"Un Jour En France"

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Le Chef d’Orchestre

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Dans la petite chapelle perdue au fin fond du "désert" français  qu’est le massif  central,  se prépare le concert du siècle. En tout cas de l’avis de Gabriel Lemoyne, chef d’orchestre de son état, et présentement sans emploi. Cela faisait des années qu’il courait après la gloire, sans jamais l’attraper. Quelques cachets, par-ci par-là , lui permettaient bien de vivoter mais  quand on est un artiste on aspire toujours, plus ou moins,  à vivre dans la lumière.Car  de son  talent, il est certain!  Certain, aussi, que celui-ci, n’est pas reconnu. Pas encore. Cela n’allait pas tarder désormais: Plutôt que d’attendre une hypothétique gloire il avait pris  le taureau  par les cornes et décidé de monter le projet qui ,à n’en pas douter, bouleverserait le monde.

 Dans cette optique il avait ,quelques semaines plus tôt , fait l’acquisition de la Chapelle  dont l’épiscopat local  désirait se défaire, devant la désaffection simultanée des lieux et des fidèles. Gabriel persuada le clergé en arguant de sa piété et de sa volonté de disposer d’un lieu de recueillement personel. Il porta l’estocade en leur annonçant le futur concert  qu’il comptait y donner. Du Bach. Cela fait toujours bonne impression, surtout sur des curés! Et voilà une affaire rondement menée! Ce qui  posa le plus de problèmes , fût pour Lemoyne,  inculte en la matière, l’installation électrique. Le lieu sacré en étant dépourvu.  Gabriel, afin de préserver ses effets, ne voulût pas faire appel à des électriciens. Il apprît donc, sur le tas, en se documentant comme il pouvait. Acheta un générateur, les fils , les prises, les fiches et ce au grand mécontentement de sa banque qui renâclait quelque peu. Peu lui importait. De toutes manières, envers et contre tout, il donnerai ce spectacle! Vînt , enfin, la phase terminale ou il entreprît la constitution de son équipe.
Le recrutement se devait d’être ,à la fois, discret et rapide… Fort heureusement, Gabriel n’avait que faire du talent de ses futurs interprètes. Qu’ils fussent soprano, alto,  ténor,baryton, basse, serait bien suffisant à son bonheur. C’est lui qui magnifierait l’ensemble grâce au nouvel instrument qu’il avait conçu. Lemoyne engagea donc   quelques intermittents du spectacle. Les préparant soigneusement, un par un, pour le grand jour. Peu de temps après que le dernier membre de l’équipe l’ait rejoint il envoya les invitations. A la curie. A la Mairie du Puy-en-Velay,  la ville la plus proche. Aux notables aussi.

Le jour tant attendu arriva donc… Tous les invités ne répondirent pas, mais il y en avait tout de même une petite cinquantaine présents en cette belle journée de Mai. Heureux, encore, qu’il fasse beau temps, car les chaises, inconfortables étaient mises à l’extérieur. Les convives furent accueillis par un Gabriel tout sourire, fier comme un pape: "Prenez place Messieurs-Dames, je vous demande un instant de patience, le temps pour moi de rejoindre ma chaire". Gabriel entra dans la noirceur de l’église. Et le concert débuta. Par les baffes s’écoulèrent des notes, bizarres, déformées . "Allons bon! encore un disciple de Boulez" pesta un  pseudo-esthète. "ça! du Bach!!!" ironisa un autre…Les voix dissonantes, hurlantes parfois, heurtaient les chastes oreilles de cette si noble assistance. Seul, un homme se montrait intrigué. Des "chants" comme ceux-ci, il en avait déjà  entendu… Mais pas dans  dans des salles de spectacle, ni au concert!
 
Déclic!

Bondissant, comme un diable, il se rua à l’intérieur de l’édifice religieux…

Gabriel Lemoyne, sur sa chaire , pianotait ,en virtuose,les touches d’un ordinateur. Du perchoir,  semblable à une cataracte, des fils électriques chutaient vers le sol. Comme des rivières ils serpentaient sur les dalles ravinées par l’usure des siècles. Pour finir aux quatre coins de la chapelle ou   de pauvres pantins ligotés dans des postures grotesques,  hurlaient ,selon leur ton de voix, à chaque nouvelle impulsion électrique. Refrénant un haut-le-cœur  l’homme, commissaire à la retraite, dégaina le "P38 spécial police" dont il ne se séparait jamais et cria: " Arrêtez ça immédiatement ou je tire!!!". Gabriel, calme et serein,  appuya pesamment et de toute la largeur de ses mains sur le clavier de douleur, fixant sans émotion le commissaire…de la poitrine des suppliciés s’échappèrent d’horribles  gargouillis. Les affres de l’agonie. Gabriel, sourire carnassier aux lèvres, prononça " C’est beau, n’est-ce pas?". Puis il s’envola, comme porté par les impacts… Le commissaire, tremblait derrière son arme encore fumante, avec en tête de douloureux souvenirs. Son passé de Lieutenant. En Algérie…  Oh oui, il ne connaissait que trop cette "musique" là! Comment oublier les tortures et la "Gégène"?… Il pleura…

Et quelques mètres plus loin, dans cette cathédrale de haine ,un  fou criminel gisait, sous les yeux d’un Christ en Croix…Impuissant.
 

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Written by saiphilippe

8 mai 2008 à 16 h 12 min

5 Réponses

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  1. le début commence bien la fin est un peu gore non?

    pascaline

    8 mai 2008 at 16 h 30 min

  2. Bonsoir,Tu viens juste pendant que j’étais en train d’écrire mon billet sur Sarah Bernhardt.Je ne t’ai pas sentie passer, lol!! tu as vu la photo alors mais pas l’article je suppose.J’ai eu envie d’écrire sur elle, parce qu’hier soir, il y avait un téléfilm sur la fin de sa vie, enfin en 1914, avant son amputation. Ben oui, elle avait une jambe de bois, d’après la légende !!!Bonne fin de journée, bisous, Elisa

    Elisa

    8 mai 2008 at 17 h 56 min

  3. tu en as de l’imagination, c’est bien trouvé, de plus c’est bien écrit, vraiment, bonne syntaxe, merci pour cette lecture.

    Kath

    9 mai 2008 at 20 h 14 min

  4. une histoire de folie ,une histoire de mémoire,une histoire d’esthétes et d’artistes  sacrifiés sur l’autel de la démence et je ne pense pas que la fin soit gore puisque le commissaire a fait cesser les souffrances …….
    prenant et bien ecrit
    bisous

    NiNne

    11 mai 2008 at 22 h 51 min

  5. Concert électrisant à la chaise Dieu? Brrrn mauvaise pub pour les musiciens. En tout cas on retrouve toujours cette finesse d’ironie dans certaine expression. Mon petit plaisir^^
    Merci pour cette avalanche de commentaire chez moi!

    Centelm

    13 mai 2008 at 18 h 04 min


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