, croisant plusieurs cadavres des tenants de la seconde option: Qui, une balle dans la tempe, qui une capsule de cyanure.

Ils quittèrent les uniformes de leur faste passé puis se glissèrent dans la nuit. La peur au ventre. Naturellement. Dehors les combats continuaient. En vain. Ils étaient tous quatre bien placés pour le savoir: Les cartes d’état-major n’affichaient plus que des divisions fantômes! Mais là était leur chance, car qui disait lutte disait confusion et par conséquent: possibilité d’en profiter. Passant devant une bouche de métro, ils hésitèrent un instant: Ils y seraient à l’abri des obus. Des cris, des hurlements stoppèrent net cette velléité. Puis un troupeau humain apeuré, remonta des tréfonds de l’antre. Axman, l’un des quatre, saisit un fuyard par le col:" que se passe t’il la dedans?". " l’eau, de l’eau partout! "ils" veulent nous noyer!!!". Mauvaise idée le métro, finalement. La gare peut-être? Pas pour les trains, car cela faisait beau temps que plus un ne circulait! Mais la voie ferrée offrait un repère visuel plus facile à suivre que les avenues rendues méconnaissables par l’amoncellement de gravats en tout genre: restes d’immeubles effondrés, carcasses de véhicules, militaires pour la plupart; barricades ou de jeunes hommes, des gamins presque, montaient une garde vigilante. Comme si cela pouvait changer quelque chose! Hier encore, ces gosses les eussent salués avec fierté. Mais aujourd’hui les quatre comparses étaient des déserteurs. Par la forme, sinon par le fond. Aussi,  ne se faisaient-ils guère d’illusions sur le sort qui leur serait réservé s’il advenait qu’ils fussent pris: La pitié ne figurait pas au programme de l’instruction militaire. Et de cela ils étaient certains: C’étaient eux qui l’avait conçue! 

Par chance, la gare, ce qu’il en restait du moins, était libre d’ennemis. Mais une fois sur les voies, le petit groupe se trouva de nouveau face à une alternative: Quelle direction prendre? Et d’ailleurs comment reconnaitre le nord du sud, l’est de l’ouest? Le paysage n’était que cratères, tôles tordues et bien entendu aucun panneau indicateur n’avait survécu à cette entreprise de nivellement. On opta pour la séparation: Deux groupes, l’un avec Axman, l’autre avec Martin. Chacun sa route et advienne que pourra! Axman et son coreligionnaire butèrent très vite sur un obstacle. Un groupe ennemi avait planté bivouac au beau milieu du passage. Carrément. L’examen tout militaire qu’il fit, ne laissa aucun doute: Il était impossible de passer, même en comptant sur la chance. Ils devaient rebrousser chemin, retrouver Martin. Avec ,désormais, une heure de retard sur lui. Autant dire un siècle, dans les conditions actuelles. Contre toute attente, il le retrouva assez rapidement. Martin gisait à quelques pas du remblai. Mort. Son compagnon, mort aussi, était étalé quelques pas plus loin, criblé de balles. Martin lui, n’avait rien, hormis quelques morceaux de verres aux commissures des lèvres. Une capsule de cyanure! Axman supposa qu’une patrouille leur était tombé dessus:  Une rafale pour l’un, et de peur d’être capturé l’autre aurait croqué sa capsule.

 Hypothèse qu’Axman soutînt au tribunal qui le jugea l’année suivante. Martin, Martin Bormann , secrétaire particulier du Führer, qui contribua à la mise en place de la solution finale, qui avait rempli les trains  d’ Auschwitz,  Birkenau, Bergen-Belsen et de bien d’autres camps de la mort, avait trouvé la sienne le long d’une voie de chemin de fer.      
                       

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Written by saiphilippe

24 juillet 2008 à 18 h 08 min

8 Réponses

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  1. Wouaw!
    Je viens juste de finir "les bienveillantes"… ton texte est bien mieux!!!!! si si!
    Heuuu…. un bouquin? c’est pour quand????
    Bises!

    Mata

    24 juillet 2008 at 19 h 46 min

  2. Tu as l’art des entrés en matière fracassantes, et c’est toujours aussi passionnant tes écrits.
    Mais nous délaissons Antoine avec ses chimères alors?
    As tu remarqué combien un auteur ressemble à Dieu: il décide qui vit, qui meurt et trace le sort de chacun :-)
    On ne peut au final que leur faire confiance, comme à la providence..
    Je te souhaite une excellente soirée.
    A bientot.

    Ayda

    24 juillet 2008 at 19 h 49 min

  3. j’avoue m’etre perdue non pas sur la voie de chemin de fer (heureusement) mais je suis partie
    a la recherche d’Antoine on l’a laissé sur son lit d’hopital et là je me retrouve sur une voie férrée .. rire
    et de là … boummmmmm !!! beugue … grrrr .. bien j’espere qu’Antoine va sortir de l’hosto bientôt lolll
     
    Ce texte est tres prenant .. tu as le don de nous tenir en haleine !!!
    bisous à toi bon week end Phil
     

    Odha

    25 juillet 2008 at 8 h 24 min

  4. qd est ce que tu nous publies tout cela ?
     

    Kat

    25 juillet 2008 at 9 h 05 min

  5. TU AS PENSE A DEPOSER UN BREVET §§§ AVANT KON TE PIQUE TON TEXTE ,,,,?
    BISOUS AFFECTUEUX
    NiNne

    NiNne

    25 juillet 2008 at 9 h 53 min

  6. De vieilles histoires qui font encore bien froid dans le dos. J’aime bien le traitement "à la Bilal" que tu nous proposes ici.

    Michel

    25 juillet 2008 at 15 h 00 min

  7. wha! belle écriture fluide, vraiment très bien conté, chapeau on s’y croirait, en lisant ce texte les images défilent comme au cinéma. Bises

    Kath

    26 juillet 2008 at 23 h 21 min

  8. Ha j’ai cherché ma petite métaphore filée et je l’ai trouvée. Comme d’habitude, artère et coeur. Merci Phil, pour ce travelling en gris sombre aux bruit de guerre.

    Centelm

    12 août 2008 at 21 h 31 min


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