"Un Jour En France"

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Le saisonnier

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 6 heures. Une sonnerie stridente. Une main jaillit prestement et l’ infâme compteur d’heures acheva sa triste existence contre le mur. La main revînt derrière la tête, dont les yeux fixaient le plafond  craquelé  de cette chambre d’hôtel minable ou il avait atterri , faute de mieux. Il n’avait jamais compris les raisons qui le poussait, inconsciemment, à se doter de cet horripilant  appareil qui ,à l’évidence, ne lui servait à rien. Il était réveillé depuis longtemps. Avait-il seulement dormi? Il ne savait plus. Le stress sans doute. Puis, laissant là ses pensées parasites, Serge se leva. Il avait un travail à faire , pas tellement le temps de chômer, et ne voulait pas décevoir son nouvel employeur. 

Sa longue silhouette se glissait , anonyme, le long des rues de la station de sport d’hiver, dans la morne lueur de l’aube. Autour de lui s’affairait toute une panoplie de saisonniers, qui, eux aussi, rejoignaient leurs postes. La comparaison lui arracha un sourire:" Finalement, je suis une sorte de saisonnier".  De fait,dans son domaine d’activité, la demande était faible. "La crise, sans doute!" se dit-il, narquois. Puis il se pressa, ne voulant pas manquer la première cabine du  téléphérique. Une fois arrivé à la base, il présenta sa carte à l’employé embué de sommeil qui siégeait là.
– euh, y’a un problème m’sieur l’ingénieur?
– Non, non, simple vérification du matériel. Demande spéciale du directeur! Pouvez vous me faire monter?  répondit Serge.
– Bien sur, m’sieur! mais vous serez tout seul là haut, les gars ne commencent qu’à 7h30.
-Pas grave! je connais parfaitement ce genre d’installation… C’est pour ça qu’on me paye, jeune homme!.
– O.K, O.K, m’sieur, moi c’que j’en dis . Montez donc!.

 Serge prit place et la cabine entama sa longue montée." pas la peine de dire merci surtout! connard!" gueula l’employé, bien après que Serge puisse l’entendre." Toujours pareil avec les huiles" rajouta-il en grommelant.

A son arrivée, Serge se dirigea diligemment  vers la salle des machines. Le matériel n’était pas de la première jeunesse, mais cela ne l’empêchait pas de fonctionner parfaitement. Serge, en faisant le tour du propriétaire, avisa la trappe qui menait à la gigantesque poulie soutenant le câblage des cabines:  C’était ça qu’il cherchait! C’était  la haut qu’il devrait procéder à la réparation. Il monta; prit la peine de refermer la trappe derrière lui; sortit de son sac  l’outillage nécessaire; jeta un coup d’œil à sa montre…8 heures.  "en retard , les gars" pensa-il. Puis il regarda  à travers la béance d’où les câbles sortaient: La vue plongeante en direction de la station, était magnifiquement dégagée. Tout en bas la fourmilière se réveillait. Des cabines commençaient, d’ailleurs, à remonter,  chargées du personnel et des premiers skieurs de la journée.

Monsieur Grazziani avait ses habitudes. Tôt levé il mettait un point d’honneur à être le premier en piste et sur la piste. Selon lui, la raison principale de ses multiples succès dans les affaires: Toujours devancer l’adversaire! Monsieur Grazziani possédait une fortune considérable, des usines, des commerces, des femmes aussi. Néanmoins , aujourd’hui c’était "relâche" ,  "R&R" Rest and Restore comme on dit dans l’armée Américaine. Il se berçait du mol balancement de la cabine, son regard bleu fixant l’immensité blanche des sommets enneigées. Dans ce climat propice à l’introspection, Grazziani se  remémora sa folle jeunesse, les coups reçus, ceux donnés, les histoires louches aussi. Puis les instantanés phtographiques de sa vie s’enchainèrent les uns après les autres à une vitesse folle, à la même vitesse que la balle, qui , en cet instant, lui broyait la cervelle. Son corps s’affala, dans une gerbe de sang, entre ses gardes du corps, médusés.

Par la meurtrière improvisée, Sergei Ravinov, de son vrai nom, n’avait pas manqué la "réparation". Il rangea son outil de travail, fusil de sniper Dragonov, puis quitta les lieux. L’ombre d’homme disparut dans les montagnes, trainant derrière elle son passé glorieux mais révolu, vestige de l’ère sovietique, spetnaz décoré de l’ordre de Lenine et désormais au service de la nouvelle aristocratie du crime… "Un travail saisonier, rien de
plus"
    

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Written by saiphilippe

13 avril 2008 à 16 h 12 min

5 Réponses

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  1. Ah!!!!!!! VOILA!!!!!
    T’es un écrivain!
    OUI MONSIEUR !!!!
    Encore!!!!!
    Continue…..!
    Bisousssss

    Mata

    13 avril 2008 at 20 h 09 min

  2. Alors là je dois dire que c’est carrément bien amené. Je suis fan. J’apprécie le style, et la manière, à savoir faire plonger litéralement le lecteur dans l’action en très peux de temps, et le garder alerte jusqu’à la fin. Le style est très efficace. Tout à fait ce que j’aime.
     
    PS:Je te rassure, tu as des habitués, tu du moins, en voilà un qui se manifeste héhé.
     
    Ciao.

    vincent

    16 avril 2008 at 12 h 53 min

  3. coucou frangin! que tu ecris bien !! ecriture captivante! bravo! bisous

    france

    18 avril 2008 at 14 h 24 min

  4. Je savais bien que cette malette était louche.

    Centelm

    13 mai 2008 at 18 h 14 min

  5. joliii
    propre , net , précis
     
    je parle de l’écriture du texte , bien sûr
    loin de moi l’idée de cautionner l’assassinat …. même d’un vilain

    jojo

    19 septembre 2008 at 17 h 42 min


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